André Silver Konan (Journaliste) : « Il faut laisser Affi faire son sit-in au Plateau »

Le journaliste ivoirienne André Silver Konan, dans un article sur son blog consacré au FPI et son Président Affi N'Guessan prend position. Il invite le Gouvernement à prendre les dispositions pour l'organisation du sit-in du parti d'opposition FPI pour protester contre l'avant projet de loi de Constitution de la 3e République. Retrouvez l'intégralité de son article.

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Pascal Affi N’Guessan veut organiser un sit-in le 5 octobre prochain, pour protester contre le projet de nouvelle Constitution ivoirienne.
Pascal Affi N’Guessan, le futur ( ?) chef de l’opposition ivoirienne a annoncé qu’il organiserait un sit-in devant l’Assemblée nationale, le 5 octobre prochain, pour protester contre le projet de nouvelle Constitution du Président Alassane Ouattara. Je vais expliquer pourquoi il faut laisser Affi, tenir son sit-in au Plateau. J’ai bien dit Plateau, et non, Assemblée nationale.

Le timing n’échappe à personne. Le 5 août est le jour choisi par le Président Ouattara, pour s’exprimer devant l’Assemblée nationale, le premier exercice de ce genre, de son mandat (si je ne m’abuse), après le rendez-vous manqué avec Mamadou Koulibaly, après la chute de Laurent Gbagbo. Celui-ci, alors président de l’Assemblée nationale, l’avait invité à s’exprimer devant le Parlement et il avait décliné l’invitation. Je vous parle d’avril-mai 2011, si j’ai bonne mémoire.
Nouvelle Constitution ivoirienne : menaces et surenchère

Bref. Les menaces voilées du RDR, qui, dans un communiqué, a laissé entendre qu’Affi supporterait les conséquences de tout débordement (pourquoi en Afrique, devrait-on, chaque fois, estimer qu’une manifestation de l’opposition déboucherait sur des violences, tandis que celles en faveur du pouvoir seraient civilisées ?), ne servent pas la démocratie. Pas plus que la surenchère du FPI-Affi, relative au lieu prévu pour le sit-in.

Techniquement et de façon pratique, il ne peut pas tenir de sit-in devant l’Assemblée nationale, à la date et à l’heure du rendez-vous du Président

En effet, Pascal Affi N’Guessan est bien placé (pour avoir été Premier ministre, pendant trois ans), pour savoir que techniquement et de façon pratique, il ne peut pas tenir de sit-in devant l’Assemblée nationale, à la date et à l’heure du rendez-vous du Président, pour une raison toute simple : le périmètre sera bouclé par la Garde républicaine, déjà la veille, de la visite et personne, à part les députés et le personnel du Parlement, n’aura même le courage d’approcher le site. C’est comme ça quand un chef d’Etat se déplace dans un endroit. Et ce n’est pas une particularité de Ouattara, mais une disposition sécuritaire commune à toutes les Nations de la terre. C’était ainsi sous Houphouët, sous Bédié et sous Gbagbo, c’est comme ça. Donc, Affi sait très bien qu’il ne pourra jamais faire de sit-in devant l’Assemblée nationale, le 5 août, pour des raisons pratiques évidentes.
Sit-in Affi N’Guessan au Plateau : ma position

Ma position est simple et est guidée par une ligne politique sans ambiguïté : en toute action politique, il faut se poser cette question fondamentale : cela sert-il la démocratie ou non ?
Si le FPI-Affi et ses alliés de l’AFD veulent tenir un sit-in (ce qui est tout à fait normal, dans une démocratie), il suffit simplement que le ministère de l’Intérieur les guide vers le palais de Justice ou devant la cathédrale ou même à l’ex-Sorbonne. Cela aura le mérite de se passer, non loin de l’Assemblée nationale et ce sera toujours au Plateau.

Personne ne sera blessé, personne ne sera giflé, la démocratie ivoirienne en sortira grandie, tout le monde sera content.

Ainsi, Ouattara s’adressera-t-il aux députés et Affi organisera-t-il son sit-in et le ciel ne tombera sur la tête de personne, personne ne sera blessé, personne ne sera giflé, la démocratie ivoirienne en sortira grandie, tout le monde sera content. Et la communauté internationale saluera la maturité des responsables politiques ivoiriens.
Pourquoi faut-il donc qu’en Afrique, les gens cherchent à faire compliqué, ce qui est pourtant très simple ? Je mets au défi quiconque prouverait aux Ivoiriens, que ce que je viens d’expliquer n’est pas faisable et n’est pas une garantie de renforcement de notre démocratie ?

Il faut que les dirigeants africains arrivent à sortir des fantasmes sur les manifestations de leurs opposants et comprennent qu’une manifestation interdite, a plus d’échos défavorables dans l’opinion, plus de répercussions politiques et les dessert davantage, qu’une manifestation autorisée. Et une manifestation de l’opposition, autorisée, encadrée et cadrée, débouche rarement sur des violences. Très rarement.
PS : Dans les prochains jours, je donnerai ma position d’intellectuel, sur le projet de nouvelle Constitution. Elle sera guidée par ma ligne politique : cela sert-il la démocratie ou non ?