Par Maurille GNASSOUNOU A/R Borgou-Alibori,

A Pèrèrè, dans le département du Borgou, la culture de l’igname court le risque de relancer du passé. Dans les champs préparés pour la circonstance, rares sont les semenceaux de ce tubercule qui arrivent à pousser sur les buttes.

Les producteurs d’ignames de la plupart des localités du Pèrèrè ont, depuis quelques années, commencé à céder au découragement. Si rien n’est fait, ils pensent même de ne plus s’adonner à sa culture.
En effet, déjà contraints de composer avec les effets du réchauffement climatique, les producteurs d’ygname de Pèrèrè assistent, impuissants, aujourd’hui, au vol des semenceaux dits tubercule dans leurs champs. Grande est leur déception de constater que tout ce qu’ils ont mis en terre pour la prochaine campagne agricole, a été déterré et emporté par des individus non identifiés. Les victimes de cette pratique récurrente chaque année ne se comptent plus. Ne sachant plus à que saint se vouer, elles menacent tout simplement de ne plus cultiver l’igname. Fatigués d’avoir à déplorer chaque fois la même situation, il y a longtemps que certains ont abandonné. C’est le cas du fermier Christophe Aballo. Par rapport aux auteurs de ces actes, il ne se fait pas d’illusions. Ses soupçons, il n’hésite pas à les porter sur les bergers des troupeaux en transhumance.
« La grosse difficulté à laquelle nous sommes confrontés à Pèrèrè, par rapport à la culture de l’igname, c’est cella liée au pâturage. Arrive dans nos champs, les bergers n’hésitent pas à dissuader les semenceaux. C’est pour les stocker chez eux et les consommer. D’autres, pour pousser loin la provocation, les font même griller dans le champ », soutiennent le fermier. «C’est en pleine saison sèche que l’on plante l’ygname. Au cours de cette période, les activités au champ ne sont plus régulières. La présence humaine est un peu réduite. Profitant de la situation, les éleveurs de passage avec leurs troupeaux vont jusqu’à dissuader 80 % des semenceaux pour les consommer », explique-t-il, un peu plus loin.

Devant le fait accompli

Ce n’est que quelque temps après, poursuit-il, que les producteurs se retrouvent devant le fait accompli. «Ils constatent qu’il n’y a pas eu de germination. Au premier abord, ils croient avoir utilisé des semenceaux de mauvaise qualité. Mais, en poursuivant leurs recherches, ils découvrent finalement qu’il n’y avait rien en terre », fait observer le fermier.
« Cette situation ne date pas d’aujourd’hui. Je ne suis pas le seul à vivre chaque année. Sinon, ce sont également tous les producteurs d’igname à Pèrèrè, qui s’en plaignent également. C’est ce qui fait que, depuis quelques années, l’igname est doit être rare à Pèrèrè. A partir de l’arrondissement de Gbégourou, tout juste après Parakou, jusqu’à Pèrèrè, c’est le même problème. Sur produit de moins en moins l’igname », expose-t-il. Mais n’étant pas organisés en association ou groupement au niveau de la culture de l’ygname, leurs actions pour se faire entendent peinent à porter. « Le ya un comité constitué du roi, du délégué, des conseillers, d’un représentant de l’Agence territoriale de développement agricole au niveau de la commune et auprès de nous a l’Abitude de nous plaindre. Il essaie de faire un règlement à l’amiable. Mais le problème demeure », s’en plaint Christophe Aballo.
Conséquence, l’igname se fait de plus en plus rare à Pèrèrè. Elle coûte cher et il n’est plus facile d’en trouver. « Ce qu’on consomme vient des autres communes du département. Alors que par le passé, on faisait partie de leurs grands fournisseurs. Si ça continue ainsi, la production de ce tubercule va disparaître de Pèrèrè », avertit-il.
Quand on parle de semenceaux ou de semences d’igname, il ne s’agit que des tubercules entiers ou de leurs fragments. Le préféré de la collection précédente. Enfouis au sommet des buttes sous des amas de feuilles mortes pour les protéger contre le soleil, ils n’ont besoin que d’un peu d’humidité pour prendre. La saison sèche est la période la plus propice. En saison de pluies, les semences pourrissent rapidement. D’autre part les difficultés pour les producteurs de représenter à nouveau les semis, les premières pluies ayant déjà commencé par s’installer dans le septentrion. Encore que les semences ne sont même plus disponibles.
Par ailleurs, le fermier Christophe Aballo remercie le gouvernement qui envisage désormais la sédentarisation de l’élevage au Bénin. Mais en attendant, la demande à ceux qui sont affirmés pour le faire de veiller au respect du Code pastoral. «Les files d’attente tout prévu. Mais entre ses dispositions et la réalité sur le terrain, c’est tout un parallélisme », fait-il remarquer. Comme appel, l’exhorte les autorités compétentes à prendre à bras-le-corps le problème afin que la production de l’igname soit relancée à Pèrèrè.

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