L’Afrique de l’Ouest ravive ses vieux démons. C’est le moins que l’on puisse dire. Après les coups d’Etat au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, c’est au tour de la Guinée-Bissau de faire parler d’elle haut et fort. Assimi Goïta fait définitivement des émules ! Et à ce rythme, on se demande où va le continent. En effet, de fortes explosions ont été entendues hier, 1est Février 2022, dans le centre-ville du pays, provoquant une psychose généralisée. Certes, au moment d’écrire ces lignes, il était difficile de connaître les véritables intentions des assaillants qui avaient encerclé le palais présidentiel lourdement armé. Mais selon un communiqué de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), c’est justement une tentative de coup d’État qui intervient, faut-il le rappeler, au lendemain d’un remaniement ministériel contesté par le parti du Premier ministre Nuno Gomes. Nabiam qui a vu plusieurs de ses cadres exclus. Et ce n’est pas tout. Car les relations entre le président de la République, Umaru Sissoco Embalo et l’exécutif, n’étaient plus au beau fixe après l’affaire de l’Airbus A340 en provenance de Gambie, qui a atterri en octobre dernier avec l’autorisation de la présidence dans des conditions encore très floues . Le chef du gouvernement, très recomposé, avait d’abord déclaré que l’avion avait à son bord une charge suspecte, puis s’est ravisé plus tard devant les parlementaires qu’il a tenté en vain de rassurer. Si au Mali comme au Burkina Faso les militaires ont utilisé le prétexte de la crise sécuritaire pour justifier leur coup d’état, il en va différemment pour la Guinée Conakry et la Guinée-Bissau.

On se demande si au train où vont les choses, la CEDEAO ne finira pas par mourir d’une belle mort

En Guinée Conakry, il y a eu un problème de gouvernance causé par la volonté d’un individu de conserver le pouvoir malgré les dispositions constitutionnelles, entraînant la mort d’hommes. En Guinée-Bissau, tout porte à croire qu’il y a une crise de confiance des acteurs politiques, y compris au pouvoir. La crise est si profonde qu’elle ne cesse de provoquer des troubles socio-politiques, aiguisant ainsi les appétits « fournisseurs » des criminels qui n’en demandaient pas plus. Cela dit, on se demande si au rythme où vont les choses, la CEDEAO ne finira pas par mourir d’une belle mort. Car, s’il a estimé que les lourdes sanctions imposées au Mali suffisaient à dissuader d’éventuels putschistes dans la sous-région, eh bien, il a encore des yeux pour pleurer. Car, si ces sanctions avaient été dissuasives, il n’y aurait pas eu de putsch au Burkina Faso, encore moins de tentative de putsch en Guinée-Bissau. Dès lors, si elle veut exister, la CEDEAO doit cesser de se comporter en union de chefs d’Etat pour se placer comme un instrument communautaire au service des peuples, sachant toujours anticiper. C’est à ce prix qu’elle gagnera en maturité et en crédibilité dans ce monde devenu un village planétaire où les populations, aujourd’hui plus que jamais, ont les yeux grands ouverts. Même s’il faut reconnaître que la Guinée-Bissau est une habituée du fait, inscrite qu’elle est dans l’instabilité socio-politique chronique et les coups d’état qui ont toujours retardé sa marche vers le progrès et le développement.

BO

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