Plusieurs enseignements se dégagent des procès du professeur Joël Frédéric Aïvo et de Réckya Madougou auxquels le peuple béninois a assisté la semaine dernière. Les élections sont terminées depuis plusieurs mois. Les condamnations liées à ces personnalités arrêtées pendant la période électorale sont également connues. Il n’en reste pas moins que nous disons maintenant la vérité, sans hypocrisie et sans émotion.

Premièrement, il faut reconnaître honnêtement et unanimement que la justice n’a fait que son travail.

Joël Aïvo et Réckya Madougou ne sont pas condamnés à la prison aujourd’hui car ils ont exprimé leur volonté d’aller aux élections. Ils n’étaient pas les seuls candidats. Et rien ne prouve qu’ils aient été les plus menaçants, contrairement à ce qu’ils essaient de faire croire au public. Aucun sondage public n’a révélé qu’ils représentaient une menace pour la réélection de Patrice Talon. L’autre, en revanche, avait un budget à défendre tandis que les autres avaient des projets sociaux à préparer et à soumettre à l’appréciation du peuple béninois.

Au-delà des diverses considérations et illusions que chacun peut se permettre, il n’était pas acquis que les candidatures de ces deux personnalités inquiétaient le régime actuel au point de devoir être neutralisées avant d’aller de l’avant. En 2011, nous avions une opposition organisée et unie, mais cela ne pouvait pas inquiéter le régime de l’époque lors des élections présidentielles. De plus, les votes avaient été décidés d’abord après le renouveau démocratique, par ko en faveur du parti alors au pouvoir. Dire et prétendre que les deux sont maintenant en prison pour avoir entrepris de renverser le régime dans les urnes serait un raisonnement fallacieux d’auto-victimisation.

Ensuite, Madougou et Aïvo ont péché pour leur immaturité politique. Au contraire, ils ont péché à cause de leur agitation et de leur soif exagérée de pouvoir. Ils manquaient de stratégie et de préparation. Aucun de ceux qui sont arrivés au pouvoir depuis 1991 n’a adopté une telle stratégie pour toucher les populations.

Ils ont tous les deux péché d’être entourés de gens dont ils ne pouvaient contrôler la moralité et les ambitions. Ils ont été trompés par la ferveur populaire habituelle à l’approche d’élections de cette ampleur. Ils ont péché en croyant qu’ils sont aimés et appréciés par le peuple aux dépens de ceux qui détiennent le pouvoir. Ils n’ont pas pu affiner leurs méthodes de travail. Ils se laissent compromettre en fréquentant des personnes aux mœurs douteuses.

Trahison et mauvais entourage

En outre, ils ont été trahis par leurs prétendues bases et partisans. Ils ont été induits en erreur par leurs proches collaborateurs.

Cependant, nous avons vu les élections présidentielles dans ce pays. Nous avons vu des candidats se préparer et participer à des élections. On n’a pratiquement jamais assisté à ces tensions se traduisant par l’incarcération de personnalités de ce rang.

C’est dans ce Bénin que des personnalités telles que Bruno Amoussou, Nicéphore Soglo, Boni Yayi, feu Mathieu Kérékou, Adrien Houngbédji etc… ont pris part aux élections. C’est sous nos yeux que Patrice Talon a préparé et remporté les élections présidentielles, depuis l’étranger, contre un régime puissant au pouvoir.

Nous sommes libres de tout dire, de tout penser, de tout imaginer et de tout croire. Nous devons avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il y a quelque chose qui a mal tourné au niveau de deux personnalités condamnées à purger une peine de prison aujourd’hui.

Enfin, même les condamnés le savent ; ainsi que des personnes éclairées. Mais comme dans toutes les situations, il y aura toujours des gens qui refuseront de croire que c’est un vrai et bon test.

Pour les sceptiques, il reste encore quelques constantes que personne n’a pu contester :

1- Il y a eu des événements post-électoraux malheureux en 2019, qui ont causé divers dommages

2- Les gares ont été effectivement incendiées ; ainsi que l’usine d’égrenage de coton de Kandi.

3- Charles Toko a failli perdre la vie lors des manifestations électorales de 2021. Sa radio Urban FM a été vandalisée à Parakou. Son domicile a été attaqué et sa ferme menacée.

4- Nous avons tous entendu Joël Aïvo faire des commentaires tendancieux sur les élections présidentielles.

Les personnalités condamnées sont-elles réellement coupables des actes qui leur sont reprochés ? Aujourd’hui, il n’y a aucun doute. La justice a identifié les responsabilités. Chacun est libre d’y croire ou non. Chacun est libre d’exprimer ses commentaires. Réckya Madougou, Joël Aïvo et leurs coaccusés sont les seuls à savoir, en leur âme et conscience, ce que c’est réellement. Le peuple béninois ne se souvient que des événements malheureux et historiques survenus lors des élections de 2019 et 2021.

Pour les futures élections, les candidats potentiels doivent savoir de qui s’entourer et quels discours prononcer pour gagner, sans conséquences négatives. L’expérience récente n’était nullement concluante.

Abdourahmane Touré

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