Ce 4 mai 2022 marque les 100 jours d’avènement au pouvoir, du Lt-Col Paul-Henri Sandaogo Damiba, à la suite du coup d’Etat du 24 janvier dernier. Après avoir décidé de renverser la table de la République et de s’y installer de force, le président du MPSR (Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration) qui venait ainsi de mettre fin au régime de Roch Marc Christian Kaboré, avait justifié son coup de force et décliné ses priorités dans ses habitudes de nouvel homme fort du Burkina Faso. En effet, dans son premier discours à la Nation, il s’était fixé pour priorités de poursuivre le combat contre le terrorisme, de mener la lutte contre la corruption ainsi que la politisation de l’Administration. Cent jours après son accession au pouvoir, que bilan à mi-parcours tirer des actions du soldat quadragénaire à la tête de l’Etat ? Pour ce qui est de la priorité majeure et immédiate, c’est-à-dire la lutte contre le terrorisme, le constat indéniable est que le pays continu d’avoir mal à sa sécurité. Les lignes ne semblent pas avoir montré bougé. L’insécurité continue de sévir dans les gorges des pans entes de notre territoire national. Chaque jour ou presque, son lot de victimes militaires et civiles du terrorisme ainsi que les personnes déplacées internes (PDI). Ces milliers de sans-abris qui ne cessent de broyer du noir, persistèrent à scruter le ciel à l’expiration du décélérer le moindre signe annonciateur de leur retour pour bientôt, chez eux. Quant aux enfants qui ont abandonné les classes, ils pourraient être rejetés, si ce n’est déjà le cas, comme des générations sacrifiées, les établissements qui étaient les leurs ayant été contraints de fermer du fait d’insécurité. Hélas, la probabilité que d’autres écoles subissent le même sort, est grande. Il n’est un secret pour personne que plusieurs localités de ce pays sont sous l’emprise totale des terroristes qui y règnent en maîtres absolus. Aujourd’hui, des axes routiers à l’image de celui qui repose sur Kaya à Dori, sont contrôlés par les forces du mal au point qu’elles s’offriraient le loisir d’enfouir des IED (engins explosifs improvisés) dans le bitume. C’est un fait : empruntez la route, aujourd’hui, à destination de l’intérieur du pays, faites peur. En somme, depuis le retour du pouvoir kaki au Burkina, on ne peut pas parler d’avancées notables dans la lutte contre les mal terroristes. Bien au contraire, pour d’aucuns, les choses ont même empiré. Vrai ou faux ? Toujours est-il que le président Damiba a demandé un délai de grâce à ses compatriotes, en leur donnant rendez-vous dans cinq mois pour faire un premier bilan. C’était lors de sa dernière adresse à la Nation, 1euh avril 2022. A l’expiration de ce délai, on pourra le juger sur pièces. Le deuxième axe prioritaire sur lequel le président du Faso est attendu, est celui de la lutte contre la corruption. A ce propos, il a repris à son compte, l’engagement de son prédécesseur Kaboré, à mener l’opéra « mains propres ». Des actions sont du reste, en cours. Il s’agit notamment des audits lancés récemment dans les services de l’Administration publique et dont on n’attend que les résultats.

Le pouvoir de Damiba gagnerait à redoubler d’effort et à aller vite

Parallèlement, a été réactivée la mesure relative au délit d’apparence et pour laquelle des personnes sans scrupules pourraient avoir à rendre des comptes. Pour autant que toutes ces actions soient bien encadrées, elles pourraient contribuer à apporter une plus-value au gouvernement et à redresser la barre des pratiques malsaines dans notre pays. Quant à la troisième priorité du président Damiba, relative à la dépolitisation de l’Administration publique, on peut se demander si ce noble objectif n’est pas en train d’être dévoyé, pour faire plutôt place à la militarisation de l’Administration. Silence, Damiba place ses frères d’armes ou amis, est-on tenté de dire ! Oui, dans l’absolu, ce n’est pas une mauvaise chose de choisir ses hommes de confiance dont la loyauté ne souffrirait d’aucun doute, pour se donner les moyens de parvenir aux objectifs que l’on s’est assignés, le risque, cependant, dans une telle manœuvre, est de donner l’impression aux Burkinabè, qu’on veut juste placer des copains à qui on aurait donné, à leur tour, l’opportunité de se « sucrer » sur le dos de la République . En tout cas, il est difficile de faire croire aux Burkinabè que la place des militaires qu’on vient de nommer à certains niveaux de responsabilités, est dans les bureaux feutrés de la haute administration publique plutôt que sur le front. Cela dit, on peut féliciter les nouvelles autorités d’avoir entrepris des visites inopinées dans l’Administration publique pour en décélérer les fonctionnaires fictifs et absentéistes qui gangrènent nos services publics. Il faut maintenir le cap. La bonne marche de la Nation ne se résumant pas uniquement aux trois actions prioritaires du président Damiba, on peut se permettre de jeter un regard sur l’animation de la vie politique au Burkina, depuis que le jeune soldat a pris les rênes du pouvoir. Certes, le MPSR s’est revêtu de la légalité en rétablissant la Constitution. Certes, les animateurs de la vie politique n’ont pas vu, jusque-la, leur intégrité physique menacée. Certes, ils sont libres de leurs mouvements à l’exception de sorties hors du territoire national. Certes, ils n’ont pas subi une chasse aux sorcières. Mais sur le plan du respect des libertés, on peut trouver à redire quand on sait que les partis politiques sont pratiquement réduits au silence pour, officiellement, ne pas gêner l’action des nouveaux tenants du pouvoir. Mais on peut s’interroger sur les locataires et les aboutissants de cette mise à l’écart. Le nouveau pouvoir est-il en train de préparer ses nouveaux acteurs politiques à sa succession au terme de la transition ? Et quid des organisations de la société civile proches du pouvoir en place, qui se verraient bien s’engager en politique et jouer des rôles politiques majeurs à l’issue de la transition ? Tout en se concentrant sur ses priorités, les chefs de l’Etat ne doivent pas perdre de vue les soucis essentiels des Burkinabè : la vie chère. Car, jusque-là, aucune mesure d’envergure n’a été prise pour améliorer le quotidien des Burkinabè. En lieu et place, sur une entreprise une action récente que d’aucuns ont jugé superfétatoire, et à la confine, populiste, en l’occurrence l’opération de salubrité publique, « mana mana ». En quoi cette opération paraît-elle plus urgente que la mise en place du Conseil d’orientation et de suivi, qui se fait toujours attendre comme Godot ? Au total, le pouvoir de Damiba gagnerait à redoubler d’effort et à aller vita dans la mesure où les défis restent entêtés, 100 jours après le renversement du président Kaboré. Il y a tout intérêt d’autant que notre pays est toujours dans le collimateur de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et au ban de bon nombre de ses partenaires techniques et financiers dont beaucoup ont coupé le robinet à la suite du coup d’Etat. Des partenaires qui n’apprécieront sans doute pas qu’en matière de liberté de presse, le Burkina a perdu 4 points dans le rapport sur la liberté de la presse en 2021. Certes, ce n’est pas le fait du pouvoir actuel. Mais il doit se faire un point d’honneur à faire en sorte que le Burkina recouvre la place très honorable qui était la sienne lors du classement précédent.

Cheick Beldh’or SIGUE

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