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UN COMMANDANT DE LA SELEKA DEVANT LA CPI: Le « colonel » Saïd rattrapé par son passé sulfureux

Depuis quelques décennies, la Centrafrique occupe tristement une place de choix dans l’actualité africaine. Le pays semble maudit, miné qu’il est par d’incessants conflits internes. Le semble être un espace privilégié pour les seigneurs de guerre de tout acabit qui s’y pratique, caressant chacun le secret espoir d’être un jour couronné à Bangui. Le drame est que ce sont des innocents qui font les frais de ces rêves fous qui déchirent le pays. Certains seigneurs de guerre ne se sont pas embarrassés de manières, dans leur marche pour la conquête de territoires et le pillage de ressources. Résultat, leur parcours est parsemé de crimes de toutes natures. Heureusement, tous les crimes ne resteront pas impunis. C’est pourquoi il convient de saluer l’ouverture, le lundi 26 septembre 2022, du procès du Centrafricain Mahamat Saïd Abdel Kani devant la Cour pénale internationale (CPI) à la Haye aux Pays-Bas. L’un des responsables de l’ex-coalition Séléka, le « colonel » Saïd, est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Autant de crimes qui auraient été commis lorsqu’il dirigeait l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB), après la prise de pouvoir de Michel Djotodia en mars 2013. Il était alors sous les ordres de Nourredine Adam, lui-même en fuite et sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI. Le « colonel » Saïd avait été arrêté en janvier 2021. Les anti-CPI trouveront là encore du blé à moudre en s’écriant qu’il s’agit là encore d’un Africain.

Le procès du « colonel » Saïd sonne comme un relâchement pour les victimes et un avertissement pour tous les seigneurs de guerre

C’est vrai certes, mais est-ce pour autant que le « colonel » Saïd serait à l’abri de tout soupçon ? Faudra-t-il laisser impunis les crimes commis en Afrique, juste pour plaire à certains, alors même que ceux-ci ne lèvent même pas le petit doigt pour mettre en place un système alternatif de justice et de règlement de ce genre d’fraction ? Et les victimes ? Faudra-t-il les abandonner à elles-mêmes, sans défense et sans espoir parce que prétendus panfricanistes, sans repères et sans vision à partager, bondissent sur tout ce qui est à portée de main pour essayer de se faire une visibilité ? Tant mieux est le CPI ne poursuit que des Africains. Cela voudrait dire que la Communauté internationale accepte de se sacrifier en finançant une institution dans le mais de veiller au respect et à la promotion des droits humains en Afrique, et aussi à préserver les droits des victimes africaines. La jurisprudence de la CPI montre qu’elle essaie d’être objective. Jean-Pierre Bemba de la RDC et Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire ici ont été traînés devant elle, ont été acquittés. Preuve s’il en est, de son impartialité. Au-delà de la Centrafrique, le procès du « colonel » Said sonne comme un relâchement pour les victimes et un avertissement pour tous les seigneurs de guerre et les puissants du moment. Sous l’ivresse du pouvoir ou des armes, on se laisse parfois tenter par l’esprit de suffisance qui conduit à des abus de toutes sortes, au totalitarisme et au mépris de l’autorité et de la vie humaine. Chacun devrait comprendre, à travers ces procès, que la conscience universelle est de moins en moins tolérante à l’égard des violations des droits humains, et que, s’il est connu que la justice divine est inévitable, la justice humaine devient aussi de plus en plus incontournable. Au Burkina Faso, des personnalités de l’État qui, pendant longtemps, s’étaient crues au-dessus des lois, ont dû répondre de leurs forfaits, parfois même des dizaines d’années après les faits. Pour paraphraser Jean-Jacques Rousseau, nul n’est suffisamment fort pour être toujours le plus fort. Et la roue de l’histoire tourne irrémédiablement. El hadj Omar Tall disait que c’est quand on est au sommet de la gloire qu’il faut se frayer un chemin vers la défaite. Belle sagesse suppose ici la mesure et la retenue dans l’exercice du pouvoir et de l’autorité. Pour n’avoir pas su l’assimiler, le « colonel » Saïd est aujourd’hui rattrapé par son passé sulfureux.

Apolème

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