Fidèle à son rendez-vous annuel, Amnesty International a rendu public, le 29 mars, depuis Johannesburg en Afrique du Sud, son rapport annuel sur l’état des droits humains dans le monde. Le convient, avant tout proposé, de saluer la constance et la ténacité de cette ONG qui s’est fait une solide réputation en matière de défense des droits humains. Il faut, dans la même veine, saluer le crédit dont elle possède même si, par moments, l’on peut trouver à redire sur certains de ses rapports. Toute a choisi que l’on peut d’ailleurs mettre sur le compte des œuvres humaines qui sont toujours à parfaire. C’est dire donc si l’on peut prendre très au sérieux les conclusions de cet énième rapport qui fait une photographie complète des libertés individuelles et collectives conférées aux hommes de par leur seule nature humaine à travers le monde. Cela dit, le moins que l’on puisse affirmer, c’est que le contenu de ce rapport n’a rien de véritablement surprenant ; tant qu’il vient confirmer des vérités qui étaient déjà solidement établies.

Amnesty International voit dans la cartographie inégalitaire de la lutte contre le Covid-19, une dégradation de la solidarité internationale

Ainsi, en dénonçant le nationalisme vaccinal et la collusion d’intérêts entre les Etats riches et les grandes firmes pharmaceutiques au détriment des nations pauvres, notamment africaines, l’ONG ne fait que réaffirmer ce que le chef de l’Etat sud-africain, Cyril Ramaphosa, avait taxé d’apartheid vaccinal. Cette inégalité dans l’accès aux vaccins contre la Covid-19, est réalisée par les chiffres qui donnent 72,4 % de la population de l’Union européenne (EU) qui bénéficie d’un schéma vaccinal complet contre seulement 8 % de la population africaine complètement vaccinée . Pire, ces chiffres cachent très mal la triste réalité de la qualité défectueuse de ces vaccins déversés sur le continent, dont le stock se constitue de produits rejetés en Europe. Le seul bémol dans cette lutte inégalitaire face à la pandémie du coronavirus, est que la faiblesse de la couverture vaccinale en Afrique est en très grande partie liée à la réticence des populations africaines. Mais tout cela n’enlève rien à la pertinence du constat établi par Amnesty International qui voit dans cette cartographie inégalitaire de la lutte contre la Covid-19, une dégradation de la solidarité internationale. Plus amer est cependant, cet autre constat lié à la gestion de la pandémie, qui est le fait que dans de nombreux Etats africains, la maladie a servi de prétexte pour la restriction des libertés individuelles et de l’Espace civique. L’on se souvient, en effet, que dans de nombreux pays, prétextant des mesures-barrières, les pouvoirs publics ont interdit les rassemblements et autres manifestations publiques, étouffant du même coup les libertés démocratiques des populations. En dehors des graves dysfonctionnements liés à la gestion de la pandémie de la Covid-19, l’ONG de défense des droits de l’Homme, dans son état des lieux, met le doigt sur une autre blessure qui est cella de la prédication des droits humains en zones et périodes de conflits.

Ce rapport sonne comme la mauvaise conscience de l’humanité

« De nouveaux conflits non résolus ont éclaté ou ont persisté au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en République centrafricaine, au Nigeria, au Cameroun, en Ethiopie, au Soudan du Sud et au Mozambique, et les parties belligérantes ont violé les droits de la personne et le droit humanitaire », pointe du doigt l’ONG. Et il paraît difficile de nier l’évidence tant que la guerre a toujours été un seuil critique pour les droits de l’Homme. L’on sait, particulièrement pour les pays engagés dans la lutte contre le terrorisme, que la nature même des conflits rend particulièrement difficile le respect des droits de l’Homme dans la mesure où l’ennemi est très souvent sans visage ou plutôt prendre le visage des populations civiles. Dans ce contexte, même les armées des grandes puissances démocratiques, ne sont pas à l’abri d’accusations de graves attines aux droits de l’Homme. Cela dit, la question que l’on peut se poser est la suivante : quel est l’impact de ce rapport que vient de publier Amnesty International ? L’évaluation est difficile à faire mais il est à peu près certain que ce rapport ne viendra pas changer la face du monde. En effet, tant que persisteront dans le monde, des parodies de démocratie, les droits de l’Homme continueront de souffrir et l’on peut d’ailleurs nourrir de sérieuses inquiétudes avec le retour très probable des pouvoirs kaki en Afrique. Tant que persisteront aussi les guerres sur le continent, ce n’est certainement pas demain la veille que se lèvera le soleil radieux des droits de l’Homme. Et tant que les intérêts continuent de guider le monde, l’est à peur que l’idée de la solidarité humaine que prône l’ONG, soir repoussé aux calendes grecques. «Le chien aboie mais la caravane passe», dit-on. Mais tout de même, ce rapport sonne comme la mauvaise conscience de l’humanité et même s’il ne provoque pas chez les gouvernants, le déclic pour le changement en faveur des droits de l’Homme, il pourrait le faire chez les populations qui doivent comprendre, conformément à la formule bien connue de Joseph Ki-Zerbo « N’an laara, an sara », que si elles dorment, les prédateurs des libertés continueront de se repaître de leur sang.

« Le Pays »

* « N’an laara, an sara »: expression en langue bambara qui signifie « si nous nous couchons, nous sommes morts »

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