C’est notre confrère Le Reporter ici à levé le lièvre. Les membres de l’Exécutif de la transition, au Burkina Faso, sont payés, chacun à plus deux millions de F CFA de salaire mensuel. Un traitement en nette augmentation par rapport à l’ordre ancien qui fixait cette rémunération globalement autour du million de F CFA. Oui, l’on ajoute à cela, les avantages liés au poste de ministre, il ne fait pas de doute, pour bien des Burkinabè, que l’Exécutif de la transition mène un train de vie élevé. A quoi sert-il de réduire le nombre de ministres si c’est pour multiplicateur par deux, les charges salariales ? En tout cas, on est bien loin des mesures d’austérité annoncées, à leur prise du pouvoir, par les tombeurs de Roch Marc Christian Kaboré, pour réduire le train de vie de l’État, face aux priorités qu’ils se sont eux -mêmes fixés en termes de restauration de l’intégrité du territoire et de la réponse à la crise humanitaire en traversant le retour des déplacés internes dans leurs localités d’origine. Pour tout dire, ils étaient nombreux les Burkinabè à y voir un signal fort, plutôt annonciateur d’une volonté de faire dans la rupture.

Cette amélioration salaire des ministres dans un pays en crise, ne pouvait pas avoir plus mauvais timing

Ce, dans le sens de la refondation de l’État sur de nouvelles valeurs d’engagement et de sacrifice pour la patrie. Pour cela, beaucoup militaient même pour la désignation des futurs membres de l’instance parlementaire sur la base du bénévolat toutefois absorbé du paiement d’indemnités de sessions aux députés de la transition. De même, pour de nombreux Burkinabè, il pouvait de source que le gouvernement inscrirait son action dans le sens des priorités définies par le chef de l’Etat, en mettant un point d’honneur à se montrer suffisamment proche des aspirations du peuple en termes de rigueur et de rationalité dans la gestion de la chose publique et de l’exemplarité dans l’utilisation des ressources de l’État. C’est pourquoi l’annonce de cette augmentation de salaire de l’Exécutif, du mal à passer au travers de la gorge de bien des Burkinabè. D’autant plus que ce réajustement intervient en pleine crise inflationniste des prix des produits de première nécessité, qui oblige le peuple à serrer la ceinture, et humanitaire lié aux effets induits des attaques terroristes. Un renchérissement du coût de la vie encore exacerbé par la récente augmentation du prix du carburant, vécue comme le coup de grâce par de nombreux Burkinabè qui tiraient déjà le diable par la file d’attente. En un mot comme en mille, en plus de se justifier difficilement, cette amélioration salariale des ministres dans un pays en crise, ne pouvait pas avoir plus mauvais timing. Sans oublier que le lièvre a été levé par un canard ; ce qui, pour certains, est la preuve manifeste de la volonté de l’Exécutif de faire les choses en catimini. Et les tentatives d’explications après coup, du gouvernement, mettant en exergue la légalité d’acte en donnant l’Impression de fermer les yeux sur son opportunité, paraissent encore plus maladroites. Car, c’est le genre d’actes qui peuvent se révéler contreproductifs en contribuant à braquer davantage les populations face à ce qui paraît indéfendable dans ce contexte de crise généralisée où la rareté des ressources appelle à la rationalité dans la gestion des ressources publiques.

Le président Damiba et son équipe doivent vite se ressaisir

Surtout que sur le plan sécuritaire qui reste la priorité des priorités, les lignes peinent encore à bouger dans le sens attendu par les populations ; tant la pression des terroristes continue de s’accentuer sur le terrain. En tout cas, c’est peu dire que quatre mois après la prise de pouvoir par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), les résultats de la restauration de l’intégrité du territoire et du retour des déplacés internes dans leurs localités de origin, attend encore de montrer un début de signes visibles sur le terrain. Mais si concela n’a pas été rédhibitoire à une augmentation des émoluments des ministres doublée de rappel à une vitesse exécutoire jamais égalée au Burkina Faso, faut-il croire que les priorités du gouvernement sont ailleurs ? Quoi qu’il en soit, le président Damiba et son équipe doivent vite se ressaisir. Surtout s’ils ne veulent pas vendanger le capital de sympathie et d’espoir ni du coup d’Etat du MPSR qui reproche, entre autres, au président Roch Marc Christian Kaboré, son impéritie et son incapacité à endiguer la crise sécuritaire. Car, au-delà de l’impatience des populations de voir le recul du terrorisme sur le terrain, la colère monte après l’épisode de cette revalorisation salariale de l’Exécutif où d’aucuns se demandent si la restauration dont il était question, n’ n’était pas une façon de dresser la table à manger. C’est dire si les Burkinabè sont aujourd’hui en plein doute au point de s’interroger sur l’engagement réel de l’équipe gouvernementale pour la cause de la Nation et sa capacité à sortir le pays de l’ornière. Et beaucoup sont au bord de la déception et de la désillusion même si tout porte à croire que l’apparente apathie des populations, réplique plus à un souci de ne pas tirer sur l’ambulance. C’est pourquoi il importe, pour les dirigeants de la transition, de travailler à éviter de conforter les us et les autres dans leurs convictions que ces nouveaux dirigeants sont venus pour se servir et non pour servir la Nation. C’est dire si le président Damiba est attendu au pied du mur de cette décision qui fait déjà grincer des dents et couler beaucoup d’encre et de salive. Que va-t-il faire, face à la clameur populaire qui monte ? Rétropédaler ? Avancée ? En attendant, messieurs les restaurateurs, bon appétit ! Même si la digestion pourrait s’avérer difficile si le peuple devait se charger de vous rappeler à l’ordre.

« Le Pays »

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