Le RDR ne veut pas céder le pouvoir au PDCI-RDA en 2020.

ls n’ont pas forcément tort, ceux qui ont toujours pensé qu’entre le PDCI et le RDR, il y a une sorte de relation qui s’apparente à celle du cavalier et du cheval. Car au départ, il s’agissait de gérer le pouvoir d’Etat sous l’autorité du président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié. « Je demande au PDCI-RDA de me soutenir et dès que je serai élu président, le gouvernerai le pays sous l’autorité de mon ainé, le président Bédié… », avait dé- claré le candidat Alassane Ouattara en 2010.Mieux, celui-ci est même allé plus loin pour révéler que « si je suis président, le poste de premier ministre reviendra au PDCI-RDA ».Cependant, les choses ne seront pas comme elles devraient l’être par la suite. Car, élu en 2010, c’est en novembre 2012 que le poste de premier ministre sera cédé au PDCI-RDA. Prétextant donc une pacification du pays, le parti créé par Félix Houphouët-Boigny a dû attendre 24 mois pour occuper la primature. Et alors que les militants et sympathisants de ce grand parti avaient poussé un ouf de soulagement après la nomination à ce poste de Jeannot Kouadio-Ahoussou, considéré comme un militant actif du PDCI-RDA, leur joie sera de courte durée lorsque celui-ci sera évincé, huit mois seulement après. Or, relativement à cette nomination à la primature, pour la succession de Guillaume Soro, le président Bédié avait proposé le ministre Emmanuel Niamien N’Goran. Mais le chef de l’Etat qui avait prétendu gouverner le pays sous l’autorité du Sphinx de Daoukro, aurait curieusement opposé un refus catégorique. De même que sur les propositions de réglages en vue du partage équitable du pouvoir entre le RDR et le PDCI. D’ailleurs, les Républicains n’ont jamais voulu accepter l’idée de l’alternance 2020 au profit du PDCI-RDA en dépit des immenses sacrifices consentis par le président Bédié et son parti.

Le RDR arrache la primature au PDCI.

Aujourd’hui, l’on s’étonne que la primature qui était censée revenir au PDCI-RDA depuis 2010 tombe dans l’escarcelle du RDR.Et pourtant, au moment où le président Ouattara annonçait que cette institution reviendrait au PDCI-RDA si le RDR occupait la présidence de la république, les républicains savaient très bien que d’autres institutions allaient être créées par la suite. Dès lors, il aurait fallu garder la même configuration (présidence au RDR et primature au PDCI) et partager les autres institutions qui devraient être créées. Mais au lieu de cela, les Républicains ont préféré poignarder le PDCI-RDA dans le dos en lui arrachant la primature. Désormais, avec la nomination imminente d’Amadou Gon Coulibaly à ce poste, il est clair que le RDR a pris tout le pouvoir exécutif.

C’est à dire, la Présidence de la République et la primature. Et s’il faut ajouter à cela, l’assemblée nationale, la grande Chancellerie de l’ordre national, le Conseil constitutionnel, la Cour suprême, le Sénat et la grande médiature de la république, l’on peut donc avouer que le RDR a effectivement la réalité du pouvoir en Côte d’Ivoire. Le PDCIRDA, quant à lui, ne se contente que de deux strapontins dont l’inspection générale de l’Etat et le Conseil économique et social. Or là encore, la nomination du ministre d’Etat, Charles Diby Koffi(PDCI) en remplacement de Marcel Zadi Kessy (PDCI) n’est que justifiée. Cela fait donc au total 7 institutions pour le RDR contre 3 seulement pour le PDCI-RDA si l’on admet que le futur vice-président est issu du parti créé par Félix Houphouët-Boigny. D’ailleurs au sujet de la vice-présidence, si les Républicains tiennent coûte que coûte à la nomination du député Daniel Kablan Duncan, c’est tout simplement parce que celui-ci n’aurait aucune ambition politique et ne gênerait personne pour la succession à Ouattara en 2020.
Mais donc qui a des ambitions politiques à même de gêner le RDR et compromettre la succession du chef de l’Etat au sein du PDCI-RDA ?

A l’évidence, en choisissant le premier ministre Duncan à la vice-présidence parce qu’il n’aurait pas d’ambitions politiques, le RDR montre bien qu’il n’entend pas du tout céder le pouvoir au PDCI-RDA en 2020.Pourtant,le RDR sait très bien qu’il serait difficile, voire illusoire de conserver le pouvoir au détriment du PDCI-RDA en 2020.Il faut donc arrêter ce jeu funeste et ubuesque. Car le PDCI-RDA n’acceptera pas sa mise à l’écart du pouvoir en 2020. Pour l’instant, les Républicains manœuvrent pour contrôler tout l’exécutif sans la moindre réaction du PDCI-RDA, mais la partie est loin d’être gagnée pour eux. Car, si le PDCI-RDA qui a combattu et vaincu les colons les mains nues a résisté avec courage et abnégation au régime militaire de Guéi Robert en 2000, ce n’est pas un régime civil qui va l’intimider et l’amener à baisser pavillon.

MARIE-FRANÇOISE KOUAMÉ

L’HERITAGE