Constat : l’image des immigrés projetée par les médias européens ne correspond souvent pas à la réalité. En insistant sur les jeunes perdus des « quartiers » et des « villes », nous cachons ceux qui se construisent un chemin de réussite à force de travail acharné, de sérieux et de détermination. Il faut dire qu’en Europe la notion de compétence est essentielle et, bien souvent, ceux qui méritent le succès l’obtiennent.

Aujourd’hui nous allons parler du profil d’Amar Lounas, architecte de formation actif dans son domaine, mais aussi dans le monde culturel en général, aussi bien en France qu’en Algérie. Originaire d’Aït Koufi, à Boghni, il a fréquenté le lycée technique de cette ville, avant de suivre des cours de technologie à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou. Il s’inscrit ensuite à l’Ecole Spéciale des Travaux Publics de Paris, puis à l’Ecole Supérieure d’Architecture de Paris-La-Villette où il obtient le diplôme d’architecte-urbaniste. Très actif, il a fondé l’agence À Architecture qui opère à la fois à Paris et à Alger. Pour l’avoir rencontré dans divers séminaires et conférences, on sait qu’Amar Lounas n’hésite pas à quitter son environnement professionnel pour participer à des activités d’intérêt général, culturel, social et économique. Ainsi, en 2018 il a participé à l’ouvrage collectif qui a réuni les « actes de la conférence des professionnels de la santé mentale » exerçant en Algérie et une quarantaine de psychanalystes français et un architecte. Selon lui, cette œuvre se situe « entre passé et futur, montrant que l’homme est entre ce qui vient du passé et ce qui va arriver.

Autrement dit, l’homme se trouve dans une brèche qu’est le présent vécu et c’est dans cette brèche que pousse la fleur de la liberté ». Comme le disait René Char, ajoute-t-il, « notre héritage n’est précédé d’aucun testament ». L’architecte algérien a également participé à « Jetée à pierre perdues, d’Alger et loin », aux Cahiers conçus en novembre 2019. L’œuvre est accompagnée de textes d’Amar Lounas, Wassila Tamzali, Véronique Beucler, Julie Bouvard, Maya Ouabadi… avec des collaborations artistiques de Hichem Merouche, Sofiane Zouggar, Adel Bentounsi, Feriel Gasmi Issiakhem et bien d’autres.

Amar Lounas a effectué des travaux de recherche sur l’architecture de terre en Algérie, suivis de plusieurs conférences liées à l’habitat, tout en participant à des expositions, en 2011 et 2012, au Festival International de Terre et d’Argile de Tlemcen. Il a également exposé à l’hôtel El-Aurassi pour le compte de la Société Algérienne de Rhumatologie en 2014. Amar Lounas vit en France et entretient un lien très fort avec l’Algérie : « C’est une dette symbolique que nous avons contractée depuis la naissance, nous sommes habités. par ces lieux et atmosphères indescriptibles », dit-il. Quand on aborde le thème de l’architecture en Algérie, il y a ces mots : « Une question très complexe par rapport à ce qui se fait en Algérie en matière d’architecture et d’urbanisme.

Il faut d’abord une ouverture vers l’ailleurs ; alors il faudra une volonté politique fondée sur le savoir-faire et une immense culture ». En France aussi, l’architecture est démunie par rapport à ce sur quoi elle se fonde, le savoir-faire. « Le maître d’œuvre, ou l’architecte, doit commencer son travail et non l’inverse. Pourtant, aujourd’hui, on assiste à une ‘starification’ des architectes… du coup, l’architecture perd en qualité ». Celui qui participe souvent à des concours d’architecture nationaux et internationaux (Corée du Sud, Arabie saoudite, France et Algérie), conclut : « J’emprunte volontairement cette phrase à Jean-Luc Godart pour préciser mon point de vue : ‘La plupart des réalisateurs et trois- des quarts des personnes qui reçoivent des récompenses à Berlin aujourd’hui n’utilisent l’appareil photo que pour exister, pas pour voir quelque chose que vous ne verriez pas sans lui « – en tant que scientifique ne pourrait pas voir certaines choses sans son microscope ou un astronome, il ne pourrait pas voir certaines étoiles sans son télescope. » Méditer.

AILES BEDRICI

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