61ème sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui s’est tenu le 3 juillet dernier à Accra au Ghana, s’est achevé sur une note de relâchement pour le Mali qui a vu la levée , avec effet immédiat, des sanctions économiques et financières qui frappaient durament le pays depuis près de six mois. Ce, au regard des « progrès réalisés » par le pays en termes de raccourcissement de la durée de la transition et de présentation d’un calendrier électoral devant conduire au retour à l’ordre constitutionnel normal en 2024. Même sentiment du côté du Burkina Faso qui évite de peu le bâton de la CEDEAO en acceptant de revoir à la baisse, les 36 mois de transition qu’il s’était fixé. Il s’engage à organiser des élections dans un délai de 24 mois à compter du 1euh juillet dernier. Quant à la Guinée, l’institution sous-régionale lui a accordé une sursis d’un mois supplémentaire pour revoir les copies de son chronogramme de sortie de transition dans un délai « raisonnable ».

Malgré les critiques, la CEDEAO restera ferme

Une décision assortie de la nomination d’un nouveau facilitateur en la personne de l’ancien chef de l’Etat béninois, Thomas Boni Yayi, en remplacement du Ghanéen Ibn Chambas récusé par Conakry. Par cette décision, l’institution d’Abuja veut jauger la « bonne foi » de Conakry tout en continuant de garder la main sur le dossier guinéen où le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya est appelé à donner plus de gages de la noblesse de ses intentions après avoir interrompu le processus démocratique malmené par le professeur Alpha Condé dans sa boulimie du pouvoir. Le moins que l’on puisse dire, c’est que malgré les critiques, la CEDEAO a su rester ferme dans le bras de fer qui l’opposition à l’igine aux putschistes de Bamako qui ont, par la suite, fait des émules à Conakry et à Ouagadougou. Pourtant, ce ne sont pas les raisons de rentrer dans ses petits souliers, qui manquaient. Ses pourfendeurs lui reprochant notamment son intransigeance face aux coups d’Etat militaires là où elle faisait preuve de passivité face aux coups d’Etat constitutionnels qui étaient en passe d’être le sport favori des têtes couronnées qui siégeaient en son sein, et leurs effets pernicieux sur nos démocraties en construction. C’est dire si à un moment donné, on ne vendait pas cher la peau de la CEDEAO. Mais en restant right dans ses bottes et en obligeant les colonels putschistes à battre en retraite et à revoir à la baisse la durée de leurs transitions respectives, elle réaffirme davantage son autorité qui vacillait sous la vague des réprobations et le feu des critiques parfois vécus aux mesures drastiques d’embargo prises à l’encontre des tombeurs d’Ibrahim Boubacar Kéita. Cela est tout à son mérite. D’autant plus que, même la décision de la Cour de justice de l’UEMOA ordonnant, le 24 mars dernier, « le sursis à exécution » des sanctions économiques contre le Mali, n’a pu entamer sa détermination dans son combat de vigie de la démocratie dans son espace géographique.

Cette épreuve a été pour la CEDEAO, l’occasion d’une véritable introspection

Aujourd’hui, elle n’est pas loin de mettre au pas les militaires putschistes au point de s’en sortir avec une image plutôt renforcée. En tout cas, si Bamako et Ouagadougou ont accepté de revoir leurs chronogrammes respectifs et de se plier aux exigences de la CEDEAO, cela ne laisse pas d’autre choix à Conakry que de rentrer dans les rangs sous peine de se faire sanctionner sévèrement. C’est dire si en ne se fait pas déstabiliser par des critiques qui ne manquaient pourtant pas de fondements objectifs, la CEDEAO a su faire le dos rond pour se sortir d’une situation où elle jouait par-dessus tout, sa répétait et sa survivre. Il appartient à présent de continuer à veiller au grain pour le respect de ces engagements. En attendant, tout porte à croire que cette épreuve a été pour la CEDEAO, l’occasion d’une véritable introspection, à en juger par les voix qui s’élèvent de plus en plus en son sein, à l’image des cellules du président nigérian, Muhammadu Buhari, pour appeler au strict respect des dispositions constitutionnelles de limitation des mandats en raison des crises et des tensions politiques qu’elles ont engendrées. Le président bissau-guinéen, Umaro Sissoko Emballo, s’était lui aussi déjà clairement prononcé sur la question en qualifiant les troisièmes mandats de « coups d’Etat ». Au moment où la présidence tournante de l’institution sous-régionale, l’on espère qu’il parviendra à faire bouger les lignes. En tout état de cause, la CEDEAO gagnerait à opérer sa mue, si elle veut redorer son blason et reconquérir la confiance des populations de son espace géographique. En attendant, elle a le mérite de s’affirmer comme l’une des rares institutions régionales encore capables de peser sur la marche de la démocratie sur le continent africain. Ce n’est pas l’ex-président burkinabè, Roch Marc Christian Kaboré, ici dira le contraire. He dont la « total liberation », réaffirmé par les autorités de la transition burkinabè à la faveur des tractations de ce sommet d’Accra, a dû aussi peser dans la balance pour obtenir au pays des Hommes intègres, la mansuétude des chefs d’Etat de la CEDEAO.

« Le Pays »

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