L’inflation a accéléré plus que prévu sur un an, favorisée essentiellement par des variations haussières constatées sur les courbes des prix des biens alimentaires industriels.

POURprès avoir annulé de 8,5% en décembre 2021 par rapport au même mois de 2020, les prix à la consommation ont bondi de 9% au mois de janvier dernier par rapport au même mois de l’année 2021.

Le taux d’inflation a, quant à lui, à 7,6 % en glissement annuel (février 2021 à janvier 2022 / février 2020 à janvier 2021). L’évolution des deux indicateurs renseigne d’une accélération sans précédent des prix dans un contexte de forte inflation mondiale.

La guerre en Ukraine a provoqué un choc des prix, une tension sur les produits de base ainsi que des inquiétudes grandissantes sur l’approvisionnement mondial. L’inflation a ainsi accéléré plus que prévu sur un an, favorisée essentiellement par des variations haussières constatées sur les courbes des biens alimentaires industriels, selon les données actualisées publiées par l’Office national des statistiques (ONS).

En variation mensuelle, l’indice brut des prix à la consommation de la ville d’Alger enregistre une hausse de 1,1 % en janvier 2022 par rapport au mois précédent, soit un taux mensuel plus important que celui relevé au même mois de l’année livrée (+ 0,6 % en janvier 2021 par rapport à décembre 2020), souligne l’ONS.

Cette tendance à la hausse, qui intervient après deux variations négatives, survenues en novembre et décembre 2021 (respectivement -0.3% et -0.6%), est illustrée par les évolutions de prix de l’ensemble des catégories de produits.

Avec la flambée des cours des biens alimentaires sur le marché mondial et une accélération de l’inflation dans les pays partenaires, il était avéré certain que l’Algérie allait subir le contrechoc d’une inflation importée.

D’importantes variations haussières ont d’ailleurs caractérisé les prix des biens alimentaires industriels, note l’ONS. « Les biens alimentaires industriels se distinguent par un relais de 5,2 %. Des augmentations importantes sont révélées pour cette catégorie, notamment pour les pains et céréales (+ 6,8 %), les laits, fromages et dérivés (+ 3,2 %), les huiles et graisses (+ 4,2 %) », précise l’organisme officiel en chargé de la formation statistique.

Le taux d’inflation des produits alimentaires non transformés ressort à 1,7 %, reflétant une baisse des prix des produits agricoles frais. En effet, le tableau de l’Office national des statistiques fait apparaître une tendance à la baisse des prix des produits agricoles frais, estimée à 1,8 %, « induite par la chute des prix de la viande de poulet (-12,3 %), des légumes (-5,8 %) et de la pomme de terre (-1,5 %) ».

Néanmoins, des hausses caractérisent essentiellement les autres produits, la viande rouge (+ 0,6 %) et les fruits (+ 1,4 %). Au chapitre des hausses figurent également les produits manufacturés qui ont évolué de + 0,8 %, tandis que les services accusent une relative stagnation, note l’ONS.

Ce rôle pour la Banque d’Algérie ?

Face à cette poursuite de la hausse des prix, l’Exécutif avait statué sur certaines mesures de nature à limiter l’impact sur les consommateurs algériens de la flambée des cours des biens alimentaires de base sur le marché mondial.

Outre la décision de geler tous les impôts et taxes intégrés par la loi de finances 2022 appliquée à certains produits alimentaires, le président Tebboune avait également indiqué, lors du Conseil des ministres du 13 février dernier, que « l’État se chargera de couvrir la différence des prix des produits destinés aux citoyens par l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), et ce, compte tenu de l’augmentation des prix à l’international ».

Les indicateurs d’inflation ne prennent pas en compte jusqu’ici le risque d’une hausse de la masse monétaire dans un contexte de soutien au pouvoir d’achat des ménages.

Certaines mesures, se rapportant à la baisse de l’IRG sur salaire et la hausse du point indicatif de la Fonction publique, pourraient, en effet, faire ressurgir les vieux démons de 2012 lorsque les rattrapages salariaux concédés aux fonctionnaires avaient entraîné une pression inflationniste près de 10 %.

Pour faire tomber la fièvre, la Banque centrale était intervenue dès 2013 pour mener des opérations de désinflation. L’on s’interroge dès lors si ces scénarios étaient d’ores et déjà envisagés pour la Banque d’Algérie dans ce contexte de poursuite de la hausse des prix.

Lors de sa précédente conférence dédiée à la présentation de la note de conjoncture de son institution, le gouverneur de la Banque centrale a laissé entendre que cette inflation qui continue de progresser n’est pas d’origine monétaire, ne nécessitant donc pas une intervention de sa Banque.

Or, force est de constater que la liquidité bancaire et la masse monétaire globale ont fortement dégradé ces derniers mois, avant même que certaines mesures salariales n’entrent en vigueur.

Ce qui ouvre la porte à une éventuelle intervention de la Banque centrale, d’autant que la hausse de l’inflation ne semble pas connaître de répit. Même si le gouverneur de la Banque d’Algérie adopte – jusqu’ici – un ton plutôt équilibriste par rapport à la politique monétaire de son institution, une hausse du taux d’intérêt directeur de la Banque d’Algérie n’est pas à exclure dans les mois à venir.

En mars 2020, alors qu’elle était confrontée à une baisse de la liquidité globale des banques, la Banque d’Algérie a décidé de réduire son taux directeur à 3,25 %.

Réponse efficace contre les pressions inflationnistes, une hausse du taux directeur pourrait aider à faire retomber la fièvre, d’autant que la liquidité bancaire à des niveaux appréciables, à 1 500 milliards de dinars à la fin février.

Ali TITOUCHE

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