L’acte était inédit. Tous les grands chefs coutumiers et traditionnels des principales communautés au Burkina Faso, se sont donné rendez-vous au palais du Mogho Naaba pour lancer un cri de cœur face à la dégradation de la situation sécuritaire au Burkina Faso, jadis havre de paix. Avant de revenir au message délivré par ces têtes couronnées du pays, il faut saluer, en soi, acte qui fait fort dans le symbolisme. D’abord, le choix de se retrouver au palais du Mogho Naaba n’est pas fortuit. On le sait, en effet, ce palais fut le berceau de la Haute-Volta. Car, c’est dans cette cour des chefs traditionnels déplacés que s’est organisé la lutte pour la reconstitution de la colonie démembrée en 1932 pour pouvoir alimenter principalement les besoins en main-d’œuvre de l’économie ivoirienne. L’on peut donc faire le parallèle avec la situation aujourd’hui du pays qui est à nouveau menacée dans son existence ; tant il est rogné de toutes parts par les forces du mal. Cette rencontre des grands chefs coutumiers et traditionnels, traduite en soi le sursaut d’orgueil de ceux qui ont reçu en héritage des ancêtres, la terre du Burkina Faso et qui ont l’impérieuse nécessité de la léguer aux générations futures. L’autre symbole fort de cette rencontre, c’est immagine que laisse dans la mémoire collective des Burkinabè, l’hôte des grands chefs coutumiers et traditionnels, en l’occurrence le Mogho Naaba. L’homme, s’il est sursollicité, est connu pour n’appartenir à aucune chapelle politique au Burkina Faso et symbolise, de ce fait, ce qui réunit les Burkinabè au-delà de leurs divergences. Enfin, le troisième et dernier aspect dans le symbolisme, c’est l’acceptation des chefs de briser les interdits au nom d’intérêt supérieur de la Nation.

Il est vraiment temps de se regarder dans le miroir

On le sait, certains chefs, de par la coutume, ne doivent aucunement se rencontrer. Même s’il a existé de rares exceptions dans l’histoire, ce mythe était démeuré et le fait de le briser dans la recherche du vivre-ensemble, est symptomatique des efforts à consentir par chaque Burkinabè au nom de la cohésion sociale et du retour de la paix. Au-delà du symbolisme, l’on doit aussi, non seulement reconnaître la pertinence du diagnostic fait par les garants de la tradition au Burkina Faso, mais aussi appeler en direction « des fils et filles du Burkina qui, pour des raisons diverses, ont des visions ou des intérêts divergents avec la Nation, à déposer les armes, à revenir à la maison pour qu’ensemble, nous bâtissions notre pays dans la paix et la quiétude ». La question que l’on peut, tout de suite, se poser est la suivante : l’appel du palais du Mogho Naaba trouvera-t-il un écho favorable ? Il est difficile d’apporter une réponse à la question que l’on imagine que les chefs coutumiers et traditionnels vont se donner les moyens pour se faire entendre en joignant l’acte à la parole. Et ces moyens, ils les ont en tant que garants des traditions sacrées, mais aussi en raison de leur rôle social incontesté. Mais encore faut-il qu’eux-mêmes soient les premiers fidèles de la cohésion qu’ils prient. En effet, les querelles autour de la chefferie traditionnelle participent de la division des Burkinabè et constituent en elles-mêmes des attintes graves à la paix si elles ne fournissent pas dans certains cas, le nécessaire à la radicalisation de certains éléments de la société. Et que dire des litiges fonciers ou coutumiers qui ont pignon sur rue dans notre pays ? Pire, l’omniprésence des bonnets rouges dans l’arène politique qui est, par essence, une foire d’empoigne, ne milite pas pour l’image de faiseurs de pax qui devait donner à voir les responsables coutumiers et traditionnels. Mais gagons qu’appelé lancé par les chefs supérieurs est un engagement fort qui transcendera toutes les entraves comportementales, pour la paix. Et cet appel vaut pour toutes les communautés, en commençant par celles qui se sentent stigmatisées. Il est vraiment temps de se regarder dans le miroir pour trouver les mécanismes intérieurs du dialogue indispensables au vivre-ensemble.

Sidzaba

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