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OUVERTURE DU PROCES DU MASSACRE DU 28 SEPTEMBRE EN GUINEE : Le destin politique de Moussa Dadis Camara est-il joué ?

Treize ans. C’est le nombre d’années qui se seront écoulées entre le massacre d’une centaine et demi de militants de l’opposition guinéenne réunis en meeting, 28 septembre 2009, au stade éponyme à Conakry, et l’ouverture du procès de leurs présumés bourreaux, hier, 28 septembre 2022. Dans le box des accusés, l’ancien chef de la junte militaire alors au pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara, et onze autres accusés au nombre définissent son emblématique ex-aide de camp, Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba qui avait tenté de l’Assassiner en lui tirant une balle dans la tête avant de prendre la fuite, Claude Pivi, le patron de la sécurité présidentielle à l’époque des faits, Moussa Tiégboro Camara, ex-ministre, Marcel Guilavogui, ancien commandant adjoint du bataillon autonome de la sécurité présidentielle. Et comme prévu, c’est dans un bâtiment flambant neuf intégré pour la circonstance, et devant un dispositif sécuritaire impressionnant, que s’est tenue la séance inaugurale de ce procès emblématique.

Sa responsabilité morale, en tant que chef de l’État au moment des faits, semble engagée

Une ouverture protocolaire au cours de laquelle une minute de silence a été ressentie à la mémoire des victimes, et qui lance un des feuilletons judiciaires les plus attendus en Guinée. Des attentes d’autant plus fortes que tous les accusés répondent présents devant les juges, pour avoir été tous placés sous mandat de dépôt avant l’ouverture du procès. C’est dire si toutes les conditions sont réunies pour que chacun des accusés puisse avoir la parole pour se défendre afin que jaillisse la vérité dans ce dossier judiciaire qui devrait permre à la Guinée, de tourner l’une des pages les plus sombres de son histoire récente. La question que l’on pourrait se poser, est de savoir si avec l’ouverture de procès, le destin politique de Moussa Dadis Camara est jouée d’avance. La question est d’autant plus fondée que les accusations de « complicité de meurtres, de viols et de disparitions forcées » qui sont retenues contre lui dans ce procès de crimes de sang, sont suffisamment lourdes pour briser sa carrière politique s’il s’est avéré à être reconnu coupable. Bien entendu, l’ancien chef de la junte alors au pouvoir, s’en défend. Et l’on peut saluer au passage son courage d’être rentré de son exil doré au Burkina Faso pour répondre devant la Justice de son pays, même si l’on peut se demander s’il était conscient des risques qu’il a pris en retournant dans son pays natal où le pouvait être alpagué à tout moment. En tout état de cause, si sa conduite est dictée par une volonté irrépressible d’assumer ses actes après avoir dit sa part de vérité, c’est un acte de courage très peu courant qu’on doit lui reconnaître et qui pourrait valoir son pesant de reconnaissance et pourquoi pas de circonstances atténuantes, surtout si l’ancien chef de l’Etat devait finir par battre sa coulpe pour faire acte de contrition. Mais si son retour au pays répondait plutôt à de purs calculs politens en espérant pouvoir bénéficier du parapluie de ses « frères d’armes » au pouvoir, pour se tirer d’affaire à bons comptes, il aura appris à ses dépens que l’heure de la reddition des comptes dans cette sombre affaire, a induit sonné. Et là, le gros jouait. Car, même si l’ancien homme fort de Conakry ne cesse de clamer son innocence, sa responsabilité morale, en tant que chef de l’État au moment des faits, semble engagé.

Puisse la peur d’être rattrapés tôt ou tard par leurs actes, amener nos dirigeants à plus de vertu et d’humanisme dans la gestion du pouvoir d’État

D’autant que c’est sa candidature contestée à sa propre succession, qui est à l’origine de cette répression barbare qui a conduit à ces tueries de masse et autres viols de manifestants innocents. Sans oublier que c’est sa garde prétorienne qui a fait le boulot sans qu’il n’ait levé le petit doigt. Mais, « aussi longue que soit la nuit, le jour finit toujours par se lever », enseigne la sagesse. C’est sans aucun doute, toute la portée pédagogique de ce procès. Car, si Moussa Dadis Camara avait, à l’époque, eu le courage de faire juger affaire, sans doute ne serait-il pas aujourd’hui dans la peau de l’humiliateur humilié. Et on peut se demander à quoi serviront tous ces « Dadis shows », si l’histoire ne devait finalement retenir de lui que ses pitreries et autres scènes burlesques d’humiliations publiques laissées à certains de ses compatriotes. Encore que dans le cas d’espèce, il est moins condamnable que son successeur, l’ex-président Alpha Condé, figure emblématique de l’opposition à l’époque des faits, dont de nombreux militants décrits parmi les victimes et qui honteusement mis le pied sur le dossier durant toute la décennie de son règne. C’est dire tout le mérite de la transition guinéenne, d’avoir permis l’ouverture de ce procès emblématique qui se veut aussi un avertissement sans frais pour tous ces chefs d’État qui se comporte en autant de potentats que l’ivresse du pouvoir amène parfois à se comporter en démiurges se croyant tout permis. En tout état de cause, en attendant que la Justice guinéenne détricote l’affaire et établisse les responsabilités dans cette affaire, puisse la peur d’être rattrapés tôt ou tard par leurs actes, amener nos dirigeants à plus de vertu et d’humanisme dans le gestion du pouvoir d’Etat. Car, la force et la puissance ne donnent pas tous les droits. Et cela apparaît d’ores et déjà comme l’une des principales leçons à retenir de ce procès.

« Le Pays »

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