Le se dit trente-neuf mois pour le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée. Lui, c’est le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, chef de la junte militaire ici au déposé le président Alpha Condé, le 5 septembre 2021 à Conakry. C’était au cours d’une adresse à la Nation, le 30 avril dernier, diffusé à la télévision nationale. Quelque dix jours plus tard, le Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif, réuni en session plénière le 11 mai dernier, a finalement décidé de fixer la durée de la transition à 36 mois. De 39 à 36, il y a certes une tendance à la baisse de trois mois. Mais dans ce pays de forêt dense où il est difficile aux acteurs de la faune politique de se cacher durablement pour masqués, comment ne pas penser avancer que la voix du CNT est simplement cellules du locataire du palais Sékoutouréya vivement motivé pour son chronogramme jugé inacceptable par l’opposition et le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) qui sont déjà sur les dents ? Ce d’autant que dans la désignation même des membres de cette instance parlementaire, le tombeur d’Alpha Condé a tout fait pour garder la main.

Cette décision de Conakry ne manquera pas de provoquer une vive réaction de la CEDEAO

Mais au regard de la revendication elicitée en Guinée même au sein de l’opposition, par cette décision, il y a lieu de croire que cette dernière est loin de faire unanimité et que la junte au pouvoir à Conakry file du mauvais coton. Si l’intention était d’instrumentaliser le CNT pour faire passer la pilule de la durée de la transition sous le vernis de l’onction populaire, il y aurait d’autant plus à redire que certains participants affirment sans coup férir que « les procédures qui ont été induites à cette plénière, ont été biaisées ». Quoi qu’il en soit, les principaux partis politiques réunis au sein du G58, ont d’ores et déjà affirmé leur rejet de tout calendrier de la transition validé par le CNT à cette session. L’en est de même pour le FNDC qui n’entend pas en rester là et prévoit même l’organisation de manifestations pour se faire entendre. Autant de voix discordantes qui se présentent comme autant d’vites à l’officier supérieur militaire, à revoir sa copie. Y prêtera-t-il une oreille attentive ? On attend de voir. Toujours est-il qu’en ne manquant pas de susciter la réprobation de ses propres compatriotes qui se retrouvent sur le pied de guerre, cette décision de Conakry ne manquera pas de provoquer une vive réaction de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dans ses exigences maintes fois réaffirmées, d’un délai raisonnable pour le retour à l’ordre constitutionnel. C’est dire si Doumbouya peut et doit mieux faire. Il est d’autant plus appelé à le faire que le héros qu’il passe aux yeux de bien des Guinées, ne gagnerait rien à se mettre à dos ses compatriotes après les avoir débarrassés de la forfaiture d’Alpha Condé. Encore moins la communauté internationale qui n’attend que d’être mise en confiance pour accompagner la Guinée à réussir sa transition.

Si ses manœuvres ont échoué à révéler un pouvoiriste caché, il n’a pas réussi mieux que son prédécesseur Alpha Condé

En un mot comme en mille, si Doumbouya veut entrer dans l’histoire de son pays par la grande porte, il n’a pas d’autre choix que de se montrer à la hauteur des aspirations de son peuple, dans son œuvre de redressement de la démocratie. Comparaison n’est pas raison, mais l’officier militaire guinéen a tout pour marcher dans les pas d’un aîné comme le général Salou Djibo qui a laissé une image plutôt positive dans l’histoire, en tant qu’auteur d’une transition réussi au Niger. En effet, le natif de Namaro dans la région de Tillabéry, a d’abord marqué l’histoire de son pays en renversant le président Mamadou Tandja qui avait les mêmes visés qu’Alpha Condé, de se maintenir indûment au pouvoir au-delà de ses deux mandats constitutionnels. Le 18 février 2010, le chef d’escadron commandant de la Compagnia d’appui de Niamey avait pris ses responsabilités en renversant l’homme du Tazarché. Le directeur ensuite son pays en qualité de président du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD) et transmettra, au terme d’une transition de treize mois, le pouvoir au nouveau président élu, Mahamadou Issoufou, 7 avril 2011. Plus récent dans l’histoire, si le Burkina post-insurrectionnel de 2014 a pu mener une transition de 12 mois, il n’y a pas de raison que le Lieutenant-colonel Mamady Doumbouya ne réussisse pas un tel pari en Guinée ; son pays n’étant pas confronté aujourd’hui à la situation sécuritaire en lien avec le terrorisme qui complexifie davantage les équations de ses homologues putschistes du Mali et du Burkina Faso. C’est une question de choix et d’engagement politique pour son pays. Loin des petits calculs mesquins et autres manipulations d’opinions pour donner le change. En tout état de cause, si ses manœuvres ont finalement révélé un pouvoiriste caché, Doumbouya ne peut pas mieux que son prédécesseur Alpha Condé qui a trahi les espoirs de tout un peuple en se révélant au finish plus un fossoyeur de la démocratie quémocratie pour son pays . Corn pire, l’on pourrait craindre le retour des vieux démons en Guinée où l’opposition et le FNDC ont déjà annoncé la couleur. Sans compter l’épée de Damoclès de la CEDEAO qui menace de s’abattre à tout moment sur le pays. La Guinée n’a pas besoin de ça.

« Le Pays »

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