Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

« Retour à la terre » est une exploitation agricole située sur environ 10 hectares à Athiémé, au sud-ouest du Bénin. Là, sous l’égide du promoteur Gilbert Comlan Gnanmé, s’est développée une vie paysanne qui a su s’adapter aux crues cycliques de la ville.

Une ferme baptisée « Retour à la Terre » sert de cadre expérimental pour une bonne adaptation aux inondations qui ont frappé Athiémé, commune située au sud-ouest du Bénin. L’Athiémé est la collectivité territoriale du département du Mono où le débordement du fleuve Mono cause beaucoup de dégâts. À propos, l’eau des rivières inonde presque toutes les fermes. La ferme « Back to Earth » n’échappe pas à ce phénomène. Mais dans ce cas, s’adapter à la catastrophe en la transformant en opportunité de prospérité est le défi du promoteur de la ferme, Gilbert Comlan Gnanmé, natif d’Athiémé.
Pour pouvoir vivre cette expérience d’adaptation de première main, il faut s’armer de détermination, porter des bottes longues et s’équiper d’un troisième poumon. « Retour à la terre » est situé à Hounkponou, dans le village d’Atchountohoué, à l’autre bout de la ville d’Athiémé. On le découvre au bout d’un long chemin de terre, qui se traverse en deux étapes : une bonne partie en mouvement, faisant preuve de beaucoup de dextérité dans le maniement, puis le reste du chemin à pied. A pied, il faut faire attention à la bouse de vache et aux branches sèches des palmiers à huile qui gisent au sol. Avant de faire un pas, il faut sentir, s’assurer que le sol est solide là où reposent vos pieds afin de ne pas subir de chutes brutales.
« Retour à la terre » est un groupement de fermes réparties sur une dizaine d’hectares. A son siège à
Hounkponou, la production d’huile de palme, l’extraction d’« huile rouge clair » et la pisciculture sont les activités phares. Par ailleurs, Gilbert Comlan Gnanmé et ses ouvriers cultivent du maïs, élèvent des petits ruminants et de la volaille. Je suis aussi dans l’horticulture.

Adaptation

En matière de production de palmier à huile, la préférence de Gilbert Comlan Gnanmé s’est portée sur la graine sélectionnée. L’adoption de cette graine est l’acte 1 du processus d’adaptation car, selon l’agriculteur, les palmiers à huile sélectionnés sont adaptés aux sols hydromorphes d’Athieme. Cette espèce végétale, après castration, est prolifique en grappes de palmiers au contact de l’eau, explique-t-il.
Selon lui, la consistance des récoltes dépend des saisons. En saison des pluies, souligne-t-il, 12 à 15 tonnes de grappes sont récoltées tous les quinze jours et l’extraction de « l’huile rouge clair » est réalisée sur place. Conditionnée en bidons de 25 litres, l’huile rouge est commercialisée à travers la garantie qui est un mécanisme de vente adopté par les producteurs d’Athiémé réunis dans un creuset appelé Union des Producteurs d’Huile de Palme. Environ 2 000 producteurs de palmiers à huile sont recensés dans chacun des cinq districts d’Athiémé. Après que l’eau se soit retirée, l’agriculteur envisage de faire « deux ans de récolte de palmier à huile ». « Sur un hectare c’est quatre millions de francs CFA puisque le bidon de 25 litres d’huile rouge coûte 18.000 francs CFA (le prix actuel du marché, ndlr) », explique Gilbert Comlan Gnanmé.
Après la sélection de la graine dans le processus d’adaptation, suit la technique de culture inhabituelle qui permet aux plantes de la ferme « Retour à la Terre » de résister au débordement du fleuve Mono. En effet, le semis s’effectue sur des monticules de terre à raison de 143 plants par hectare. Les fagots de sable créés à 9 m les uns des autres en quinconce permettent de retenir les jeunes plants au-dessus du seuil atteint par l’eau lors de la crue précédente. Mais cette technique est encore à son stade rudimentaire, notamment en ce qui concerne la détermination de la taille des monticules de terre. L’agriculteur confirme : « C’est à partir des traces laissées par les crues sur les végétaux que l’on détermine la taille des nouvelles mottes ». Ce tâtonnement est l’une des faiblesses de cette démarche prometteuse pour laquelle l’attention des chercheurs peut s’avérer utile à plus d’un titre. « Pour la première année de cette expérience, nous avons eu du mal à gérer l’inondation et nous avions perdu plus de la moitié de nos plantations », regrette l’agriculteur. Selon lui, l’idée de tas est une initiative personnelle inspirée de sa participation aux ateliers organisés par la Snv et de nombreuses autres structures impliquées dans le secteur agricole au Bénin. L’agriculteur se dit convaincu que les buttes sont indispensables lorsqu’il s’agit de planter sur le terrain de sa ville natale. Ceci, pour profiter aux différentes cultures des engrais que les sols reçoivent lors des crues, insiste M. Gnanmé.

Pièges à poissons

La pêche est le deuxième pôle d’activité qui permet à Gilbert Comlan Gnanmé et à ses salariés de profiter plus économiquement du débordement du fleuve Mono. Elle se pratique au niveau de cinq étangs dont le plus grand a une superficie de 500 m2, tous creusés à la ferme comme pièges à poissons entraînés par le courant de la rivière. Ici la pêche a lieu entre août et septembre, juste avant une nouvelle période de crue. Les revenus des ventes sont impressionnants. « J’ai vendu plus de 1,5 million de francs CFA de produits de la mer », confirme-t-il pour cette année. Cela représente une belle cagnotte, d’autant plus que l’équipe de Gilbert Comlan Gnanmé n’a jusqu’alors payé aucun franc. « Ce n’est pas moi qui ai élevé les poissons et les crevettes ramenés par la rivière, qui sont aussi riches en nutriments pour l’alimentation », admet l’agriculteur. Selon lui, peu d’entre eux s’adaptent à cette approche des étangs de la ville d’Athiémé.

Avenir économique

Grâce à la culture de l’huile de palme et à l’extraction d’huile rouge clair qui vient s’ajouter aux revenus de la pêche, l’agriculteur se dit satisfait. Selon ce natif d’Athiémé, l’inondation n’est pas une catastrophe, ni une honte pour sa communauté. Pour lui, l’avenir économique de la commune dépend en grande partie de l’agriculture, notamment de la transformation et de la production d’huile de palme. « L’histoire du palmier à huile, précise-t-il, a commencé ici, en Athiémé, depuis l’époque coloniale. C’est ce terrain qui a accueilli la phase expérimentale à la rampe Zounhouè-Athiémé. Et lorsque l’expérience fut définitive, les colons sont allés réquisitionner des zones plus vastes à Lokossa, précisément dans le quartier d’Agamè, pour opérer à l’échelle industrielle. L’Athiémé n’étant pas un vaste territoire… Ce n’est qu’à partir de la période révolutionnaire que le secteur fut ouvert à tous ».
Le promoteur de la ferme « Retour à la terre » est intarissable de détails sur l’évolution de la filière huile de palme qu’il a embrassée pendant plus de 30 ans et ce, après son retour du Togo, pays voisin où il a passé son enfance. Pour lui, il est évident que les colons n’ont pas choisi au hasard sa terre natale pour introduire le palmier à huile au Bénin.
« S’ils l’ont fait, argumente-t-il, c’est parce qu’Athiémé présente les facteurs de développement de cette culture ». « Chaque milieu doit être adapté à la culture qui lui convient », précise l’agriculteur. Pour lui, la crue cyclique à laquelle sa communauté fait face est une opportunité pour lui. « Je suis heureux d’être originaire d’Athiémé dont le sol rencontre toute culture. Les cultures vivrières sont cultivées pendant la haute saison. Mais la source de la richesse de la ville reste le palmier à huile », explique Gilbert Comlan Gnanmé, dont la ferme n’est pas à l’abri de dommages ou de pertes en cas d’inondations. Bien au contraire. « Si vous allez dans ma ferme », confirme-t-il, « J’ai un champ de plus de 3 hectares de maïs fleuri qui est inondé. Mais je suis prêt à perdre le grain car ce que les palmiers à huile vont générer fait plus que couvrir la perte. Et c’est bien sûr ! « . Dans le champ de blé de M. Gnanmé, il est certain qu’il ne sera pas possible de récolter cette année. Les feuilles des quelques tiges de maïs encore présentes dans la rivière ont également commencé à jaunir. L’évaluation des dommages est définitive. Pourtant, ce sont tous des sourires dont parle le promoteur. « Quand il ne pleut pas, on se plaint. Et quand l’eau arrive, on n’a plus à se plaindre », a-t-il plaisanté. Dans sa compréhension, « Si les gens se plaignent, c’est parce qu’ils ne veulent pas s’adapter. » Les motivations de ceux qui ne peuvent pas s’adapter peuvent être de différentes natures.  » Soit c’est parce qu’ils ignorent les pratiques pertinentes, ou n’ont pas les fonds nécessaires pour constituer les tas et acheter les semences sélectionnées « , pense Gilbert Comlan Gnanmé.

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