L’annonce de l’augmentation salariale est accueillie avec joie et enthousiasme par les travailleurs. Cependant, ces sentiments de bien-être psychologique ont laissé place à la spéculation et à l’inquiétude dans l’impatience sur le montant de la revalorisation, qui jusqu’alors reste la grande inconnue.

« Un oiseau dans la main vaut deux dans le buisson. » Cette maxime résumait l’état des fonctionnaires au Bénin depuis plusieurs semaines quand, en guise de cadeau de Noël, la nouvelle de l’augmentation des salaires leur fut annoncée. L’information rendue publique à l’issue du Conseil des ministres du 15 décembre 2021 ne pouvait qu’apporter une bouffée d’air frais aux travailleurs déjà englués dans un pessimisme béat, après la pseudo « indifférence » du gouvernement à leurs doléances. « Depuis 2016, le gouvernement n’a rien apporté aux travailleurs. De plus, nos conditions se sont aggravées lorsqu’on nous a demandé de donner le meilleur de nous-mêmes », dénonce Eugène B., secrétaire des services administratifs dans un ministère. Comme lui, Pierre T., agent de codage, pense que le moment est venu de porter un regard bienveillant sur les travailleurs qui contribuent, chaque jour que Dieu donne, au développement du pays. « Nous sommes les vrais acteurs du développement, mais paradoxalement ce sont les politiques qui se taillent les plus gros salaires. Ce n’est pas juste.» La lecture de ces deux fonctionnaires est malheureusement partagée par la majorité des ouvriers. Désespéré et privé de leur principale arme de combat qu’est la grève depuis 2018, les ouvriers n’espéraient qu’un miracle, en termes de améliorer leurs conditions. Pour eux, l’ange Gabriel a failli descendre le 15 décembre lorsque l’annonce de l’augmentation des salaires est intervenue au moment où la grande majorité des travailleurs s’y attendait le moins. Mais très vite, l’euphorie suscitée par la bonne nouvelle fera place à l’impatience et s’inquiéter.

Un optimisme prudent

Pour les représentants des travailleurs, la nouvelle de l’augmentation des salaires est tout sauf un coup de pub. « Face à un gouvernement aussi organisé et structuré que celui de Patrice Talon, les travailleurs ne peuvent douter de cette annonce », confie Béatrice, agente du ministère de la Santé. Pour cet ancien syndicaliste, la communion ne doit pas être donnée au gouvernement sans confession. « Nous n’avons pas à déclarer la victoire très bientôt. Il faut être prudent et attendre la fin ». Le secrétaire général de la Confédération des syndicats indépendants du Bénin (Cosi-Bénin) partage la même appréhension avec quelques nuances. Sur une chaîne privée locale, Noël Chadaré a exhorté le gouvernement « à ne pas jeter de miettes aux travailleurs ». Il propose une augmentation de 30% des salaires et appelle l’Exécutif à augmenter le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) jusqu’à 60 000 FCfa. En tout état de cause et selon la voie annoncée par le gouvernement et confirmée par son porte-parole, les syndicalistes seront invités à présenter leurs propositions, même si la décision finale appartient à l’Exécutif.

Gabin Goubiyi

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