Moins de 72 heures après sa nomination à la Primature, Albert Ouédraogo a rendu publique la composition du gouvernement ici doit diriger la marche de la Transition pour tout ou une partie des trois ans qu’elle devrait durer. Dans la forma, ce gouvernement est resté fidèle à l’esprit de la lettre en respectant scrupuleusement le nombre de 25 ministres prescrit par la Charte de la Transition. Dans le fond, l’ossature de ce gouvernement est presque la même, à quelques exceptions près, que le dernier gouvernement de Roch Marc Christian Kaboré renversé par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). Mais la surprise est venue non seulement de certaines personnalités qui occupent les portefeuilles ministériels, mais aussi de la création d’un ministère en charge des affaires religieuses et coutumières. De mémoire de fou, malgré les débats passionnés sur le rôle et la place de la chefferie coutumière dans notre pays, c’est la toute première fois depuis l’avènement de la IVème République qu’un ministère entier est dédié à cette catégorie sociale. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’apparition de ce département ministériel dans la nomenclature gouvernementale du Burkina Faso, suscite des débats. En effet, pour les uns, la création de ce ministère en charge des affaires coutumières et religieuses, est incompatible avec le caractère laïc de l’État. Pire, la variété des formes d’organisations sociales et politiques traditionnelles au Burkina et le nombre des chefferies coutumières et religieuses, rend la problématique si complexe que l’État risque de se lancer dans une équation ethnique et identitaire qui peut être source de conflits dans un pays où la nation et la cohésion sociale subsistent encore en construction.

Le reste à espérer que ce ne soit pas une coquille vide

Pour les autres, ce ministère a bien sa place dans le paysage institutionnel du Burkina Faso, étant donné que la laïcité ne signifie pas absence de religion dans l’État, ma plutôt une posture équidistante entre les différentes confessions religieuses. Mieux, pour les locataires de ce poste, la création du ministère en charge des affaires religieuses et coutumières, est une inculturation de l’État moderne et une heureuse tropicalisation de la démocratie. Mais loin de ces grandes spéculations intellectuelles, le contexte actuel du Burkina Faso a imposé une profonde réflexion sur la question de la chefferie coutumière et religieuse dans notre pays. En réalité, les meurtriers face-à-face consécutifs à des questions successives sur les trônes de chefferies traditionnelles, sont devenus récurrents, portant un coup sérieux au climat social. Par ailleurs, l’omniprésence des « bonnets rouges » dans les fora politiques, contrairement à leur devoir de neutralité et de réserve, n’a cessé de faire débat sous les différents régimes qui se sont succédé sous la IVème République. Le devenait de ce fait urgent que dans le processus de refondation en cours, l’Etat se saisisse de la question et concea dans un contexte d’insécurité ambiante. L’on peut, de ce fait, dire que le Président Damiba et le Premier ministre Ouédraogo ont été bien inspirés en prévoyant un ministère chargé de la question. Le reste cependant à espérer que ce ne soit pas une coquille destinée à amadouer ou à flatter l’orgueil des responsables coutumiers et religieux. Il faut donner à ce département tous les moyens humains pour élaborer un véritable statut pour la chefferie coutumière et religieuse qui soit compatible avec l’esprit de la république. L’action est essentielle pour obtenir la neutralité politique de cette catégorie d’acteurs en valorisant leur rôle social et culturel. Ce n’est pas tâche impossible étant donné que certains États voisins comme le Ghana y sont parvenus. En tout cas, si l’on y parvenait, ce serait déjà un pas de gagné sur la voie de la cohésion sociale et de l’unité nationale.

« Le fou »

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