LA CHASSE À L’EAU SOURCE DE VIE

Kimoukro, une bourgade située à la lisière du fleuve Bandama dans le département de Toumodi, village naguère célèbre pour sa production de café et de cacao, est en passe de se tailler une autre réputation. Elle est bien loin, l’époque où le Groupement à vocation coopérative (Gvc) de Kimoukro raflait les trophées à la coupe nationale du progrès. Seules subsistent, de ces jours glorieux, des villas et demeures splendides édifiées par les “planteurs”. Ces valeureux producteurs de fèves étaient fiers d’avoir construit un village moderne avec une station de traitement d’eau inaugurée en 2013 par le Président Alassane Ouattara.
Prendre une douche, faire sa lessive ou aller aux toilettes… Autant de réflexes d’hygiène qui s’avèrent aujourd’hui très compliqués pour les habitants de Kimoukro.
Hélas depuis quelques mois et en dépit de cette unité de traitement d’eau, les villageois s’ adonnent à une réelle partie de chasse à l’eau.
Débutant par une sous alimentation et des coupures intempestives de plusieurs jours, la pénurie en eau est maintenant un problème crucial dans la région.
Cette pénurie a considérablement modifié les habitudes et les comportements des populations.
Dans certains endroits, l’eau ne coule qu’une seule fois par jour dans les robinet pourtant d’autres n’en reçoivent même pas une seule goutte; mais les populations continuent de recevoir régulièrement des factures d’eau envoyées par la Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire (Sodeci), seul fournisseur d’eau en Côte d’Ivoire.
renforcement-capacite-station-kimoukro-00142Chacun a sa technique pour faire face à cette pénurie d’eau : les uns font des réserves dans des bidons de 50l ou de gros récipients pour tenir le plus longtemps possible. Par contre d’autres ont recours soit aux forages artisanaux où on peut récupérer un peu d’eau le matin ou carrément on se rend au Bandama (le fleuve) situé à un kilomètre du village pour s’ en approvisionner.
Ces pénuries d’eau ne sont pas propres au seul village de Kimoukro. A dans certaines communes d’Abidjan, la capitale économique, la situation est délicate. Ici pour avoir l’or bleu, c’est un veritable parcours de combattant. Dans les endroits où l’on peut s’approvisionner à hauteur de 25f par bidon de 25L, des bagarres sporadiques éclatent car tous veulent se faire servir en même temps. Les plus faibles se retirent et repartent à la recherche d’autres points de ravitaillement.
Pour pallier à ce deficit en eau potable, le gouvernement ivoirien a promis en fevrier 2014 mettre en place un plan de 645 milliards de francs CFA (980 millions d’euros) pour favoriser l’assainissement et l’accès à l’eau potable dans le pays d’ici 2015. En 2016, toute l’étendue du territoire est encore dépourvue d’eau potable.
La lutte perpétuelle pour l’acquisition de l’eau potable en quantité et en qualité suffisante démontre véritablement à quel point l’eau est source de vie.

Joël DALLY