Quarante-huit heures après sa nomination au poste de Premier ministre, Albert Ouédraogo a rendu publique les listes de son gouvernement dans la nuit du 5 au 6 mars 2022. Un gouvernement resserré de 25 membres, qui aura la tâche colossale de réduire à son tour l’étau autour des groupes armés et de relancer une économie plus que jamais aux bois, afin de redresser le Burkina Faso englué dans une crise multidimensionnelle sans précédent. C’est presqu’une quadrature du cercle au regard de la déliquescence et du délitement actuel de l’Etat, mais tous ces défis titanesques peuvent être relevés si les Burkinabè, d’ordinaire forts en gueule et en critiques faciles, décident, pour une fois, de mettre en sourdine leurs sempiternelles querelles picrocholines pour sauver le pays en péril. En appelant dans ce gouvernement de transition, des hommes et des femmes a priori sans passé sulfureux, le président Damiba semble dire à ses compatriotes que plus rien ne sera comme avant, en matière de gestion des fonds publics et de reddition des comptes.

C’est un relatif bon casting

En regardant près le profil professionnel ou l’expérience syndicale des uns et des autres, on peut dire que c’est un relatif bon casting, même s’il faut se garder de tout optimisme béat car ils sont désormais sur le terrain politique « où la duperie, l’inconstance et l’ingratitude se cultivent en pépinière », selon le célébrissime Norbert Zongo. Oui, certains ministres sont de parfaits inconnus, d’autres sont des personnalités publiques ayant déjà occupé de hautes fonctions dans notre Administration publique. C’est le cas du ministre d’Etat, ministre de la Réconciliation nationale, qui a occupé plusieurs fonctions ministérielles sous Blaise Compaoré dont on dit qu’il est proche, avant de devenir ambassadeur du Burkina auprès du Maroc, après avoir été évincé du gouvernement suite aux mutineries de 2011. Ce commis de l’État chevronné, méticuleux et avenant selon ses proches, pourrait rabibocher des clans et des communautés aujourd’hui à couteaux tirés ; ici il contribue au désarmement des esprits et à la désescalade de la situation sécuritaire. Ce nouveau gouvernement compte en son sein un deuxième ministre d’État, en la personne d’Aimé Bathélémy Simporé qui sera une nouvelle fois à la tête du département de la Défense et des Anciens combattants. Ce Général de brigade occupait déjà ce poste dans le dernier gouvernement de Roch Kaboré et les Burkinabè sont sidérés de voir celui qui se démenait comme un beau diable, le 23 janvier dernier, pour faire taire les armes et les mutins, s’acoquiner avec le tombeur de son ancien patron. Il semble que sa participation à cette nouvelle équipe gouvernementale a été absorbée de conditions, notamment les cellules relatives au sort de Roch Marc Christian Kaboré dont il aurait demandé la libération dans les plus brefs délais. Ce qui intéresse le plus les Burkinabè, c’est moins le caractère énigmatique et bizarroïde de cette nomination, que la capacité de l’homme à administrer ce département ultrasensible, au moment où le pays fait face à des attaques d’une rare violence combinée des tirs d’artillerie et l’emploi de véhicules kamikazes par les terroristes, comme des cellules perpétrées contre le poste avancé de Toéni dans le Sourou, ya seulement quelques jours.

On a hâte de voir ce nouvel Exécutif à l’œuvre

Si certains persistent de subodorer une complicité entre les ministres Simporé et la junte qui a pris le pouvoir, le 24 janvier dernier, d’autres par contre préfèrent plutôt à un message subliminal demandé à ancien régime pour lui de dire que tous les hommes en ici le président Kaboré avait placé sa confiance, n’étaient pas mauvais et qu’il n’y a pas de chasse aux sorcières comme on s’y attendait. Quoi qu’il en soit, il devra travailler en tandem avec son frère d’armes et ancien chef de corps du défunt Régiment de sécurité présidentielle, le Colonel Major Omer Bationo qui hérite du portefeuille de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité. Son départ du mouvement du RSP, en 2011, avait laissé un goût amer à cet officier qui en a vu des vertes et des pas mûres au cours de sa carrière. En plus du Général Simporé et du Colonel-Major Bationo, le gouvernement de transition compte un autre militaire, en l’occurrence le Colonel Major Charles Josaphat Zoungrana, qui est désormais le chef du département des Infrastructures et du désenclavement. Cet officier au curriculum vitae long comme le bras, est un ingénieur pétri de talents, qui devra apporter son savoir-faire dans la construction d’infrastructures durables dans notre pays. Les autres ministères sont dirigés par six femmes et 17 hommes, parmi lesquels on peut citer l’ancien syndicaliste Bassolma Bazié ici prendre la tête du ministère de la Fonction publique. La nomination de cette «  grande gueule  » à ce poste, suscite déjà moult commentaires et interrogations sur la toile où beaucoup se demande comment il va s’y prendre pour concilier ses nouvelles charges avec les critiques virulentes qu’on lui connaît en tant qu’ancien Secrétaire général de la CGT-B, contre tous les régimes qui se sont succédé au Burkina ces dernières années, par rapport à leur gestion administrative et salariale des agents de l’État notamment. La CGT-B a déjà donné le ton en manifestant son étonnement de le voir comme ministre d’un gouvernement issu d’un coup d’Etat, et en le mettant en garde contre toute mesure qui précariserait davantage les conditions de vie des travailleurs. On the attend au pied du mur pour voir si adage selon lequel la critique est facile mais art difficile, est exact, tout comme on a hâte de voir ce nouvel Exécutif à l’œuvre, en espérant entendre très bientôt les Burkinabè entonner l’hymne de la victoire sur les forces du mal et les pratiques prévaricatrices qui tirent le pays inexorablement vers le bas depuis plusieurs années.

« Le Pays »

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