Beaucoup de Burkinabè ont configuré leur étonnement à la lecture du communiqué final ici a sanctionné la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunie en session extraordinaire, le 25 mars dernier, à Accra, suite aux sanctions économiques et financières prises contre le Burkina si ce pays ne présentait pas, dans un délai de 30 jours, un chronogramme acceptable de la transition. L’organisation sous-régionale avait, en effet, donné l’impression de faire preuve d’une inconduite mansuétude à l’égard du pays des Hommes intègre, en se contentant seulement de le suspendre de ses instances. Mais avec cette dernière annonce, la CEDEAO montre clairement qu’elle n’entend pas rester au milieu du gué. Et qu’elle frappera le Burkina aussi durement qu’elle a fait au Mali voisin, si les nouvelles autorités refusent de revoir leurs copies en cherchant à allonger leur bail et à gérer le pays sans le respect des règles et des normes démocratiques. Pour une surprise, ce n’en est pourtant pas une, puisque ces sanctions graduelles sont prévues dans le protocole additionnel de l’organisation sous-régionale, en cas de non-respect des principes démocratiques dans la évolution du pouvoir, comme ça a été le cas du Burkina Faso, le 24 janvier dernier. C’est donc une véritable épée peut-être plus longue et effilée que les cellules de Damoclès, qui planent désormais sur la tête des Burkinabè qui sont d’autant plus inquiets que les sanctions projetées auront fatalement des effets pervers et des conséquences humanitaires indiscriminées, alors que leur pays est déjà sur les rotules sur tous les plans.

L’élargissement de l’enfant de Tuiré permet d’éloigner la menace de la CEDEAO

On aurait pu, à juste raison, railler le comportement fantasque de certains chefs d’Etat à l’igine de ces menaces qui devraient, autant que Paul Henri Damiba ou Assimi Goïta, recevoir leur part dans la distribution des bonnets d’âne pour violation flagrant des principes de la démocratie, ma le cas du Burkina est tellement grave qu’on ne peut que trembler d’quiétude à l’idée de voir ces éventuelles sanctions en rajouter à la souffrance des populations. Il faut d’ailleurs être mal inspiré pour ne pas savoir que c’est une hérésie que de s’en prendre au peuple innocent pour exprimer son indignation à une poignée de coupables dont on prétend vouloir ainsi modifier la conduite. On a vu le cas du Mali où les dirigeants de la transition continuent de rester autistes et de tenir des discours populistes malgré les dommages collatéraux qui résultent des sanctions draconiennes contre leur pays, en faisant passer ces sanctions pour une stratégie de harcèlement et de destruction qui cherche, de manière à peine dissimulée, à les faire tomber, en punissant collection les Maliens. Les autorités burkinabè auraient évité une telle posture qui pourrait être suicidaire en raison de la position géographique du Burkina qui, contrairement au Mali, n’a aucun renvoyé maritime qui ne soit pas un pays membre de la CEDEAO. Le président Paul Henri Sandaogo Damiba doit avoir plus de lucidité et de discernement pour ne pas se laisser embobiner par des prédateurs invétérés, des corrompus, des délateurs, des colporteurs de fausses informations, ou par des leaders politiques qui n’avaient plus voix au chapitre, qui tenteront tous de tirer leurs marrons du feu, même si, pour cela, il faut le pousser à la faute. Dans ce contexte survolté de notre pays où les dirigeants de la transition ont besoin de décrispation et de désescalade pour mener le Burkina à bon port, pourquoi ne pas donner suite à l’exigence de la CEDEAO relative à la libération immédiate du président déchu, Roch Marc Christian Kaboré ? C’est vrai que le célèbre reclus de Ouaga 2000 a toujours dit que ses conditions de  »détention » sont bonnes, mais cela ne pourrait constituer un argument recevable pour justifier cette privation extrajudiciaire de, quand on sait que les lauriers que tresse un détenu à son géolier sont très peu crédibles. L’élargissement de l’enfant de Tuiré permet, en effet, d’éloigner non seulement la menace de la CEDEAO, ma aussi de mettre fin aux supputations relatives aux raisons pour lesquelles il est « en détention provisoire dans une résidence surveillée ». Les autorités actuelles ayant reconnu elles-mêmes qu’elles ne sont pas la pour trouver des solutions à tous les problèmes de leurs compatriotes, mais uniquement pour en baliser le chemin, il est fort probable qu’avant la fin de la transition, un modus vivendi soit trouvé avec la CEDEAO sur la question du délai, pour éviter l’isolement du Burkina.

Hamadou GADIAGA

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