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Soglo rend hommage à l’intelligence, au courage et à la résilience de Reckya Madouogu

C’était le 03 mars 2021, une journée désastreuse pour notre jeune démocratie ; Reckya Madougou, dont la candidature à la présidentielle de 2021 a été rejetée sur la base de lois voyous, a été arrêté. Elle a depuis été emprisonnée après un procès tout aussi inéquitable, jetant ainsi un masque horrible sur l’image de notre pays. Ma défunte épouse ne s’en est jamais remise jusqu’à sa mort. Tout l’effort d’une carrière politique sacrifié sur l’autel d’un gouvernement implacable.

Par sa mère, une femme courageuse, j’ai appris que Reckya s’était forgé une solide carapace en prison pour affronter l’épreuve. Je note aussi qu’elle n’a jamais baissé les bras et qu’elle continue de peser à sa manière dans le débat public. C’est comme garder un aigle en cage. Accepter de souffrir pour son peuple élève le niveau de conscience.

Je suis personnellement très déçu de ne pas avoir pu obtenir sa libération pendant 2 ans. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. J’ai même compromis pour désamorcer l’atmosphère des deux côtés sans succès. De vagues promesses dans des arguments fallacieux. Reckya Madougou, comme Joël Aïvo et d’autres compatriotes, croupissent encore dans les prisons de l’intolérance, de l’arbitraire et du déni car la loi de la force a simplement remplacé la force de la loi.

Je ne me lasserai jamais d’appeler à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques. Je le ferai aujourd’hui, je le ferai demain, jusqu’à mes dernières forces, et jusqu’au jour où Reckya et les autres retrouveront leur liberté. Je subirai moi aussi le même exercice dans quelques semaines si le professeur Joël Aïvo ne retrouve pas la liberté entre-temps. L’histoire de notre pays est écrite par nous maintenant et ici. Leurs compétences et leur engagement font cruellement défaut dans le cheminement de notre pays vers son développement économique et social.

Nous n’avons pas tenu la conférence nationale pour que les gens continuent d’être privés de leur liberté parce qu’ils s’opposent à un régime. Notre pays se trouve aujourd’hui confronté à des défis sociaux majeurs qui nécessitent la contribution de chacun. Aucun projet social ne peut prospérer alors que les enfants exceptionnels du pays sont emprisonnés ou contraints à l’exil. C’est le sens de mon engagement, il est de ma responsabilité de me faire entendre quand les choses ne vont pas bien. Et celui qui ne signale pas, par l’intermédiaire du gouvernement, est complice. Ici, se taire reviendrait à aller à l’encontre même de l’esprit de la Conférence nationale souveraine historique de février 1990, dont on vient de célébrer le 33e anniversaire, dans un silence assourdissant.

Je joins donc ma voix à celle de ces millions de concitoyens farouchement hostiles au Calvaire auquel Reckya est soumis durant toutes ces deux années ; tandis que ses enfants, ses parents, ses collaborateurs et la nation ont besoin de son énergie, de son intelligence et de son potentiel. Que tous les béninois et béninoises éprises de progrès social et de bien-être pour tous, demandent avec moi la fin de la pénitence pour Reckya et tous les autres prisonniers politiques. La paix de notre nation, la paix de la nation béninoise vient de là.

Courage à toi Reckya Madougou !
Courage à tous les prisonniers pour vos opinions !
Tous ensemble pour leur sortie !
Et vive le Bénin !
Merci.

Nicéphore D. SOGLO
Ancien Président de la République
Ancien maire de la ville de Cotonou
Vice-Président du Forum des Anciens Chefs d’Etat et de Gouvernement d’Afrique,
Créé en 2006 à Maputo sous le patronage de Nelson Mandela

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