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une initiative inappropriée – Info-Matin

Le 62e sommet des chefs d’État et de gouvernements de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) a approuvé ce dimanche au Nigéria, le projet de création d’une nouvelle force régionale. Une initiative jugée inopportune par le Dr Aly TOUNKARA, chercheur et analyste. Outre cet aspect, il faut craindre le scénario du G5 Sahel qui n’a pas pu être développé faute d’argent.

Comme plusieurs fois annoncées par le président de la Guinée Bissau, président en exercice de la CEDEAO victime d’une tentative de coup d’État, l’organisation sous régionale lors de son dernier sommet tenu le dimanche dernier a décidé de la mise « en place d’une force régionale dont le mandat inclut la restauration de l’ordre constitutionnel partout où il est menacé dans la sous-région ».
Une décision approuvée par les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO alors que trois de ses États membres observent une transition politique (Mali, Guinée Conakry et Burkina-Faso).
Elle s’inscrit dans le cadre d’une mesure de fermeté contre les coups d’État au sein de la CEDEAO dont les chefs sont désormais déterminés « à appliquer scrupuleusement le prince de tolérance zéro pour tout pouvoir obtenu ou maintenu par des moyens anticonstitutionnels et à appliquer sans exception les sanctions les plus sévères en cas de non-respect ».
Le Dr Aly TOUNKARA, chercheur et analyste malien, a évoqué la question avec nos confrères de Mikado.
Pour lui, cette force en attente si elle veneit à être effective au-delà des effets d’annonce, elle ne pourrait être qu’un effet domino, en rappelant que dans la sous-région la création des forces ou d’organes en vue de lutter efficacement contre la nébuleuse terroriste est sans appel.
« Aujourd’hui, dans le sahel et dans l’espace CEDEAO, il y a plutôt un besoin de rendre effectifs et réels les organes existants et non d’en créer », a déclaré M. TOUNKARA. Ainsi, il lui parait inopportun de créer une force en attente.
A ce stade, les contours de ce projet restent à déterminer en termes de fonctionnement. Plus comme le Dr Aly TOUNKARA, de multiples observateurs craignent notamment le scénario de la force conjointe du G5 Sahel créée en 2017 et regroupant les militaires du Mali, de la Mauritanie, du Tchad, du Niger et du Burkina Faso pour lutter contre l’avancée des groupes terroristes dans leurs pays respectif et les trois frontières (Mali-Niger-Burkina Faso).
Cette initiative vise également à améliorer la sécurité et la sûreté des populations locales et à créer un environnement favorable pour le développement socio-économique de la région en mutualisant et en intensifiant leurs efforts au niveau national pour combattre les menaces sécuritaires communes.
Tant l’idée est saine et bénéfique pour l’aide et l’accompagnement de la France, la force conjointe du G5 Sahel ne peut être efficace en raison du problème de financement. En dépit du lobby de la France et des différents plaidoyers des chefs d’État du G5 Sahel, la force n’a pu bénéficier du soutien financier suffisant. Et les rares promesses de la finance ne sont pas tout à fait honorables.
En juin 2017, la France a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies d’approuver le déploiement de la force du G5 Sahel puis de convenir d’un financement. La proposition est soutenue par la Russie et la Chine, mais les États-Unis et le Royaume-Uni se sont montrés réticents, car l’administration Trump ayant affiché son intention de réduire de manière conséquente la contribution américaine au budget des opérations de maintien de la paix.
Dans tous les cas, cette force en attente de la CEDEAO n’a d’avenir que si les chefs d’État décident de mettre en place un système de financement permanent. Sinon comme pour la force du G5 Sahel, elle restera une force qui n’existera que sur papier.
C’est pourquoi le professeur Ramadan Zakaria Ousman, fondateur du Centre tchadien des études stratégiques et des recherches prospectives, sur TV5 monde disait : « il faut lui donner tous les moyens nécessaires et lui permettre de se réussir, lui permettre de constituer une sorte de digue, plutôt que d’aller créer quelque chose de nouveau pour se rendre compte ensuite que ça ne marche pas. Et puis nous n’avons pas les ressources nécessaires ».
Il a eu plusieurs initiatives similaires de mobilisations des troupes en vue de résoudre des problèmes africains, aucune d’elle n’a spéré à cause du problème de financement. La preuve, même pour aider le Mali contre le terrorisme en 2013, la CEDEAO n’a pas été incapable de mobiliser les soldats de ses États membres.

PAR SIKOU BAH

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