Ancien n°2 d’Orange Mali, Lamine Seydou Traor est à la tête du ministre stratégique des mines, de l’énergie et de l’eau. Il fait ici le bilan de la 9e édition des Journées minières et pétrolières (JMP) et du Forum de haut niveau sur la dégradation des fleuves du Mali due à la recherche d’or qui viennent d’avoir lieu à Bamako. Interview exclusive.

APP Vous venez d’organiser les IX° Journes Minires et Pétrolires (JMP) du Mali à Bamako, pouvez-vous résumer le poids économique des JMP ?

Lamine Seydou TRAOR Ces JMP, qui existent depuis 2005, sont devenus un événement biennal incontournable et un événement très important dans un pays qui est le troisième producteur d’or d’Afrique.

Ces JMP, que j’ai organisés pour la première fois au CICB au Centre International de Conférences de Bamako, ont tenu leurs promesses avec près de 2000 participants et une centaine de stands. C’est un événement professionnel où tous les acteurs du secteur minier et pétrolier se réunissent pour changer, partager des contacts et des expériences afin de créer une dynamique pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent dans ce secteur clé de nos économies.

Organisées grâce aux mécènes des grandes industries minières, ces Journées n’ont pas coûté cher à l’Etat du Mali ! C’est un exploit assez rare pour le souligner. Et pour la première fois nous avons eu la participation de trois ministres de la sous-région : Burkina Faso, Sénégal et Niger.

APP Ces journées nous permettent de mieux vendre la destination Mali, vous l’avez souligné dans votre discours de clôture. Attirer de nouveaux investisseurs dans ce secteur clé ?

Lamine Seydou TRAOR En effet, le secteur minier représente près de 10 % du PIB du pays, 70 % des recettes d’exportation et plus de 400 milliards de FCFA de contribution aux recettes de l’Etat : exactement 403 milliards en 2019 et 457 milliards en 2020. Pourquoi au Mali ils ont une production industrielle de 65 tonnes d’or par an.

Sans parler du quota d’extraction d’or qui, pour le moment, échappe encore aux statistiques nationales et représente, à mon avis, bien plus de 10 tonnes par an. A ce titre, une Feuille de route a été mise en place avec la Chambre des Mines du Mali afin de réorganiser ce secteur, pour deux bonnes raisons : que l’Etat puisse enfin disposer de statistiques de production fiables, sur lesquelles imposer ses impôts, mais aussi pour que les prospecteurs eux-mêmes peuvent abandonner progressivement le secteur informel vers le formel et ainsi profiter davantage de leur production, souvent revendue au marché noir mais pas au juste prix. En effet, nous devons être vigilants sur l’exploitation aurifère artisanale et traditionnelle, qui doit être clairement distinguée de l’exploitation aurifère illégale, voire du dragage.

APP Au Mali, ça pèse lourd ?

Lamine Seydou TRAOR Les JMP rassemblent tous les professionnels et s’accordent sur des solutions aux problèmes qui se posent dans le secteur minier ou pétrolier. Le thème choisi cette année était : Développement du contenu local, défis, perspectives et rôle de l’État.

Le développement de ce contenu local a été identifié comme un facteur essentiel pour que l’or brille davantage pour le Mali et le Mali, afin que les retombées de l’exploitation minière puissent être ressenties par les populations locales.

Possibilité d’origine APP ?

Lamine Seydou TRAOR Toutes les parties prenantes se sont engagées à mettre en œuvre une action tripartite visant à inverser complètement la tendance d’ici trois ans. En contrepartie des dépenses engagées par les sociétés minières pour la production de l’or, moins de 20% des bénéfices vont aux sociétés nationales et locales, ce qui est très peu. Notre objectif est d’augmenter ce taux au-delà de 50-60%.

Pour ce faire, une action tripartite est nécessaire.

1 Il nous faut des entreprises nationales sérieuses qui ne fraudent pas l’Etat, mais travaillent et paient des impôts, embauchent des Maliens et les paient convenablement, et aussi des entreprises qui sont prêtes à développer des synergies entre elles pour faire face au marché et à toute la manne financière qui en découle secteur. Ces entreprises nationales et locales ont besoin de s’implanter sur la chaîne de valeur de la production minière.

2 Les grandes sociétés minières étrangères doivent comprendre que leur développement au Mali dépend de l’environnement dans lequel elles opèrent. Ils doivent être prêts à soutenir de bonne foi les entreprises maliennes en leur offrant des marchés sur lesquels elles peuvent opérer.

3 Le troisième interlocuteur est évidemment l’Etat qui doit créer le cadre et qui est en mesure d’assumer ses responsabilités en sanctionnant toutes les carences constatées dans ce secteur.

APP En marge du JMP, vous avez participé à un forum de haut niveau pour la protection des fleuves maliens menacés par la prospection aurifère. Ce Forum avait-il un rôle d’alerte ?

Lamine Seydou TRAOR C’était une excellente idée, pour laquelle je remercie Abdoullah Coulibaly, président de la Fondation Bamako Forum. Son initiative a permis d’attirer l’attention de tous les opérateurs économiques sur les risques posés par ce type de pratique.

La plainte est sérieuse et grave et il faut reconnaître que l’Etat n’est pas la seule victime de la dégradation de nos rivières. Les grandes mines industrielles voient ainsi leurs permis menacés par les immigrés clandestins qui s’installent sur leurs territoires pour exercer des activités d’extraction d’or. Une réflexion globale est encore nécessaire pour trouver des solutions pragmatiques entre les parties prenantes.

Ce Forum a joué un rôle d’alerte important. Elle a également permis de mettre en lumière les efforts du gouvernement pour lutter contre le dragage : un combat de longue haleine car cette pratique est implantée de longue date et le territoire malien est très vaste.

De l’importance d’attirer l’attention des sociétés minières pour lesquelles elles participent financièrement à cette lutte. C’est ici le lieu de les remercier, car certains ont, par exemple, mis des grues à notre disposition pour saisir du matériel interdit. Une aide très appréciée.

Photo souvenir de l’entretien à Bamako entre le Grand Reporter Bruno FANUCCHI et Lamine Seydou TRAOR, Ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau du Mali. RD

APP Comment mettre fin à l’extraction illégale d’or ?

Lamine Seydou TRAOR C’est le sens de notre Feuille de route mise en œuvre avec la Chambre des Mines du Mali. Historiquement, le Mali est un pays producteur d’or, où l’exploitation aurifère a toujours existé depuis Kankou Moussa [empereur malien du XIVe sicle, rput avoir t lhomme le plus riche de lHistoire, grce la production dor du Mali, ndlr]. L’essentiel est de dire : pour ceux qui veulent rester dans la traditionnelle recherche de l’or, voici les équipements et les allées que vous avez le droit d’utiliser ; mais voici aussi les outils et procédés qui vous sont interdits, comme le dragage.

Nous voulons faire un recensement de tous les artisans mineurs car il existe un registre foncier pour tous les propriétaires fonciers. Ces opérations ont déjà commencé au niveau des organisations de fatires. Et voilà que l’État vient les soutenir et donner à ce recensement une importance nationale.

Contre l’extraction illégale d’or et le dragage de nos cours d’eau, nous menons un combat acharné depuis janvier dernier : nous avons déjà saisi plus de 300 excavatrices et 200 engins tandis que plus d’une cinquantaine d’opérateurs illégaux ont été signalés.

APP Ces JMP participent-ils aussi à la lutte contre le réchauffement climatique ?

Lamine Seydou TRAOR Lors de ce 9ème JMP, nous avons mis l’accent sur les énergies renouvelables pour montrer au monde les efforts que nous déployions pour transformer le mix énergétique actuellement à plus de 70% provenant de centrales thermiques et pour demander aux sociétés minières de construire une hybridation des systèmes énergétiques .

Une entreprise comme B2Gold a ainsi développé 30 mgawatts d’énergie solaire sur une consommation permanente d’énergie de 64 mgawatts. Il fallait aussi attirer l’attention des bailleurs sur le fait que la transformation du mix énergétique EDM (Mali Energy) réduirait la consommation de gaz à effet de serre.

APP La transformation de l’énergie nécessitera aussi de l’hydrogène N’est-ce pas une découverte importante ?

Lamine Seydou TRAOR Actuellement en discussion, une loi introduira la notion d’hydrogène naturel et d’hydrogène vert dans notre Code Pétrole et Gaz. Nous pensons sérieusement que la transformation du mix énergétique passera par la valorisation et l’exploitation de ces deux formes d’hydrogène.

Je ne peux que me réjouir qu’Hydroma, société malienne, investisse des millions dans cette recherche : c’est la société créée par M. Aliou Boubacar Diallo qui était déjà un précurseur et le seul opérateur minier malien avec la société Wassoulor. Arrivé au sol devant le JMP, il montre à nouveau la voie. Très bon !

APP Parce que ces Journées ne doivent pas rester un grand rendez-vous sans lendemain

Lamine Seydou TRAOR Le JMP prévoit la mise en place d’un comité de suivi confié à la présidente du comité d’organisation de ces journées, Mme Binta Traor épouse Diarra, pour l’application de toutes les recommandations prises à Bamako. Nous rendons hommage à cette brillante ingénieure et lui faisons confiance. Notre seul objectif est de faire de l’exploitation minière et pétrolière un outil privilégié de croissance économique et de développement social.

Entretien Bamako par Bruno FANUCCHI
pour AfricaPresse.Paris (APP) @africa_presse

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