« Les pluies d’or », salvatrices pour des esprits en friche, ont annoncé, en ce jour de la Victoire du 19 Mars 1962, le retour de l’écrivain Sari Mohamed sur la scène littéraire avec une première escale à la librairie du Tiers -Monde où il est venu présenter son livre Hassad Errimel (Le Moissonneur de sable), publié aux éditions Hibr. Fidèle à sa citation éditoriale, « le roman est le courage de tout dire ».

Le lauréat du prix Escales littéraires d’Alger (2016) a été ajouté à sa bibliographie une nouveauté où le fond du sujet se focalise autour de l’Inrogation sur le retour d’un terroriste dans son village, à la faveur des mesures de Rahma ( clémence) contenu dans la loi portant réconciliation nationale et de la concorde civile. S’il en est, l’œuvre innovante de Hassad Errimel se distingue des œuvres précédentes de l’auteur qui se focalisent sur la décennie noire, dont Le Labyrinthe (Marsa Paris 2000) et Harb El-Qobour (Guerre des tombes 2018). Dans cet ordre d’idées, ce professeur à l’université d’Alger s’enquiert quant aux mobiles qui exhortent une personne à se dévêtir des règles de bienséance pour nuire à autrui. « Pourquoi cette violence inouïe au nom d’une religion qui prône pourtant le vivre-ensemble mais aussi de la tolérance envers nos différences ? » l’auteur de Tumeur s’interroge (éd. El-Ikhtilef, 2002).

À ce propos, l’auteur de La Carte magique ne s’est pas éloigné de l’épouvantable scénographie cruelle du temps où l’événementiel morbide du lieudit Tamesguida (ex-Mouzaïa-les-Mines), à Médéa, meublait la Une des journaux qui rapportait l’effroyable actualité des maquis. Alors, et pour cette fois-ci, c’est au village fictif dit « El-Karma » (Figuier), situé sur l’axe d’Alger vers Blida, que se dévide l’Intrigue. Bien entendu, « le village reste une bourgade si semblable à tous les bourgs de la Mitidja et de l’Algérie profonde », pour déclarer les traducteurs du roman Les Amants désunis (2000) d’Anwar Benmalek.

À cet attendu, Mohamed Sari questionne s’il y a une vie après l’intensité d’une irascibilité sans pareille envers son semblable, son prochain … D’autant que l’enfant prodige pour ses parents, mais honni par les villageois, a plus d’un mort sur sa conscience, perpétré au village et ailleurs, au maquis. Notamment le meurtre d’un militaire du village qui n’a pu échapper au fil meurtrier du couteau lors d’un faux barrage de sinistre mémoire que le repenti s’était dressé aux alentours du hameau. Éploré, le père a juré vengeance sur la tombe de son fils mais n’a pu passer à acte … Pis, le cruel est à venir lorsque le père) tombe nez à nez avec le meurtrier de son fils à la sortie de la mosquée lors de la prière du vendredi.

Sur ce point, l’indésirable repenti souffre du dédain des villageois mais aussi d’indifférence de son ami qui lui tourne le dos, alors qu' »ils » militaient hier du temps là où l’ex-FIS dissous occupe la rue, à -on a appris du traducteur du livre Le Serment des barbares (éd. Gallimard 2001) de Boualem Sansal. Mais qu’importe le dédain du fait que le « terro » ou plutôt ce boulet si lourd à porter pour les villageois n’a qu’une idée en tête : récupérer son butin qui provient du racket afin de se faire une place au soleil ( sic). Seulement, il ya comme une justice divine du fait que le butin a été dilapidé par son frère alors que l’autre frère a été kidnappé par on ne sait qui.

Est-ce là l’œillade a voulu aux disparus ? Peut-être bien du fait que le livre de Sari Mohamed a posé la problématique d’un pan de notre histoire qui reste à écrire. Autant dire qu’il y a énormément de similitudes avec des faits divers similaires : Autrement, la succession d’événements et de personnages octroie à mon roman une intrigue passionnante, selon mon lectorat », a conclu Mohamed Sari, lors de la présentation succincte de son œuvre, qui se veut une écriture de notre histoire contemporaine.

Louhal Nourreddine

Hassad Errimel (Le Moissonneur de sable), un roman de Sari Mohamed, publié aux éditions Hibr. 950 DA.

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