La mission de médiation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) dans la crise sociopolitique burkinabè, menée par l’ancien président nigérien, s’est achevée vendredi dernier, après quarante-huit heures de séjour à Ouaga au cours concerné Mahamadou Issoufou a successivement rencontré les autorités de la Transition, les partenaires techniques et financiers et les membres des corps diplomatiques accrédités dans notre pays. Ces différents tête-à-tête entrent dans le cadre des pourparlers entre les chefs d’Etat de l’Espace communautaire et les autorités burkinabè, qui permettent, in fine, au facilitateur de faire à ses mandants, une proposition médiane d’une durée consensuelle de la transition en cours au pays des Hommes intègres. Mahamadou Issoufou semble en tout être parts du bon pied pour réussir sa mission car, en fin connaisseur de l’histoire politique du Burkina et en raison des valeurs démocratiques qu’il incarne, il a le profil de l’emploi et la confiance de la la plupart de ses interlocuteurs. C’est vrai que dans les milieux réputés très proches de l’ancien président Blaise Compaoré, c’est clairement la soupe à la grimace depuis que l’ancien président du Niger a été désigné pour cette mission de bons offices. Mais l’on peut croire qu’avec le délit actuel du Burkina, les Burkinabè, toutes tendances confondues, et la CEDEAO ne tireront pas pendant longtemps à hue et à dia, pour ne pas précipiter ce pays-pivot de la sous-région dans les mains maltraitées des terroristes. Pour autant, l’homme au boubou blanc et à l’éternelle chéchia rouge devra s’attendre à des discussions âpres, notamment par rapport au sort des putschistes qui se voit déjà dans l’œil du cyclone s’ils parviennent à éliminer le plancher dans quelques mois, et si les armes continuaient à crépiter dans tous les points cardinaux du pays, comme c’est le cas actuellement.

Les dirigeants de la transition n’ont d’autre choix que de travailler en étroite collaboration avec les pays de la CEDEAO

Il va falloir donc que les deux parties trouvent le juste milieu pour non seulement remettre au plus vite la Burkina sur les rails de la démocratie, mais aussi et surtout faire en sorte que la crise multiforme que connaisse le pays, ne finie par devenir une véritable quadrature du cercle. Du pain donc sur la planche en perspective pour le natif de Dandadji, mais beaucoup d’observateurs estiment qu’il saura tirer son épingle du jeu, les deux protagonistes que sont la CEDEAO et le Burkina Faso étant manifestés enclins à faire des compromis pour sortir ce dernier du bourbier sécuritaire, et de la crise sociopolitique. Il est donc peu probable qu’on assiste à des déclarations tapageuses et à des attitudes de défiance réciproques qui contraindraient l’organisation sous-régionale à donner des «kokotas» aux dirigeants de la transition et à sanctionner le pays tout entier, d’autant que certains chefs d’Etat de l’Etat de l’Espace semblent avoir un faible pour le Burkina, pour les raisons sécuritaires équitablement et leurs corollaires. Mais cette bienveillance vis-à-vis des putschistes à des limites fixées par les textes communautaires, et il se trouvera des chefs d’État pour le rappeler au président Paul Henri Sandaogo Damiba et à ses lieutenants, s’ils se laissaient tenter par le dilatoire ou le bras de fer, comme « l’obstiné » de Bamako ou le « colosse » de Conakry. On peut espérer, en effet, qu’aucun intérêt personnel ou partisan ne va contrarier cette bonne disposition de la CEDEAO à accompagner le Burkina, comme a affirmé le médiateur à sa sortie avec le président du Faso, et la seule manière de rendre service à ce pays qui commence à sentir le sapin, est d’accepter de s’entendre sur la durée de la transition, avant que les sanctions économiques inévitables ne tombent, en cas de refus. On entend déjà des voix s’élever pour demander aux putschistes de ne pas lâcher du lest quoi qu’en soient les conséquences, mais c’est un combat d’Arrière-garde, quand on sait que le Burkina est actuellement sous perfusion céréalière, et semble devenu, en quelques mois, le ventre mou de la sous-région dans la lutte contre le terrorisme. Les premiers responsables du pays savent très bien à quel point leur pays est sur la corde raide, avec, en plus du terrorisme islamiste avec ses conséquences quasi ingérables, des appels récurrents à la guerre ethnique et nécessairement dévastatrice, lancés par des individus aux identités et adresses traçables, ici tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Même si la raison semble avoir pris le pas sur ces projets sataniques, la situation d’ensemble du pays reste toujours inflammable, et les dirigeants de la transition n’ont d’autre choix que de travailler en étroite collaboration et de manière consensuelle avec les pays de la CEDEAO, afin d’éviter que d’éventuelles sanctions viennent dynamiter ce qui reste du plus précieux héritage que nous avons légué nos ancêtres, à savoir notre coexistence pacifique en dépit des diversités ethniques et culturelles.

Hamadou GADIAGA

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