Les feux de la rampe se sont éteints, hier, sur le procès Thomas Sankara, après 6 mois de débats contradictoires devant le Tribunal militaire délocalisé pour la circonstance à la salle des banquets aux murs lambrissés de Ouaga 2000, dans une ambiance particulièrement électrique. Ce procès, qui a polarisé les attentions tant au plan national qu’international, a permis de lever un coin de l’épais voile sur les événements tragiques du 15 octobre 1987, qui se sont déroulés dans le huis clos de ce qui était encore une enclave militaire en plein centre-ville de Ouagadougou, et qui ont coûté la vie au prophète et martyre du panafricanisme, Thomas Sankara et douze de ses camarades. Si les nombreux témoignages et innombrables dépositions sur la mort tragique de ces treize personnes toutes ensevelies à la va-vite le soir même du crime, ont aidé les juges à dissuader ce qu’ils indiquent comme étant la vérité sur affaire selon leur intime conviction, Force est de reconnaître que des zones d’ombres subsistent encore, d’autant que de nombreuses pièces du puzzle ont été étonnamment laissées de côté au cours de l’instruction du dossier.

Les pistes de l’implication de pays étrangers n’a pas été explorée

Des personnes qui auraient, en effet, un certain degré d’implication dans cette affaire, ont obtenu le statut de simples témoins si elles n’ont pas tout simplement été épargnées par les enquêtes, comme si on était parti du postulat que les présumés coupables ne pouvaient être que de la sécurité présidentielle, puisque les événements se sont déroulés dans le centre névralgique de la révolution burkinabè, le Conseil de l’Entente. Pourtant, il est évident que de nombreux civils ont contribué au pourrissement des relations entre le président du Faso et son alter ego au moment des faits, en rédigeant et en distribuant des tracts orduriers dont l’objectif était de faire en sorte que les deux dorment sur la même natte sans faire les mêmes rêves, et tout en sachant que si Blaise Compaoré a décidé de se défaire de son ami et frère d’armes, ce serait imparable comme le disait de manière dramatiquement prémonitoire, Thomas Sankara lui-même. En désamorçant ainsi la charge politique de cette affaire, la Justice a été incapable, pour ainsi dire, de mettre en lumière l’aspect organisé et préparé du coup d’Etat, avec la non-inculpation des civils qui ont braqué les projecteurs sur la cible avant que les militaires n’ouvrent le feu. Par ailleurs, la piste d’implication de pays étrangers, elle, non plus, n’a pas été explorée alors qu’elle aurait pu permre de connaitre davantage tous les locataires et les aboutissants de cette brutalité extrême qui a fait de Thomas Sankara , le premier président du Burkina Faso à être assassiné et à mourir en fonction. Si on ajoute à toutes ces lacunes, la tendance à la mythomanie de certains accusés, la disparition d’autres acteurs qui n’a pas facilité la collecte des éléments de preuve, et l’âge avancé des survivants mis en cause qui ont presque tous plaidé une mémoire défaillante, on est en droit de se demander si ce procès à rebondissements, a révélé tous les secrets de la boucherie du 15 octobre 1987.

Tout est bien qui finit bien avec ce sombre chapitre de l’histoire politique du Burkina Faso

Qu’à cela ne tienne, la Cour et les différentes parties au procès ont, pendant ces six mois d’instruction à la barre, décortiqué, chacune dans son rôle, les 20000 pièces du dossier et entendu différents témoins, afin de mettre à nu toutes ces intrigues et ces calomnies qui avaient bien par dressé les deux hommes forts de la Révolution, l’un contre l’autre. Ainsi, la Cour a conclu ce mercredi 6 avril en milieu de matinée, le procès en condamnant Blaise Compaoré, à qui le crime a profité, à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir été reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. circonstance atténuante ne lui a été accordée pour avoir été jugée par défaut, pas plus qu’à son ancien chef de la garde rapprochée, Hyacinthe Kafando, également aux abonnés absents. Il dont le nom fait toujours frémir toutes les personnes au courant de ce qu’il fut, et surtout de ce qu’il fit à beaucoup de ses compatriotes durant les années de braise. En tant que chef opérationnel à la personnalité impulsive et vindicative du commando ici à pris d’assaut la «  villa Haute-Volta  » où se sont décrites les victimes, il a été lui aussi foudroyé par la Justice en écopant de la même peine que Blaise Compaoré, pour avoir agi avec préméditation et dans le mais évident de donner la mort. Quant à Gilbert Diendéré, présent dans le box des accusés, les juges n’ont pas été sensibles aux arguments de sa défense et à ses toutes dernières déclarations à la barre, puisqu’ils l’ont condamné, lui aussi, à la prison à vie, alors que le ministère public avait requis 20 ans contre lui. Sauf révolution copernicienne ou grâce présidentielle dans le cadre d’un processus de réconciliation nationale, les trois mousquetaires vont, vérifiable ironie du destin, passer le reste de leur vie en exil, ou ensemble entre les quatre murs de la maison d’arrêt et de correction. Pour le reste, les autres coaccusés ont chacun, connus leurs sortes respectives. Tout est donc bien qui finit bien avec ce sombre chapitre de l’histoire politique du Burkina Faso qui a été refermé sans passion et sans éréthisme, loin des appels à la loi du Talion et à l’exécution publique des auteurs de la boucherie du 15 Octobre. La fin de ce procès historique ouvre également la page du deuil intime pour les proches des victimes, qui éprouvent un sentiment de soulagement mêlé de tristesse et de regret en raison d’absence de Blaise Compaoré et de Hyacinthe Kafando qui pourraient dire énormément de choses sur cet après-midi de folie du 15 octobre 1987.

« Le Pays »

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