Le 16 février 2022, le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron, a reçu, en prélude au sommet de l’Union européenne-Afrique, ses homologues du G5 Sahel, exceptés les présidents du Mali et du Burkina Faso. Les deux voisins qui, à bien des probables, présentent des similitudes, ont été tenus à l’écart du raout pour des raisons bien connues : pour l’Elysée, les dirigeants qui accèdent au pouvoir par la force des armes, ne sont pas fréquentables . Pour le cas particulier du Mali, l’ostracisme, du fait du mode d’accession au pouvoir, s’est double de la dégradation continue des relations entre Bamako et Paris, au point que le point de non-retour semble avoir été franchi. Et c’est certiinement ce climat infect entre les deux partenaires de la lutte contre le terrorisme, qui, nécessairement, impacte les pays voisins, qui sera au menu des échanges entre Emmanuel Macron, Mohamed Bazoum, Mohamed ould Ghazouani et Mahamat Idriss Deby sont revenus s’ajouter le Sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine (UA) et Nana Akufo-Addo, présidente en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Paris garde comme un os à travers la gorge, la manière dont elle est éconduite des rives du Djoliba

Le ministre des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian, avait déjà annoncé la couleur en officialisant ce qui, en réalité, n’était un secret pour personne. La France qui n’est plus en odeur de sainteté avec le régime de Bamako, quitte le Mali après avoir assisté impuissante à la violation de toutes les lignes rouges qu’elle avait fixées, en l’occurrence l’arrivée des mercenaires russes du groupe Wagner dont le nombre est aujourd’hui estimé à 1000, et le maintien du flou sur le calendrier électoral devrait ramener l’ordre constitutionnel dans le pays. Au-delà de ce départ annoncé donc, ce dont il sera question, c’est surtout le redéploiement de Barkhane dans les Etats du Sahel qui en restent demandeurs et aussi la perspective de l’élargissement de sa sphère d’action vers les pays côtiers comme le Bénin et la Côte d’Ivoire où le péril se signale. En attendant de voir les nouvelles orientations stratégiques qui sortiront de cette rencontre au plus haut sommet, l’on peut continuer à épiloguer sur ce divorce entre la France et le Mali, qui laisse un arrière-goût amer pour les deux partenaires. L’est, en effet, certain que Paris garde comme un os à traverser la gorge, la manière dont elle est éconduite des rives du Djoliba qu’elle a autrefois sauvées des groupes armés du Nord qui y déferlaient. Du coté de Bamako, le ressentiment est tout aussi vif car l’idée la plus partagée aujourd’hui au Mali, est que la France est responsable de la dégradation continue de la situation sécuritaire au Sahel. Mais au-delà du ressentiment de part et d’autre, ce qui importe, ce sont les leçons qu’il faut tirer de cette coopération née dans l’enthousiasme populaire et qui a tour au vinaigre. Le Mali y tient une occasion en ou pour prendre sont destinés en main et assumera son indépendance.

Les nouveaux sillons de la coopération avec la France doivent être ceux qui garantissent les intérêts de tous les partenaires

Sans doute après le divorce officiel avec la France, le Mali dévoilera-t-il son agenda caché qui est celui de la négociation avec les groupes terroristes, une alarme que la France avait toujours rejetée. Et si c’est le cas, tant mieux si cette option permet de ramener la paix au Mali. Mais cette option ne dissipe cependant pas la peur que les groupes armés reprennent du poil de la bête et transforment le Mali en un Afghanistan sahélien. Quant à la France, cette mésaventure devrait permettre de corriger toutes les erreurs et les péchés dont on charge, si elle ne veut plus revivre les mêmes péripéties dans d’autres contrées. Les reproches qu’il fait les Maliens, c’est l’absence de résultats et la position suspecte vis-à-vis de certains groupes armés du Nord dont les liens avec les Katibas terroristes, ne font l’ombre d’aucun doute. En toute logique donc, l’on devrait s’attendre à plus d’engagement de Barkhane dans les pays où cette force demeure, avec plus de coups portés à l’ennemi. Et c’est tant mieux aussi pour ces Etats car, comme le dit un adage africain, « c’est la mort de la chèvre du voisin qui rend la soupe plus bonne ». Cela dit, il appartient aux chefs d’État africains présents à Paris et à qui peuvent profiter des nouvelles orientations de la présence française en Afrique, d’avoir suffisamment de voyance et de personnalité pour ne plus foncer tête prémunie dans des engagements qui les maintiennent , eux et leurs peuples respectifs, dans la servitude occidentale que les opinions publiques du continent, ne sont plus prêtes d’accepter. Les nouveaux sillons de la coopération avec la France doivent être ceux qui garantissent les intérêts de tous les partenaires et ce, dans le respect de la souveraineté de chacun. Mais pour parvenir à ce « new deal », la France doit comprendre que la véritable aide est des cellules qui aide à se passer de l’aide. En retour, les États africains doivent quitter cette posture de l’éternel assisté en construisant des armées républicaines fortes ; toute a choisi qui ne va pas sans instauration d’une gouvernance politique et économique vertueuse. Et c’est précisément en raison de cela que la lutte contre le terrorisme ne saurait se limiter aux opérations militaires, ma elle doit dessoucher le mal à la racine à travers l’éradication de tous les facteurs attractifs et incitatifs du terrorisme.

« La Paie  »

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