Une semaine après avoir arraché le pouvoir des mains du président Roch Marc Christian Kaboré, la junte militaire pour rendre public «l’Acte fondamental» ici, il servira de cadre légal à l’exercice de l’autorité de l’Etat. Fort de 8 grands titres subdivisés en 37 articles, le document réaffirme pour l’essentiel les libertés individelles et démocratiques déjà content dans la Constitution du Burkina Faso dont la suspension a d’ailleurs été levée et donne la structuration du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR). Pour l’essentiel donc, l’on reteendra que les militaires au pouvoir voudront préserver l’acquis démocratique du peuple burkinabè, et par la même occasion, montrer leur attachement aux grandes valeurs universelles telles que définies et déclinées dans les grands instruments juridiques internationaux. Pour preuve, l’Acte fondamental n’y consacre pas moins de 25 articles sur les 37 qu’il compte. On ne saurait donc s’y tromper; le texte constitue une véritable opération de séduction pour le peuple burkinabè que l’on sait très attaché à la liberté, et un clin d’œil à la communauté internationale que la junte veut éviter à tout prix de se mettre à dos.

C’est à la pratique que l’on verra si l’Acte fondamental n’est pas un simple catalogue de bonnes intentions

Ce n’est d’ailleurs certainement pas un simple fait du hasard que la publication du document soit intervenue pendant que les missi dominici de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Organisation des Nations unies (ONU) séjournaient sur les rives du Kadiogo. Visiblement, si les militaires doivent prendre la délégation sous-régionale et onusienne à témoins, ils ne pourraient mieux s’y prendre. Et pour cela, l’on peut déjà se féliciter du réalisme politique de Paul Henri Damiba et de ses Compagnons d’armes qui semblent avoir pris conscience que les appels à la fronde contre la communauté internationale, lancés dans certaines chapelles des Organisations de la société civil (OSC), ne sont que des chants de sirène qui ne peuvent que mener à la perdition.

Cela dit, tout en appelant la junte à faire preuve de réalisme politique en tirant leçon de l’histoire politique, l’on ne peut cependant lui donner le bon Dieu sans confession. En effet, c’est à la pratique que l’on verra si l’Acte fondamental n’est pas un simple catalogue de bonnes intentions. Si tel est le cas, les restaurateurs devraient bien garder en tête que les libertés individelles et démocratiques ne sont pas un cadeau qu’ils font au peuple, mais plutôt le fruit d’une âpre lutte qui s’est vendue parfois au prix du sang .

Maintenant, il faut aller d’avant

L’on garde tout le souvenir douloureux du martyre de Norbert Zongo pour la liberté de presse ou plus près de nous, de celui des victimes de l’insurrection populaire et du coup d’Etat de septembre 2015, pour la défense de la démocratie. L’hypothèse d’un nouveau sacrifice des Burkinabè pour faire barrage à des libertés en trompe-l’œil, n’est pas à exclure si, à la pratique, l’Acte fondamental n’était qu’un leurre. C’est dire si la junte marche sur des œufs mais, pour l’instant, l’on ne peut que la prendre au mot.

Dans la même dynamique, l’on peut se féliciter du fait que contrairement à ce que l’on observe dans de pareilles situations, l’Acte fondamental ne remet pas en cause l’acquis du pouvoir Roch tout comme d’ailleurs la junte s’ est, jusque-la, interdit de jeter en pâture l’ancien chef de l’Etat.

Cela dit, maintenant que le décor est planté par l’officialisation de l’Acte fondamental du MPSR, il faut aller de l’avant. Tout en gardant l’œil sur le passé qui nous sert de rétroviseur pour éviter les erreurs antérieures, l’on doit avoir en ligne de mire l’urgence de recouvrir l’intégrité territoriale de notre pays et de refonder notre nation sur les valeurs qui font l’âme de notre société. En avançant, il faut aussi savoir tendre l’oreille du côté de la communauté internationale dont l’accompagnement est indispensable dans un monde qui est devenu un village planétaire car, comme dit adage, « il n’y a pas de vent favorable pour qui ne sait où aller ».

« Le Pays »

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