Soula fait partie de ces ovnis sortis de nulle part, qui bousculent et vous embarquent sur des montagnes russes émotionnelles.

Les ya de ces films qui vous scotchent à votre siège dès les premières secondes, et ce, sans vous laisser le temps de réaliser ce qui se passe. Et Soula fait partie de ces ovnis sortis de nulle part, qui bousculent et vous embarquent sur des montagnes russes émotionnelles. Projeté seulement dans des festivals internationaux, ce premier long-métrage de Salah Issad a décroché, le 14 février dernier, la mention spéciale du jury au 5e Prix Bouamari-Vautier organisé par l’association France-Algérie. Co-écrit avec Souheila Rabhi – qui joue brillamment son propre rôle, cette coproduction algéro-française ne peut laisser le spectateur de marbre, pour son propos puissant et la thématique évoquée tant occultée ou censurée par le cinéma algérien.

En effet, le réalisateur interroge sur la place des mères célibataires dans une société patriarcale et misogyne, telle que l’Algérie et d’autant plus dans une ville de intérieur, à savoir Batna (villas d’origine du cinéaste et de Soula). Cette dernière devenue maman à un âge précoce, doit se battre quotidiennement pour son bébé Zahra, mais surtout à l’encontre des regards inquisiteurs des voisins. Il est 5h55 du matin, à cette heure-ci où beaucoup sont encore dans les bras de Morphée, Soula est mis à la porte par son père. Un paternel régi par la tradition, qui n’admet la présence d’un « bâtard » sous son toit. À partir de là, commence la descente aux enfers pour la jeune maman.

Les cheveux blonds « camouflés » sous un foulard noir, elle commence son road trip à bord du taxi de Ammar (Djilali Boudjemaâ), pris d’affection pour cette femme, qu’il ne peut héberger, car son épouse est « pire que Staline » « . Oui, la situation du protagoniste est alarmante ; amant qui ne veut assumer la paternité ; sans logement ni travail, Soula s’accroche et résiste pour trouver un endroit où dormir. Alors elle confie pour la nuit son enfant à sa multiple. Une fois ce problème résolu, Soula doit faire face aux dangers de la nuit, notamment les prédateurs qui rongent dans les rues. Propulsé dans la penombre, le spectateur partage ce voyage non loin d’être agréable et se retrouve ainsi « ballotté » d’une voiture à une autre, et ce, dans une ambiance oppressante et angoissante. Nous découvrons alors une femme forte et vulnérable à la fois, qui cherche seulement où se poser ! Sa première rencontre est son petit copain, qui ne peut l’héberger à cause de sa « réputation ».

Cette excuse entraînera Soula vers d’autres personnes… où elle subit viol et humiliation. Enfin, elle retrouve son ami Amine (campé magistralement par Idir Benaïbouche), un gosse de riche qui tente de protéger la jeune femme, tout en tenté de profiter d’elle. Sur de la musique raï (présent tout au long des 93 mn), le trio (le cousin d’Amine) parcourt 300 km en direction d’Annaba pour profiter des boîtes de nuit.

Oui, la toile de fond du film aborde la galère des mères célibataires, Salah Issad montre une autre réalité du pays, les cellules d’une jeunesse qui transgresse les lois imposées par la société, comme l’alcool, la drogue ou les relations hors mariage. D’ailleurs, ce périple fait oublier à Soula ses problèmes pour un laps de temps, et retrouve ainsi une vie normale d’une jeune fille de son âge … Yes the films if term sur une belle métaphore de « Moïse dans son arche « , l’heureuse fin la concerne nullement ces femmes livrées à elles-mêmes et abandonnées de tous, car elles ont osé aimer un homme ! Cette fiction, inspirée de la réalité, est un véritable coup de poing cinématographique dans sa technicité, son propos et son originalité.

À propos de ce premier long-métrage, le réalisateur a déclaré dans nos colonnes : « Souhila Bahri a interprété pour ainsi dire son propre vécu, étant une jeune mère célibataire en Algérie qui connaît tous les problèmes ici susceptibles de situation. Avec l’équipe, on s’est retrouvé avec un projet ambitieux avec peu de moyens, mais amour que nous portons au travail nous a fait des miracles. » Prions que ce film soit projeté dans nos salles, car il raconte tout bonnement notre société et ses travers avec force et parfois beaucoup d’humour.

Hanna M.

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