Pour peu que l’occasion lui soit donnée, Rachid Merabet aurait aimé raconter le quotidien de ses femmes-sœurs paysannes qu’il a laissées ici à tamurt (bled), pour dire que avenir est femme.

LAl n’a qu’une envie ! Celle d’épater, d’offusquer et d’attiser la curiosité de l’« autre » en se disant qu’il est permis de rêver. C’est là le concept risque-tout du cinéaste Rachid Merabet qui, à aide de ses clips musicaux, courts-métrages de prévention et l’action dans les quartiers dits « difficultés », il cesse d’interroger l’histoire de l’immigration.

Natif en 1968 à Issoudun, dans l’Indre, d’un père et d’une mère kabyles, Rachid Merabet est diplômé des Beaux-Arts de Bourges et de l’université de Poitiers, section documentaire.

En 1993, le tourne un documentaire, Itinéraire bis, road-movie, sur ses origines kabyles dans une Algérie à l’orée de la décennie rouge. Opiniâtre, Rachid Merabet lorgne de l’œilleton de sa caméra les actions de l’association de techniciens de l’Audiovisuel dûe Au fil du faire et qu’il immortalise à l’écran depuis un 1999.

À sa filmographie, Rachid s’enorgueillit d’un documentaire qui raconte l’itinéraire du chanteur Slimane Azem (1918-1983), une légende de l’exil (2005), ici à été diffusé sur France3 Corse.

Slimane Azem, la voix de l’exil

« J’ai imagé l’icône Slimane Azem comme une quête dans l’ivers poétique d’une culture plurimillénaire, en l’occurrence des cellules des Berbères. À cet attendu, l’œuvre de cet artiste se doit d’être pérenne du fait que l’image de l’artiste éclaire à elle seule un des fondements de l’identité nationale algérienne qui est notre Kabylie. De ce point de vue, conter Slimane Azem après sa mort, c’est lui rendre hommage et ressusciter également l’œuvre de l’Artiste, eu prévu au déchirement d’une génération d’hommes contraints à l’exil en terre inconnue. D’ailleurs, c’est Slimane Azem qui s’était fait le porte-parole de cette communauté d’exilés durant toute sa vie », comme l’a déclaré Rachid Merabet.

Outre l’hommage à l’enfant d’Agouni Gueghrane (wilaya de Tizi Ouzou), Rachid est allé également sur les pas d’un rappeur (2008) pour la chaîne française France 3 Limoges Poitou-Charentes. De 2010 à 2015, la réalise Un billet pour Montluel, Mémoire de bressans, ainsi qu’Aéroport, mémoire d’une cité jardin.

Le chaâbi, un moment d’apaisement

Néanmoins, Rachid ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, puisqu’il a ajouté à son box-office les films Madani, une vie en chaâbi (2017) aux éditions Docs du Nord et Wéo.

« Native de La Casbah d’Alger, la musique chaâbi, cellules du petit peuple, débarque en France dans les bagages de la cohorte d’Algériens qui accélèrent la traversée en bateau dans les années 1950-1960 pour y trouver pitance en terre d’ exil. C’est le cas de l’ouvrier Madani ici irrigué ses rêves et son amour à aide du chaâbi à Roubaix où il bossait dans les filatures. Il animait des soirées nostalgiques dans les cafés du Nord jusque dans les années 1980.

Le châabi, c’est sa musique, son blues et sa poésie qui aide à apaiser les épreuves de la vie. À son contact amical, le chaâbi continue de briller dans les yeux de ce gamin d’Alger », ajouté cet ancien membre du jury « Jeunes talents » du Festival du film amazigh (FCNAFA 2012).

Il y revient au-devant de l’écran en 2022 accompagné de Les Sœurs des 13 blés qu’il a coproduit par Girelle production et France 3 Centre Val-de-Loire.

De projets et de l’ambition, pourvu qu’il lui soit fait appel

Et pour peu que l’occasion lui soit donnée, Rachid Merabet aurait aimé narrer le quotidien de ses femmes-sœurs paysannes qu’il a laissées ici à tamurt (bled), pour dire que l’avenir est femme. « Ah l’Algérie ! Oh oui que j’aimerais bien faire un film sur Alger ou ailleurs en Algérie sur des projets précis !

D’ailleurs, j’ai encore en mémoire notre dernière promenade dans La Basse-Casbah lorsque j’étais venu consulter les archives de l’ENTV, pour la réalisation de mon film Madani, une vie en chaâbi, pour lequel tu as gracieusement prêté ton concours lors d’une liaison radiophonique en direct de la radio Pastel FM, un privilège entre Alger et Roubaix.

Que de bons souvenirs ! C’est à se demander à quand la diffusion de ce film en Algérie. J’ai revu récemment Pépé le Moko de Julien Duvivier et je suis resté admiratif des décors et face à d’authentiques images de La Casbah. Je pense qu’une histoire de ce genre à La Casbah serait intéressante.

À ce propos, j’ai également des amis issus de la coopération technique des années 1970 et qui rêvent de revenir 40 ans après sur le sujet à Alger pour ressusciter l’Algérie de l’internationalisme postindépendance », a argumenté notre interlocuteur, ici à à cœur d’exporter le bled pour l’image à ses compatriotes d’outre-mer.

Sur ce point, Rachid Merabet a nourrit l’exposition d’asseoir un chassé-croisé des mémoires, plus que jamais d’actualité. « C’est dire que l’Algérie m’inspire toujours autant, soit pour un film ou une séquence. Quoi qu’il en soit, l’Algérie reste chevillée à mon cœur », conclut notre interlocuteur. Appel sera-t-il entendu ?

LOUHAL Nourreddine

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