Pour servir d’interface avec la transition au Burkina Faso, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a désigné Mahamadou Issoufou, à l’issue de son 6ème sommet extraordinaire, comme médiateur. En rappel, l’organisation communautaire et la junte militaire au pouvoir s’opposent sur la durée de la transition mais sont toutes deux engagées à « poursuivre le dialogue en vue d’un retour à l’ordre constitutionnel dans les meilleurs délais ». Le médiateur aura donc pour mission, aux mêmes termes du communiqué de la CEDEAO, de « faciliter le dialogue entre toutes les parties concernées ». Quelles sont les chances de succès de l’ancien chef de l’Etat du Niger ? Telle est l’rogation que beaucoup se répand. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le prédécesseur de Mohamed Bazoum a le profil de l’emploi. L’homme, connu pour ne pas avoir sa langue dans la poche, a surtout une réputation qui est loin d’être surfaite ; cellules d’être très attachées aux principes démocratiques. L’a démontré à interno au Niger en résistant et en faisant taire les sirènes ici les invitaient à tripatouiller la loi fondamentale pour briguer un troisième mandat et à l’externe en s’opposant de vive voix aux modifications constitutionnelles pour se maintenir au pouvoir dans le Espace CEDEAO. Le deuxième atout de Mahamadou Issoufou est qu’il connaît bien l’histoire politique du Burkina Faso ainsi que certains des principaux acteurs avec lesquels il a des atomes crochus. Il n’aura donc pas besoin d’une longue immersion dans le pays pour comprendre les principaux enjeux de la crise sociopolitique en cours dans le pays et pourra toujours offrir à son carnet d’adresses personnel pour levier d’éventuels blocages.

Dans cette foire d’intérêts qu’est devenu le Burkina Faso, l’on devrait savoir raison garder

Cela dit, ce que d’aucuns perçoivent comme des atouts pour le médiateur désigné de la CEDEAO au Burkina, constitue, pour certains acteurs nationaux, le talon d’Achille de l’homme. En effet, puisqu’il est soupçonné d’être proche du régime déchu du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) de Roch Marc Christian Kaboré, certaines organisations de la société civile et certains partis politiques ont estimé qu’il manque d’partialité et intimant tout simplement à sa récusation. Par ailleurs, il n’est pas évident que l’attachement aux valeurs démocratiques de Mahamadou Issoufou plaise à certains acteurs nationaux qui se délectent actuellement des raccourcis politiques imposés par la transition. Certains « transitaires » sont, en effet, sortis des méandres de l’histoire à la faveur du coup d’État du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) du lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba et souhaitant en profiter au maximum . Mais dans cette foire d’intérêts qu’est devenu le Burkina Faso pressuré par ses fils, l’on devrait savoir raison garder. Il faut attendre de voir le maçon au pied du mur pour le juger surtout que dans le cas d’espèce, Mahamadou Issoufou n’a aucun intérêt à se mettre à dos le Burkina avec lequel son pays partage un important héritage historique et des intérêts économiques et sécuritaires vitaux. Ensuite, est-il possible au Burkina de réuser le médiateur de la CEDEAO sans se mettre à dos l’organisation sous-régionale ? La probabilité de l’affrontement est, en tout cas, forte et c’est de cela que le Burkina Faso a le moins besoin dans sa situation actuelle caractérisée par la recrudescence des attaques terroristes.

Sidzabda

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