Méité Mamoudou : « Les erreurs commises par les autorités ivoiriennes dans la lutte contre les djihadistes»

Méité Mamoudou, Chercheur Islamologue, spécialiste du djihadisme, dans cet entretien qu’il a bien voulu accordé à La Générale de Presse, revient sur les attentats terroristes qui ont endeuillés la Côte d’Ivoire et certaines grandes puissances. Il relever, surtout ce qu’il estime être les erreurs commises par les autorités Ivoirienne dans la lutte contre les terroristes. Entretien.

Méité Mamoudou, Chercheur Islamologue, spécialiste du djihadisme, dans cet entretien qu’il a bien voulu accordé à La Générale de Presse, revient sur les attentats terroristes qui ont endeuillés la Côte d’Ivoire et certaines grandes puissances. Il relever, surtout ce qu’il estime être les erreurs commises par les autorités Ivoirienne dans la lutte contre les terroristes. Entretien.

LGP : Monsieur Méité Mamoudou, pensez-vous que les stratégies et les luttes militaires sont efficaces en Côte d’Ivoire dans le cadre de la lutte contre le phénomène djihadiste?

Les efforts du gouvernement et les efforts militaires sont des initiatives à féliciter et à encourager.Par la même occasion, il faut être conséquent et objectif. Si les pays puissants militairement avec leurs services très spécialisés en renseignement et en vidéosurveillance sont frappés, ce n’est pas nos pays faibles du point de vue militaire et du renseignement qui peuvent résister. Pour illustrer nos propos, la base militaire du Chattanooga dans le Tennessee aux USA a été attaquée le 16 Juillet 2015. La solution militaire est, de loin, la solution efficace au phénomène djihadiste.Même si elle apparaît efficace face à certains modes opératoires, elle est inefficace comme solution globale.

LGP : Quelles solutions préconisez-vous alors ?

Ce qui est malheureux en Côte d’Ivoire, c’est que nous constatons que chaque régime veut fabriquer ses experts sans les règles de l’art. Or l’expertise requiert plusieurs années de formation, d’apprentissage et d’expérience. Aussi faut-il ajouter à cela que l’expertise est prise en otage et mise au placard par le partage de gâteaux politiques. En plus ceux qui sont nommés à la tête des structures, des départements et des ministères ont peur des experts pensant que ceux-ci leur feront ombrage, voir même prendre leur place. Ils refusent de les mettre à contribution et on médit d’eux pour détruire leurs images. En outre, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, l’affinité religieuse font leurs conquêtes triomphalistes au détriment de la bonne gouvernance et de la promotion de l’excellence. Ailleurs ce n’est pas ce qui se passe. On fait appelle aux experts parce que le problème posé est national et appelle une réponse nationale.

En l’espèce vous êtes un expert, puisque vous avez eu à attirer l’attention de l’opinion sur le mode opératoire des djihadistes qui consiste à utiliser, entre autres, l’expédition de commando extérieur, sa pénétration par la porosité de nos frontières et la corruption dans notre système de défense et de sécurité. A défaut de vous avoir écouté est-ce que les autorités sécuritaires vous ont approché après Bassam ?

Malheureusement non. En Côte d’Ivoire, on aime et on fait le culte et le mythe de la race et de la distance en ce qui concerne l’expertise. C’est-à-dire qu’on préfère des experts d’autres races et d’autres pays lointains quand bien même que ceux-ci n’égalent pas les experts nationaux. Notre démarche ici n’est ni raciste ni xénophobe, mais elle consiste à interpeller pour reconnaître les experts, les spécialistes et les savants nationaux. Et pourtant l’expertise est là. Vous me permettrez de rappeler, à cet effet, l’une des publications d’une sommité du monde littéraire en l’occurrence M. Esaïe Biton Koulibaly qui titrait, sur sa page facebook, parlant de notre modeste personne ceci : «le plus grand spécialiste en djihadiste dans le monde est Ivoirien ». Il s’étonnait que je ne sois pas mis à contribution alors que mes compétences dans ce domaine sont connues en Afrique et dans le monde. Il faut noter que tous ces propos, cette reconnaissance nous donnent une satisfaction morale, étique et intellectuelle.

LGP : Vous estimez donc que les expertises en Côte d’Ivoire sont mal exploitées, notamment en matière de lutte contre le terrorisme ?

En effet. Ce sont les erreurs commises par les autorités ivoiriennes dans la lutte contre le djihadiste. Les vrais experts dans les filières et les secteurs rentables matériellement, financièrement et économiquement n’ont pas droit à la promotion s’ils n’appartiennent pas à des clans et à des réseaux favorablement politiques. S’ils sont utilisés c’est dans un contexte d’instrumentalisation pour servir de bouclier et de tracteur ou de bœuf d’attelage sans rémunération afin que ceux qui se croient dignes de tirer substantiellement les profits desdits secteurs le fassent avec surabondance. Tout ceci fait qu’on assiste à l’inopérationalité dans pas mal de secteurs, de filières et d’activités, voir le statisme et même le recule. Tel est le cas dans le secteur anacarde aujourd’hui en Côte d’Ivoire.

LGP : Parlant de la filière de l’anacarde, quels sont les maux qui minent ce secteur aujourd’hui ?

La Fédération internationale pour la filière du cajou (FILCAJOU), que je dirige et moi-même avons tout mis en œuvre pendant plusieurs années pour faire émerger cette filière anacarde en Côte d’Ivoire et elle est aujourd’hui première productrice mondiale. La filière est devenue une fierté et la multitude fonde l’espoir là dessus. Malheureusement avec l’incompétence et la mauvaise gestion, le tableau est très sombre cette année 2016 dans cette filière anacarde. Il y a eu des incendies de plusieurs plantations dans de nombreux départements dont quelques-uns sont Ferkessédougou, Nassian, Prikro…La sécheresse a entrainé l’assèchement de la floraison. Il y a eu une fixation défectueuse du prix bord champs comme d’habitude 350 CFA/ kg et en moins de deux (02) semaines le prix est monté à 500 CFA / kg désorganisant la commercialisation.La commercialisation illégale au Ghana a occasionné des morts d’hommes (02 ou 03) et des dizaines de blessés à Asuefrey Transua (Bondoukou).La consommation des fleurs et des feuilles d’anacardiers par les bœufs a créé un conflit entre éleveurs et producteurs à Bouna dans le Boukani aux élans communautaristes qui a fait plusieurs dizaines de morts et de blessés. Les noix et les plantations de cajou sont éprouvées à la frontière malienne par des hommes armés qui chassent les villageois et récupèrent leur noix. Il y a des soupçons, de détournement dans la filière qui fait et continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive.Certains véreux acheteurs membres de cartel veulent faire revenir les producteurs dans le vieux et mauvais souvenir de 100 CFA le Kilo comme un évêque le disait dans un quotidien. Des grandes institutions de l’Etat la HABG (Haute autorité pour la Bonne Gouvernance) et l’IGE (Inspection Générale d’Etat) se piétinent dans une sorte de conflit de compétence avec des rapports contradictoires. Le taux de transformation de 35% à l’horizon 2016 est un échec lamentable car nous sommes à moins de 8%. Donc la prévision de 100% serait un échec à l’horizon 2020 si le tir n’est pas rectifié.On assiste à une fuite massive et illégale des produits vers le Ghana. Ce qui a plusieurs inconvénients sur le développement durable de la filière dont la diminution de la quantité et de la qualité qui entraine le transfert du label Ivoire à d’autres pays et qui peut faire perdre la position première à la Côte d’Ivoire. Une autre conséquence c’est la diminution des taxes et les redevances en faveur de l’Etat de Côte d’Ivoire et des structures techniques bénéficiaires. Et enfin, on peut assister à la délocalisation de l’industrialisation en faveur de d’autres pays. C’est le cas de l’usine de transformation d’USIBRAS qui devrait être installée en partenariat avec la FILCAJOU en Côte d’Ivoire qui malheureusement se retrouve au Ghana à cause de la fuite des produits.

LGP : Face à un tableau aussi sombre quels sont les solutions concrètes que vous préconisez?

Notre combat et celui de la FILCAJOU est de promouvoir la filière avec tous les maillons c’est-à-dire les producteurs, les acheteurs locaux, les exportateurs et les transformateurs, attirer et encourager les investisseurs et les opérateurs étrangers pour booster l’industrialisation. Notre combat est surtout pour les producteurs qui sont démographiquement le maillon le plus important. Et cela va booster le développement en milieu rural par la réduction de la pauvreté afin d’éviter l’installation et l’affinité terroriste djihadiste dans le Nord et l’Est surtout qu’une fausse sténotypie avait considéré ces régions musulmanes opposé à un Sud chrétien. Il s’agit d’éviter également l’exode rural avec tous ces effets collatéraux de délinquance juvénile (microbes), prostitution, insalubrité et autres. Il s’agit aussi pour nous d’empêcher l’immigration des jeunes vers l’Europe car l’anacarde et d’autres produits vivriers peuvent leur permettre de vivre décemment en Côte d’Ivoire. Tout cela va concourir à la réduction du chômage des jeunes et même des femmes. Avec cette filière stratégique, son développement durable pourra réduire considérablement les disparités entre le Nord et Sud.