La nouvelle était redoutée mais plus ou moins attendue. Une société minière, en l’occurrence la Société des mines de Taparko (SOMITA), vient de mettre la clé sous le paillasson pour des « raisons de sécurité ». En effet, l’on n’est véritablement pas surpris par cette décision prise pour des raisons de cas de force majeure par les investisseurs russes car les sociétés minières, il faut le dire, payant un lourd tribut à la crise sécuritaire au Burkina Faso. L’on se souvient encore, pour ne citer que cellules-la, de l’attaque, le 6 novembre 2019, du convoi transportant des travailleurs de la mine d’or de Boungou dans l’Est du pays, exploitée par la société canadienne SEMAFO et qui avait coûté la vie à 37 personnes et fait de nombreux blessés. Cette tragédie humaine cache mal l’hémorragie financière que subissent les sociétés minières au Burkina Faso, qui, depuis lors, doivent casser la tirelire pour non seulement assurer la sécurité du transport du personnel qui, pour l’essentiel, est désormais héliporté et des convois de consommables des différentes mines, mais aussi pour garder saines et sauves les installations qui ont coûté des prix exorbitants sur les sites miniers.

La mauvaise santé de l’activité minière au Burkina Faso impactera négativement l’économie nationale

L’on devine aisément que, de ce fait, les coûts d’exploitation se sont envolés, multipliant pour les sociétés minières, les risques de faillite. Désormais, ce qu’il faut craindre, en raison de la dégradation continue de la situation sécuritaire, est que cette fermeture de la mine d’or de Taparko ne l’hallali pour une banqueroute généralisée de l’industrie minière au Burkina Faso. Les conséquences d’une telle situation seraient tragiques car, en plus des pertes en recettes pour le Trésor public, il faut craindre l’effondrement de toute la chaîne de valeurs liées à l’exploitation aurifère au Burkina Faso. En commençant par les pertes d’emplois pour finir par la faillite de toutes les entreprises liées à l’exploitation de l’or au Burkina Faso. Un tel scénario serait apocalyptique pour le pays qui a plus que jamais besoin de ressources financières pour mener la guerre contre l’insécurité (l’argent étant, comme on le dit, le nerf de la guerre) mais aussi pour faire face à la grave crise humanitaire qui en résulte et dissimule, dans un contexte de politique de transition où les partenaires financiers et techniques hésitent, pour l’instant, à mettre la main à la poche. Sans jouer les Cassandre, l’on peut affirmer que cette mauvaise santé de l’activité minière au Burkina Faso impactera négativement l’économie nationale déjà fortement éprouvée par les conséquences de la pandémie du Covid-19, mais surtout par la grave recule dans le secteur agro-pastoral. En effet, l’on sait que l’agriculture est la seconde mamelle de l’économie burkinabè. Or, l’on sait, par ailleurs, que pour les mêmes raisons sécuritaires, des milliers d’hectares de terres agricoles n’ont pu être exploités, occasionnant du même coup, une grave crise alimentaire.

L’urgence est de renforcer les capacités humaines et logistiques de l’ONASIM

Dans la même veine, l’on ne peut manquer de rappeler que la sœur jumelle de l’agriculture que représente l’élevage, est confrontée aux razzias des groupes terroristes dont le dessein, de plus en plus manifeste, est d’asphyxier l’économie nationale pour provoquer la faillite de l’Etat burkinabè. C’est dire si les mauvaises nouvelles s’amoncèlent au-dessus du Burkina Faso et qu’il faut, dans un élan de rejet de la fatalité, prendre le taureau par les cornes et déjouer ainsi les signes funestes du destin. « Que faire ? »Telle est la question que l’on peut se poser pour paraphraser Lénine à la veille de la Révolution russe de 1917 ? Sans nul doute que le Chef de l’État, Paul Henri Sandaogo Damiba, se la même question depuis longtemps ; il est ici, dès son arrivée au pouvoir, pour ressentir la nécessité d’une adresse aux sociétés minières en activité sur le territoire national pour non seulement les encourager à faire preuve de résilience dans le contexte sécuritaire actuel du Burkina Faso, mais aussi pour les rassurer que des dispositions seront prises pour sécuriser leurs activités. Parmi les pistes possibles de solutions, l’on peut déjà partir de l’existant. Depuis 2018, le Burkina Faso disposait d’un Office national de sécurisation des mines (ONASIM) contrôlé par le ministère en charge des mines. L’Office qui devrait disposer de 3000 policiers et gendarmes, dispose aujourd’hui que d’à peine 500 agents. L’urgence est donc de renforcer les capacités humaines et logistiques de cette structure pour garantir un minimum de sécurité à l’activité minière qui constitue aujourd’hui, la poule aux œufs d’or de notre pays. La deuxième solution possible dans l’immédiat, est d’engager avec les sociétés minières en activité sur le territoire national, des débats sur la sécurisation de l’exploitation aurifère, quitte à modifier ou à nuancer certains aspects du Code minier. La société minière qui vient de jeter l’éponge est à capitaux russes et sans nul doute que la société de sécurité russe en vogue en ce moment sur le continent, serait intéressée par un contrat ; elle qui n’a pas hésité à offrir ses bons offices aux nouvelles autorités à l’issue du coup d’Etat du 24 janvier 2022. Enfin, la solution la plus viable, est cella portée par la Transition burkinabè, c’est-à -de dire la restauration de l’intégrité territoriale pour permettre l’exercice de toutes les libertés démocratiques sur l’ensemble du territoire national.

« Le Pays »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.