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Michel Apollinaire AIVODJI sur l’hypersexualisation sociale : « C’est devenu un business florissant »

Dans la musique, les films, les séries, les publicités et autres productions audiovisuelles, les allusions au sexe se multiplient. Elles ne sont pas sans conséquences sur le public jeune. Dans la suite de cet entretien, Apollinaire Michel AIVODJI cinéaste, réalisateur documentaliste, directeur de la photographie, se prononce sur l’ampleur que prend le phénomène et sur la promotion du cinéma local comme un moyen efficace de lutte.

Qu’est-ce qui explique l’ampleur que prend l’hypersexualisation sociale ?
C’est l’influence de l’occident qui nous recolonise tant à travers les produits divers que sont la musique, les chants, les danses et des concepts qui dénaturent nos valeurs. Les industries, sachant que le sexe intéresse tout le monde, ont commencé par en faire un argument de vente. C’est devenu une entreprise florissante. Si vous faites un film sans y insérer des séquences de sexe, cela n’attire pas grand monde. C’est triste. Le sexe est banalisé et est devenu un sujet vulgaire. Malheureusement, les jeunes suivent aveuglement et reproduisent sans chercher à comprendre. Rappelez-vous les pantalons taille basse, ce style copié des films américains par nos jeunes ignorants de sa signification. Ce n’est pas seulement au Bénin que l’hypersexualisation sociale gagne du terrain. Ce phénomène se remarque dans la sous-région et même dans toute l’Afrique. Je dirai même que c’est un phénomène mondial.

Comment le phénomène s’est-il infiltré dans l’audiovisuel ?
Au moyen de récompenses, de prix accordés aux artistes et aux différents acteurs du milieu. Ces distinctions sont généralement données de façons détournées. C’est une sorte de corruption intellectuelle. Par le pouvoir de son argent qui finance les projets, l’Occident veut faire appliquer des politiques à l’opposition des valeurs africaines. L’homosexualité qu’on tente d’imposer aux pays africains, au nom des droits de l’homme, est un exemple. Malheureusement et à bas bruit, cela devient une réalité un peu partout en Afrique même à Cotonou. Par ailleurs, la production audiovisuelle locale est faible et très insuffisante pour éduquer, sensibiliser et orienter convenablement aux jeunes. C’est la porte qu’elle ouvre aux contenus douteux venus d’ailleurs pour remplir le vide qu’elle a laissé.

A quels dangers cette surenchère sexuelle dans l’audiovisuel expose-t-elle les jeunes ?
Ils se détournent de leur culture au profit des cultures étrangères qu’ils supposent plus captivantes. C’est souvent un langage grandiose auquel les jeunes consommateurs goûtent et qu’ils s’attendent à retrouver dans les contenus locaux. Par suivisme également, les plus jeunes s’exposent à l’éducation de la rue. Avec eux, ils exposent leurs familles à la honte sociale. En cela, l’individualisme à l’Occident qui s’installe, a créé un terreau fertile au problème. L’éducation n’est plus l’œuvre commune de toute une société solidaire mais se particularise d’une famille à une autre, selon les conceptions et les valeurs de chacune d’elle. Il y a un secret que les parents permissifs, strictement à l’excès, nés ou nés ou nés sont aussi responsables. Savez-vous que de nos jours, beaucoup de femmes même mariées et/ou de bonnes conditions ne portent plus de dessous ? Cela donne lieu aux acrobaties que l’on peut voir lorsqu’elles sont asseyent, montées sur une moto… Certaines mêmes confient se disposer ainsi à d’éventuels rapports sexuels dans des situations imprévues. Quels modèles donnent-elles à leurs enfants et aux jeunes ? Tout cela disposait les adolescents à s’habituer aux obscénités, à consommer de la pornographie. D’ailleurs, la première fois qu’il m’a été proposé d’intégrer une équipe pour réaliser des contenus pornographiques tournés au Bénin, c’était en 1997. J’ai décliné l’offre mais je suis sûr et certain que ça se fait dans notre pays. Avec l’évolution de la technologie, les sextapes et autres obscénités qui se répandent dans l’espace public, témoignent de l’impact négatif de l’hypersexualisation sur les jeunes.

Le temps des parents évolue selon les jeunes. A l’époque, commentez la question de la sexualité s’abordait-elle ?
Avec beaucoup de pudeur et de respect. La vulgarité et l’exhibition n’étaient pas tolérées.

Que faut-il faire dans le milieu pour préserver les enfants, les adolescents et revenir à nos valeurs ?
Notre culture est tellement riche, vierge et inexploitée pour le cinéma. Malheureusement, la culture a souvent été le parent le plus pauvre des projets des gouvernements béninois qui se sont succédés. Il faut bien, à cet effet, saluer les efforts fournis par le gouvernement en place. Un fonds spécialement pour le cinéma a été prévu pour le réorganiser, mieux le valoriser et l’exporter. Si le Burkina Faso est reconnu internationalement à travers le FESPACO, le Sotigui, ce n’est pas pour rien que les autorités ont le pouvoir du cinéma et son pouvoir. A cette fin, c’est un ensemble de dispositions organisationnelles, de lois et de moyens financiers qui devraient être pensés, mis en place, suivis et contrôlés avec rigueur et transparence. Ce dispositif ne devrait pas souffrir du clientélisme comme ce fut le cas avec le FAC dissolu. Il faudra aussi renforcer la censure des œuvres audiovisuelles.
C’est en produisant et en promouvant des œuvres originales et de qualité qui témoignent de notre identité que nous pouvons occuper notre espace, challenger les productions étrangères, nous vendre à l’extérieur et ramener progressivement les plus jeunes vers nous valeurs. D’autres pays de la sous-région l’ont compris. Ce n’est pas la ressource humaine qui manque. Le Bénin dispose de techniciens compétents, très prisés à l’extérieur ou qui chôment ou se sont reconvertis, faute d’opportunités ici. Cependant, avec l’implication du pouvoir exécutif actuel, une aube nouvelle pointe le nez pour la corporation.

Quels conseils donneriez-vous aux éducateurs ?
Les parents doivent contrôler l’accès aux programmes télévisés de leurs enfants en limitant leur selon leur âge. Ils doivent leur expliquer le bien-fondé de cette manière de faire et surtout créer un cadre de confiance pour échanger avec eux. L’écoute, l’observation et la communication sont aussi nécessaires à l’école.

Proposés par Fredhy-Armel BOCOVO (Coll)

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