Charlie Sheen a décidé de révéler sa séropositivité

Dans le chaos de ces derniers jours, cette révélation people a pu sembler bien anecdotique : Charlie Sheen a décidé de révéler sa séropositivité « à l’américaine », c’est-à-dire à sur un plateau télévisé. Sauf que, l’histoire n’est pas si simple que cela.

Je lis beaucoup de commentaires de compassion sur les réseaux sociaux à l’égard de cet iconique Charlie, contraint de révéler sa séropositivité après avoir subi quelques ignobles chantages. Il aurait (entre autres) versé 10 millions de dollars à une pornstar en échange de son silence. Pour résumer la situation, c’est après un marathon de 12h de crack et de sexe non-protégé qui se serait déroulé chez lui que la jeune femme aurait découvert le pot-aux-roses. Selon une interview accordée par un ami de la jeune femme dans le Dailymail, cela faisait plus d’un an qu’elle et une cinquantaine d’autres femmes avaient des rapports non-protégés à son domicile. Charlie Sheen aurait alors avancé l’argument que grâce à son traitement le risque de contamination était réduit (ce qui par ailleurs n’est pas faux, mais n’est pas non plus une raison pour mentir).

Idem, Bree Olson, une de ses ex petites amies, a déclaré avoir appris la nouvelle par la presse comme tout le monde. Elle révèle que durant un an ils ne se sont pas toujours protégés et qu’il lui a menti sur son statut. Interviewée dans le Howard Stern Show, elle a déclaré être en colère parce que dans son interview  Charlie Sheen donnait l’impression de « n’accorder aucune valeur à (sa) vie ».

De son côté, l’acteur maintient qu’il n’a menti à personne et se défend d’avoir eu des rapports non protégés.

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Coucher avec une pornstar n’est pas un comportement à risque

Dans le DailyBeast, la journaliste Samantha Allen reproche à Charlie Sheen de renforcer une « whorephobia » (traduction : une phobie des putes, ou plus clairement une stigmatisation des travailleuses du sexe). Dans une lettre remise au présentateur et lue sur le plateau, Sheen évoque des fréquentations peu recommandables et insipides, et revendique avoir utilisé des préservatifs indépendamment de « leur réputation » (“I dazedly chose or hired the companionship of unsavory and insipid types. Regardless of their saltless reputations, I always led with condoms and honesty when it came to my condition”). Attendez j’ai cru mal entendre : ce sont ces filles qui auraient mauvaise réputation et Charlie Sheen qui serait un mec clean ?

Et effectivement, si je résume ce que j’ai pu lire ça-et-là dans la presse américaine, la séropositivité de Charlie Sheen ne serait pas étonnante puisqu’il serait de notoriété publique que l’acteur a eu de multiples relations avec des pornstars. Sauf que, coucher avec une pornstar n’est pas et n’a jamais été un comportement à risque. Les personnes travaillant dans le porno aux États-Unis sont les personnes les plus contrôlées au monde. Pour travailler, chacun doit présenter un test de dépistage datant de maximum trois semaines (généralement plutôt deux). Ce test couvre non seulement le VIH, mais aussi la syphilis, les hépatites B et C, les chlamydiae, la gonorrhée, et la trichonomase. La plupart de ces tests sont centralisés (principalement deux laboratoires à Los Angeles) et par conséquent difficilement falsifiables.

L’affaire Charlie Sheen met néanmoins le doigt sur un problème dans le milieu du porno. Ce que j’en retiens, c’est que (si tout cela est vrai) des dizaines de pornstars ont accepté d’avoir des relations sexuelles sans aucune protection et sans aucun test de dépistage sous prétexte qu’il s’agissait d’une célébrité qui a mis de l’argent sur la table. Tout cela est particulièrement inquiétant et surtout totalement irresponsable lorsqu’on connaît la vitesse de propagation d’une contagion dans ce secteur (et là je ne pense pas spécifiquement au VIH, mais plutôt au reste).

Partons du principe que les acteurs font des tests tous les quinze jours. Si une personne infectée que (l’on va nommer « patient zéro ») arrive sur un plateau, potentiellement elle peut contaminer son/sa collègue. Le lendemain cette personne va travailler sur un autre plateau et contaminer une autre personne, pendant que le patient zéro en re-contamine encore une autre sur un autre plateau. En deux jours on en est à 4 personnes infectées, en trois jours 8 personnes, en 4 jours 16 personnes… Et quand au bout de quinze jours le patient zéro va refaire son test, c’est le chaos et les productions sont obligées de geler les tournages en attendant de dépister tout le monde. Scénario catastrophe ? Pas tant que cela, puisque c’est à peu près ce qui s’est produit durant l’été 2012, lors de l’épidémie de syphilis qui a frappé le monde non seulement les Etats-Unis mais aussi l’Europe.

Hollywood Babylone

Ce n’est donc sans doute pas ce méchant milieu du porno qui aurait contaminé le si sympathique Charlie. En revanche l’inverse aurait pu se produire. Ce qui est navrant dans cette histoire, c’est que ces femmes prennent probablement beaucoup plus de précautions avec des partenaires moins connus et moins fortunés. Et ce sont malheureusement des comportements qui m’ont déjà été rapportés en off par pas mal d’actrices qui ont eu des rapports avec des célébrités. Quand une femme me raconte qu’elle a couché avec tel présentateur ou tel acteur (voire tel politique), je pose parfois la question de la capote, et bien souvent la réponse est négative. Motif : elles sont impressionnées, elles n’osent pas dire non, elles ont un vague espoir que cette relation leur apportera quelque chose dans le futur, ou tout simplement elles se disent que s’ils étaient séropo ça se saurait dans les médias. Le plus navrant étant que ces « VIP » le savent pertinemment, en usent, et en abusent (y compris au niveau de certains comportements et de certaines « exigences »).

Alors aujourd’hui je suis bien navrée que Charlie Sheen ait été harcelé par des maîtres chanteurs et trouve la pratique ignoble. Je suis désolée par avance du stigma qu’il risque de devoir affronter en tant que personne séropositive. Mais je n’oublie pas non plus que, si ce que rapportent ces filles est vrai, alors c’est son statut qui lui a laissé croire qu’il avait parfaitement le droit de se comporter ainsi. Après tout que valent-elles comparées à lui sur l’échelle sociale ? Et d’ailleurs, lorsqu’on écoute son interview, s’excuse-t-il d’avoir menti ? Remet-il en question son attitude ? Non, il dit juste qu’il a déjà dépensé des dizaines de millions et qu’il en a ras-le-bol.