À peine vingt-quatre heures après que le président Macron a annoncé définitivement le retrait des troupes françaises du Mali, en raison du contexte politique à Bamako, et des entraves à son action, le Colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement de Transition, n’est pas allé de main molle. C’est ainsi qu’il a demandé aux Français de « retirer sans délai » leurs forces présentes au Mali dans le cadre des Opérations Barkhane et la Task Force « Takuba ».

Tout en jugeant » satisfaisants » Les interventions militaires au Mali, de 2013 à nos jours, le porte-parole du gouvernement de Transition a qualifié la » décision unilatérale »Des autorités françaises de« violation flagrante » Des accords passés entre la France et le Mali.

Avant de déclarer qu' » au regard de ces manquements répétés aux accords de défense, le gouvernement invite les autorités françaises à retirer, sans délai, les forces Barkhane et Takuba du territoire national, sous la supervision des autorités maliennes « .

Rappelons que l’accord de défense auquel le porte-parole malien fait allusion a été signé en juillet 2014. Au mois de décembre dernier, Bamako avait fait partie de sa volunté de revoir certaines dispositions de cet Accord, jugées  » non conforme » À la souveraineté nationale. Cet Accord, renouvelable tous les cinq ans, par tacite reconduction, prévoit une clause stipulant que  » chaque partie »Peut-être» d’énoncé par le biais d’une notification écrite « … et que cela » la notification prend effet six mois après réception de la notification par l’autre partie « .

Manoeuvre militaire de grande envergure

En tout état de cause, même si le retrait de Barkhane et de Takuba du Mali est déjà acté, il est difficile, voire impossible que concela se fasse dans l’immédiat. En effet, ce retrait est une manœuvre militaire, à part entière, nécessite ici beaucoup de temps. Raison pour laquelle le Président français a proposé un délai de quatre à six mois avant que ce retrait ne soit effectif. Réagissant à une question qu’il a été posée dans ce sens, Emmanuel Macron a indiqué que la décision de  » réarticuler »Le dispositif militaire français au Sahel» il s’applique en bon ordre pour que nous continuons à assurer la sécurité de la MINUSMA et la sécurité de nos forces armées déployées aujourd’hui au Mali, sécurité avec laquelle je ne transigerai pas une seule seconde « .

C’est donc en ces termes qu’il a rejeté l’exigence de Bamako de retirer les soldats français « sans délai » du Mali. Il faut préciser que cette opération de retrait est, par nature, délicate et compliquée. D’autant qu’elle ne peut se faire sans une bonne collaboration avec les forces armées maliennes. L’objectif principal à terme est de parvenir à la fermeture des trois bases dont dispose l’armée française au Mali. Celles-ci se trouvent notamment dans le Nord du pays, à savoir, Ménaka, Gossi et Gao. Cette dernière, qui est la plus imposante va servir de plateforme devant accueillir toute la logistique des autres bases avant le déploiement en dehors du territoire malien.

Retrait et non rétrocession

En tout état de cause, cette étape marque la fin de la coopération militaire entre le Mali et la France. Elle intervient au moment où les relations politiques et diplomatiques entre Bamako et Paris sont devenues exécrables. Ce qui avait entrainé l’expulsion du désormais ex-ambassadeur français au Mali, Joël Meyer. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que cette opération de retrait est différente de cellules dégradées à la fin de l’année dernière, consistant à rétrocéder trois emprises militaires françaises dans le Nord du pays, à savoir, Kidal, Tessalit et Tombouctou, à l’armée malienne. Cette opération consiste à placer une disposition sur la base des installations militaires françaises.

Par contre, pour la présente opération, elle s’agit notamment de la fermeture des bases françaises de Ménaka, Gossi et Gao. Ce qui signifie que même les installations militaires de la France et des autres armées européennes partenaires vont être retirées et emportées. Aussi, les Français craignent de commettre la même erreur produite à Tombouctou, où ils soupçonnent les paramilitaires russes de Wagner d’avoir pris leur quartier général sur les installations laissées au profit des FAMa.

Concentration des efforts vers d’autres bases hors du Mali

Signalons qu’avec cette manœuvre militaire, l’ambition principale des Français, connue à ce jour, est de parvenir à réduire l’empreinte au Sahel autour de 2 500 et 3 000 hommes, contre 4 500, aujourd’hui. La base de N’Djamena, au Tchad, qui a servi, toutes ces années, de quartier général à « Barkhané «, Va rester ouverte, avec environ 800 soldats. Les forces spéciales, caractérisées dans la banlieue de Ouagadougou, au Burkina Faso, vont aussi garder leur implantation.

En se retirant du Mali, les Français entendent surtout mettre leurs efforts sur le Niger, dont la capitale, Niamey, abritent, depuis 2013, la base aérienne projetée (BAP) de l’armée française, à partir de laquelle décolle l’essentiel de la flotte aérienne militaire en opération dans la bande Sahélo-Saharienne. D’après certaines sources, les militaires français pourraient réactiver la base de Madama, située dans la région d’Agadez, au Nord du Niger, et non loin de la frontière avec la Libye. Ouverte en 2014 par Barkhane, cette base a été mise » en sommeil », en 2019, de concentrer les efforts dans la Zone des trois frontières, dans laquelle l’EIGS avait le vent en poupe. Dans un tweet, le président du Niger, Mohamed Bazoum a annoncé que les forces françaises auraient une base non loin de la frontière malienne, notamment, à quelques encablures de Gao et Ménaka, afin de parer à toute endommager et éviter des incursions.

En somme, ce retrait du Mali des forces françaises et de leurs partenaires ne se fera pas dans l’immédiat. Même si toutes les activités de Barkhane et de Takuba au Mali seront certainement suspendues, le temps de finir avec ce retrait. Ce temps sera essentiellement mis à profit pour assurer la sécurité des forces partenaires, sur place.

Massiré DIOP

Source : l’Indépendant

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