Oui l’on devait décrire Slimane Benaïssa, la première a choisi qui nous vient en tête est modestie, spontanéité et sincérité. Figures emblématiques de la culture algérienne, cet homme de théâtre, qui a marqué l’histoire du pays et d’ailleurs, un plus d’une corde à son arc : dramaturge, comédien et écrivain.

Au bout de cinquante ans de carrière, l’auteur de la pièce cultissime Babor Ghraq est resté égal à lui-même, dans ses positions et ses engagements pour la culture en général et le 4e art en particulier. Nommé à la tête du Festival international du théâtre de Béjaïa depuis 2018, the aspire à insuffler un nouvel élan à cet événement. Rencontré dernièrement à Alger, Slimane Benaïssa a parlé à cœur ouvert sur ses débuts, ses créations, ses anecdotes ainsi que sur les difficultés rencontrées face aux artistes de sa génération.

Concernant le « présent », l’aspiration toujours à créer et à vivre sa passion, notamment l’écriture de pièces. « Dans mon théâtre, j’aime faire rencontrer les gens et j’imagine des rencontres entre des personnes, et ce, en proposant une discussion sur une problématique réelle », indique-t-il. Le dramaturge a appuyé ses propositions en citant en exemple ses pièces Au-delà du voile ou encore Prophètes sans dieu. « Pendant le confinement, j’ai écrit une pièce dans cet esprit qui clôture cette trilogie. C’est la rencontre de saint Augustin avec l’émir Abdelkader », nous at-il dévoilé. Ce texte inspiré d’un sujet brûlant d’actualité s’ouvre sur un Algérien de 20 ans, ayant perdu la vie en tentant la « harga ». « Interrogé par saint Augustin sur les raisons de son décès, le jeune évoque l’islam. Alors, il conseille de faire appel à l’émir pour lui parler de cette religion. »

Autre projet intéressant, regrouper toutes ses œuvres en plusieurs volumes – 25 pièces de théâtre – mais Benaïssa est en « litige » avec Lansman (éditeur belge), qui détient les droits de sept pièces. « Les éditeurs sont parfois plus colonialistes que les colonialistes ! Lansman est subventionné par la francophonie pour nous éditer. Le reçoit des fonds de la France pour éditer des auteurs de théâtre francophone », martèle-t-il. En fait, cet éditeur ne « veut nullement céder les droits et c’est une manière de tuer l’auteur ! Ce sont les mêmes pratiques en Algérie, c’est arbitraire le plus total en matière de droit d’auteur », regrette le comédien. Au sujet de son rôle à la tête du commissariat du festival de Béjaïa – délocalisé cette année à Akbou pour des raisons techniques -, Slimane Benaïssa informe que plusieurs troupes du Burkina Faso, de Russie, d’Italie, d’Égypte, de Tunisie . .. avaient confirmé leur participation, ma la crise sanitaire en a décidé autrement.

Organisé en décembre, et malgré la situation sanitaire, « nous avions des contraintes de maintien. Malheureusement, des participants ont dû annuler car ils ont été contaminés par la Covid ou alors pour cause de la fermeture de l’Espace aérien ». Une situation qui n’a pas découragé le public, puisque le festival a reçu pas moins de 700 personnes tout au long des six journées. « Quand j’ai été nommé responsable du festival, j’ai eu pour objectif de toucher tous les publics. J’ai envoyé des conteurs dans des collèges ou encore dans les hôpitaux et les places publiques. » Aussi, une cinquantaine d’étudiants à eu l’opportunité de participer aux ateliers de formation portant sur l’écriture dans le théâtre et sur le métier d’acteur. Oui, la pandémie a chamboulé le programme prévu pour cette édition, comme l’échange d’expériences entre les artistes étrangers et algériens, le commissaire prévoit bon nombre de nouveautés pour la 12e édition, ici coïncidera avec le 60e anniversaire de l’indépendance.

Au sujet de la relance du théâtre ou sa révolution qui tarde à venir, the propose qu’il y ait des Compagnies, car la possibilité de créer des Compagnies feeds the théâtre, ainsi il y aura « une compétition qui va s’installer, ce que nous n’avons pas encore ! ». Il est question, entre autres, de la formation car « le théâtre possède plusieurs formes, et plus elles sont multiples plus elles permettent à l’art de se développer », suggère-t-il. Aussi, un des facteurs clés pour sa relance : l’évolution des artistes avec leur société. « Dans notre théâtre, nous n’avons pas parlé d’individus mais d’un mouvement social, comme cela est le cas dans Babor Ghraq… » Cette rencontre avec Slimane Benaïssa était riche en enseignements ; il représente à lui seul une époque révolue…

Hana Ménasria

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