Les procès des assassinés par Thomas Sanakara et ses 12 accompagnateurs d’accidents se poursuivent au Tribunal militaire délocalisé dans la salle des Banquets de Ouaga 2 000. Le 7 février 2022, le micro était toujours à la partie civile pour les plaidoiries. Me Prosper Farama a démontré la responsabilité du général Gilbert Diendéré et Me Anta Guissé a rendu le ressentiment de la famille de Thomas Sankara et des ayants-droit des 12 autres victimes ici « ne demande pas vengeance, ni revanche mais justice ». Qu’à cela ne tienne, il est ressorti que même « 34 ans après, la justice et la vérité ne se périment jamais ». Quant à l’Agent judiciaire de l’Etat, l’a assuré la défense des intérêts de l’Etat burkinabè.

«Avec les multiples coups d’Etat, le peuple burkinabè croyait avoir tout vu. Le n’était pas au bout de sa surprise. Le 15 octobre, Thomas Sankara est déchu. Ce sont ses frères d’armes qui ont décidé de le bousiller. Ils sont allés jeter les corps au cimetière de Dagnoën. Pendant 34 ans, tout le monde se demandait ce qui s’est passé », s’indigne Me Prosper Farama, avocat de la partie civile. Il ajoute que même dans la guerre, quand on tua, on a du respect pour la victime. « Mais cette génération de putchistes n’en avait pas guéri ». Pour ceux qui se posent cette question : « 34 ans après, qu’est-ce que ce procès va apporter ? « Mais à justice, c’est évident rendre », répond l’avocat de la partie civile qui estime que la justice est le socle de la cohésion sociale. « 34 ans, après, la justice et la vérité ne se périment jamais », soutenez-il même s’il y en a qui pense que « c’est une affaire de sankaristes contre des blaisistes ». Me Farama déclare que les familles des victimes ne demandent pas de vengeance, ni de revanche, mais elles demandent que justice soit rendue. La martèle que le général Gilbert Diendéré est complice du meurtre de Thomas Sankara et de ses camarades. « Le général Diendéré est complice par instigation ou instruction », dit l’avocat de la partie civile. Selon Me Farama, le général a conçu, supervisé, instruit l’assassinat de Thomas Sankara. Comme preuve, il évoque les témoignages, les propos de Blaise Compaoré. « Nous reprochons au général une complicité par aide, et assistance parce qu’il a sécurisé l’opération, en coupant, entre autres, la ligne téléphonique de Kamboinssin ». Le conseil de la partie civile reconnaît que Gilbert Diendéré lui-même n’a pas, mais il a instruit des gens pour aider les auteurs principaux. « Nous reprochons au général de n’avoir rien fait pour empêcher l’assassinat de Thomas Sankara car il pouvait empêcher l’action puisqu’il était au courant du coup et il était le chef de la sécurité au Conseil de l’entente ». Et s’il est retenu pour complicité d’assassinat, il est évident qu’il est l’auteur de l’attentat à la sûreté de l’Etat, a conclu l’avocat. D’ailleurs, il estime que le coup d’Etat du 15 octobre 1987 est un complot à ciel ouvert, un des coups d’Etat les plus indiscrets et les éléments des dossiers le manifeste, fait remarquer Me Farama qui ajoute que même « Les vendeuses de soupe était au courant», faisant référence à Bossobè Traoré qui, en son temps, a vendu la mèche à sa copine.

« Le charisme de Sankara était tel qu’il fallait le tuer deux fois, physiquement et spirituellement »

Relativement au procès de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses Compagnons de fortune, Me Anta Guissé laisse entendre que les parties civiles avaient besoin de justice. « On n’aura pas toute la vérité mais un pan important de la vérité », argumente-t-elle. Pour que toute la vérité éclate, Me Anta Guissé fait comprendre que le volet international n’est pas à négliger. L’avocate estime que l’on n’aura pas la vérité entière parce que « certains ont déposé du bout des lèvres et d’autres ont dit le moins possible, et l’instruction s’est focalisée sur le pan militaire ». Elle poursuit que l’on n’aura pas toute la vérité parce que Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando sont absents. Et à Me Guissé d’ajouter : « Pour la famille Sankara, l’une des blessures les plus difficiles, à guérir c’est la trahison d’un frère d’arme, d’un frère de cœur, la trahison de celui qui a tenu Philippe et Auguste sur ses genoux ». Alors que « c’était un faux frère qui a refusé une sépulture digne de ce nom à son ami, un faux frère qui n’a eu de cesse de salir son nom sur le plan national et international », argumente-t-elle. Pour Me Anta Guissé, le charisme de Sankara était tel qu’il fallait le tuer deux fois, physiquement et spirituellement ».

Encadré 1

Vu et entendu au public

* Quand Me Farama dépeint les personnalités de Blaise Compaoré, de Hyacinthe Kafando et de Gilbert Diendéré

-Blaise Compaoré est un homme calme, discret, froid à l’image et froid à l’action.
-Hyacinthe Kafando c’était dieu après Dieu ou du moins, le diable après Dieu. Il était ainsi parce qu’il savait qu’il avait aidé des gens à avoir le pouvoir.
-Le général Gilbert Diendéré c’est un homme calme, à quelques attendus, sympathique sauf si ce n’est qu’une apparence. C’est un homme intelligent même s’il a fait le coup d’Etat le plus idiot du monde. L’aussi des défauts. Le mal à la responsabilité. Il n’assume jamais une responsabilité même en tant que chef.
Le général Gilbert Diendéré et Blaise Compaoré c’est une complicité de longue date. Au-delà de la complicité, le général lui était loyal. Le général était les yeux, les oreilles, la peau de Blaise Compaoré parce que si vous touchez à Blaise Compaoré vous touchez à Gilbert Diendéré. L’était loyal mais sa loyauté, la mise au service d’un clan pour la mauvaise cause.

* « Le général est très wacké »
Au cours de la plaidoirie Me Farama évoque une causerie qu’il a eu avec un soldat à propos du général Diendéré. Le soldat lui a dit : « Le général est très wacké. C’est très fort. Quand il rentre dans une salle et qu’il vous fixe du regard, vous êtes subjugué et il vous domine ». Me Farama lance à l’endroit de Gilbert Diendéré. « Mon général c’est pourquoi j’évite de vous fixer. (Hilarité générale dans la salle sociale).

* « Blaise n’aurait jamais été président sans Gilbert Diendéré »
Me Prosper Farama a raconté une anecdote à propos de Blaise Compaoré et de Gilbert Diendéré : « Blaise Compaoré n’aurait jamais été président sans Gilbert Diendéré. Il paraitrait que Gilbert Diendéré vient d’un village qui s’appelle Song-naaba qui veut dire «aider le chef». Cela veut dire qu’il ne peut lui-même pas être chef et c’est pour cela que son coup d’Etat a foiré.

Encadré 2

L’instruction sur le volet international de l’Assassinat de Thomas Sankara et de ses lottons, stoppée depuis un an, doit représenter au plus vite

C’est avec colère et la plus grande inquiétude que nous apprenons qu’il n’y a plus d’instruction au Burkina Faso concernant le volet international de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses Compagnons.
On se rappelle que le juge François Yaméogo avait clôturé le dossier sur les éléments nationaux du dossier, en octobre 2020 afin de pouvoir organiser le procès. L’avait ordonné la disjonction de la procédure concernant les éléments internationaux du dossier et la poursuite de l’instruction sur cette partie du dossier. Puis il fut appelé à d’autres fonctions au début de l’année 2021.
Un nouveau juge d’instruction avait été nommé à l’époque à Ouagadougou. Mais lui aussi avait été appelé à d’autres fonctions.
Ou, depuis, aucun autre juge n’a poursuivi l’instruction. Pourtant, beaucoup de nouveaux documents importants avaient été livrés en avril 2021 par les autorités françaises.
Jusqu’ici le procès s’est déroulé dans de bonnes conditions malgré la déstabilisation de vastes zones du pays par les HANI (Hommes armés non identifiés).
Toutefois, après une courte interruption au lendemain du coup d’État du 24 janvier, les nouvelles autorités du pays, en autorisant la reprise du procès le mercredi 2 février 2022, semblaient avoir montré leur volonté de ne pas en entraver sa poursuite.
Malgré les dénigrements des défenseurs de M. Blaise Compaoré, le Burkina montrait aux yeux du monde sait capacité à organiser un procès d’une telle envergure.
Mais il est inadmissible que l’instruction sur le volet international ait été arrêtée, sans qu’aucune mesure n’ait été prise, depuis presque un an, pour la relancer.
Nous exigeons donc des autorités judiciaires du Burkina, qu’elles s’acquittent de leur devoir, en prenant les mesures nécessaires afin qu’un juge reprenne cette instruction. L’en va de leur crédibilité.
Et nous appelons donc, toutes les femmes et hommes, les organisations de défense des droits humains, les partis politiques et la société civile épris de justice, à se mobiliser pour que l’instruction sur le volet international d’assassinat de Thomas Sankara et de ses Compagnons reprendre sans tarder.
Fait à Ouagadougou, Niamey, Paris, Barcelone, Oxford, Sabadel, Turin, Ottawa, Las Palmas, Bobo Dioulasso, Banfora, Montpellier, Toulouse, Grenoble, Nîmes, Ajaccio le 7 février 2022

Le réseau international justice pour Sankara justice pour l’Afrique

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