La réforme du système des partis a certes permis de réduire considérablement le nombre de partis politiques au Bénin, mais elle a été un échec car elle a favorisé une Assemblée nationale pleinement engagée dans la cause du mouvement présidentiel. C’est l’avis du vice-président du parti « Démocrates », Eugène Azatassou. Il l’a exprimé dans l’interview publiée ci-dessous.

Le Matinal : Depuis 2018, le Bénin a réformé son système partisan sous la houlette du président Patrice Talon. Sur plus de 200 partis politiques, le pays n’en compte plus qu’une quinzaine avec une nouvelle Charte des partis politiques et un nouveau Code électoral. Quel bilan faites-vous de cette réforme qui s’annonce joyeusement ?

Eugène Azatassou : Quand on veut initier une réforme, on se fixe des objectifs avec des résultats attendus. Le résultat attendu des initiateurs de la réforme du système partisan est-il d’avoir un Parlement unicolore où il n’y a que du mouvement ? Si oui, cela signifie que les résultats ont été atteints. Mais si ce n’est pas le cas, c’est qu’il y a un problème. Chacun devrait se dire qu’il y a un problème. Moi, je n’ai pas l’impression que les gens se disent ça aujourd’hui. La réforme est considérée comme un succès car elle a réduit le nombre de partis. Je pense que lorsque le système est mis en place, il y a un problème. En effet, la loi a des problèmes au niveau du système partisan puisque le système partisan est animé par l’homme. Cela ne pouvait pas être parfait. Mais est-ce là la solution ? Je ne crois pas. C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de plaintes sur le grand nombre de partis, mais en réalité il n’y a pas eu de vrai diagnostic car quand on prend ce grand nombre de partis, combien se sont retrouvés à l’Assemblée nationale ? Alors, l’ancienne Charte des partis politiques a-t-elle vraiment été appliquée pour permettre aux partis qui ne se sont pas présentés plusieurs fois aux élections d’être disculpés ? Cela n’avait pas été fait. On est tombé sur la réforme du système partisan un peu comme les mettre dans un centre pour les étouffer et les dominer. C’est ainsi que j’ai compris la réforme du système partisan. Et c’est une honte. C’est ce qui a donné le résultat de 83 députés sur 83 pour le mouvement. Cela ne se fait dans aucun pays. Même dans les pays non démocratiques, ils s’assurent au moins qu’il y a une opposition. La réforme du système des partis qui y conduisit fut un échec. Il est vrai que le nombre de partis politiques doit être réduit, mais dans les pays où le nombre de partis politiques est faible, ce n’est pas le cas. C’est par les regroupements et la façon dont on organise les élections que les gens se rassemblent et se regroupent. C’était déjà le cas. C’est donc dans ce processus que se forment les groupements. En France, par exemple, il n’y a pas que la gauche et la droite. Aux États-Unis, il n’y a pas de républicains et de démocrates, il y en a beaucoup d’autres. Dans la pluralité, il faut laisser s’exprimer toutes les tendances. Créer un parti, c’est avoir une vision du développement de la nation et essayer de la concrétiser. Dès que j’ai un petit aperçu du développement et que c’est nuancé avec les autres, j’ai besoin de pouvoir me structurer et m’exprimer. Même si nous ne sommes pas nombreux, nous pouvons toujours faire avancer les choses. C’est, en principe, l’idée du système partisan. Ce n’est pas une minorité sur laquelle une majorité va siéger pour donner le résultat auquel nous avions droit.

Les progrès sont-ils toujours évidents ?

Il y a certes la réduction des partis politiques, mais ce n’est pas un pas en avant. Cette réduction est trop drastique et ne permet pas l’expression plurielle. Nous avons l’habitude de dire que dans le mouvement il y a un parti unique avec deux branches. C’est comme si nous revenions à la période du parti unique du passé. En principe, à partir de ce que nous avons réalisé en 1990, nous devrions monter et non descendre.

Des propositions à faire pour parfaire la réforme en vue des élections qui se profilent à l’horizon ?

Nous formulons toujours des propositions, mais elles ne mènent nulle part. En fait, la grande proposition est qu’il y ait un dialogue entre toutes les tendances politiques de la nation pour dire comment nous voulons que les choses se passent désormais. Ce que nous dirons aura quelques imperfections, mais nous trouverons le mécanisme pour corriger progressivement. Nous devons discuter de notre coexistence qui a été détruite. Ce qui a été détruit et qui fait le plus mal, c’est le consensus qui s’est dégagé de la Conférence nationale. Le consensus n’a jamais signifié l’unanimité, mais tous les pouvoirs ultérieurs au Bénin ont eu leur opposition. Cela signifie simplement que tout le monde est là pour regarder. Par exemple, le processus électoral, normalement tout le monde devrait être impliqué. Le fichier électoral qui est en train d’être mis en place provient du Ravip qui avait été très contesté. Mais elle est aujourd’hui confiée à une structure technique (Anip). Par conséquent, on ne peut pas lui faire confiance. Nous devons nous asseoir et nous demander ce qu’il faut faire pour sortir de là et tout remettre sur les rails. Nous pouvons nous asseoir et nous souvenir de ce qui se fait actuellement. Mais nous aurons au moins l’impression d’avoir contribué à l’avancement du processus électoral et démocratique. Avant tout, il faut des conditions de détente politique, c’est-à-dire la libération des prisonniers politiques, le retour des exilés, car je ne suis pas le plus intelligent de la nation. Outre moi, il y a beaucoup d’autres personnes intelligentes en exil.

Propos recueillis par Serge Adanlao

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