Le cas de Yapi Christophe est l’un des scandales de corruption les plus emblématiques du Cameroun, qui a été publié par la presse nationale. Ce jeune trader est en prison depuis près de trois ans à Douala, en attendant que son procès s’ouvre le 30 avril 2018 . Mais quelle en est la raison ? Que s’est-il passé ? Nous allons comprendre aujourd’hui avec nos recherches de journaliste.

Il y a trois ans, il a fait fortune grâce au commerce du maïs, moins de deux millions de dollars, à partir de rien. On le surnommait « l’homme dollar », même s’il s’est appauvri du jour au lendemain car il a perdu tout son argent dans un investissement qui lui a coûté au moins 200 milliards de FCFA. Sa richesse a été remise en question lorsqu’il s’est avéré qu’il ne possédait que une petite ferme dans le village de Njock Mouloup, situé dans le département de la Mezam, région du Nord-Ouest.

C’est pourquoi beaucoup de gens le présentaient comme un homme riche avec un réel pouvoir d’achat car toutes ses marchandises étaient transportées à Douala par trois camions chaque semaine. Mais il est maintenant devenu au fil du temps que Yapi Christophe n’est même pas un homme riche ou fortuné malgré sa flotte de véhicules ou le fait qu’il soit marié à une femme qui est apparue une fois sur les réseaux sociaux mais qui semble avoir disparu depuis plusieurs années .

Ce jeune agriculteur a tout bâti sur la spéculation et l’espoir qui planait au-dessus de lui avant de tomber en enfer. Et si son histoire semble familière aujourd’hui c’est parce qu’il s’agissait d’une autre affaire à la même époque , connu sous le nom de scandale de l' »agrobusiness », qui a secoué le pays en 2011, lorsqu’un fonctionnaire du gouvernement a été condamné à dix ans de prison.

En 2013, Yapi Christophe s’était vu offrir un contrat lucratif par le régime de Biya, avec de l’argent provenant du trésor public, afin de soutenir la production agricole et de réduire le déficit alimentaire du Cameroun. Les termes de cet accord n’étaient pas clairs à l’époque. Il était plutôt justifié que les bénéficiaires doivent disposer de moyens financiers suffisants pour réaliser leurs projets. C’est donc durant cette période que son nom est mentionné pour la première fois. C’est alors qu’il a signé un contrat le 29 octobre 2012 par le biais d’un intermédiaire engagé dans l’agriculture du nom d’Alain Sama Blandine qui l’a contracté pour un montant de 5 milliards d’euros FCFA.

C’est en 2013 qu’il est entré en contact avec Taha Bakary, alors président de la Société nationale de production d’huiles et de graines végétales (SOPAC). Mais jusqu’à aujourd’hui, nous ne savons rien de cet accord car Sama Blandine ne l’a pas mentionné dans son carnet de notes au moment de la procédure. Il a seulement mentionné Angal Christophe et Nkwele Ebet, qui étaient déjà impliqués dans l’agrobusiness à ce niveau. Ce dernier a signé une convention avec Sama-Blandine le 31 décembre 2012 pour un montant total de 10 milliards de FCFA. Il est même précisé qu’ANGAL CHRISTOPHE doit fournir 5 camions pour soutenir ses activités chaque semaine.

L’affaire commence à prendre de l’ampleur avec un chiffre d’affaires de 14.744.000 FCFA par semaine. Et le retour sur investissement est très bon car les trafiquants ont pu voler les commerçants de l’Etat en établissant des factures fictives et en gonflant les prix. C’est ainsi qu’ils obtiennent leurs marchandises sans taxes via des paradis fiscaux comme Dubaï ou Hong Kong . En avril 2013, Yapi Christophe achète un terrain de 13 hectares dans le village de Njock Mouloup dans le département de la Mezam pour 5 milliards de francs CFA, ce qui était parfaitement légal à l’époque car il avait un contrat avec Sama-Blandine. Il se lance donc dans son activité agricole en plantant du maïs et des noix de karité jusqu’en janvier 2014 où il s’est rendu compte que cette activité n’était pas rentable à tous.

C’est à cette période qu’il a rencontré un trafiquant de Douala qui lui a donné une autre idée pour gagner de l’argent en faisant de la contrebande de soutiens-gorge vers Hong Kong via le port de Kribi. Mais avant de poursuivre ce projet, il devait trouver un moyen de se nourrir car son activité à Njock Mouloup n’était pas rentable financièrement. Au même moment, Taha Bakary, alors président de la SOPAC, décide d’investir dans l’agriculture camerounaise et achète donc un grand terrain à l’est du pays avec d’autres actionnaires dont Angal Christophe et Yapi Christophe. C’est ainsi qu’ils créent une société appelée Congo Gold Town Agricultural Production Company (CGSPA) qui a pour but de produire du cacao, du café et des le maïs.

La société a ensuite été enregistrée avec l’aide d’un prétendu conseiller du président Biya, Boniface Essomba, qui a signé des contrats fictifs en échange d’une commission de 10 %. Après ces contacts, Yapi Christophe a fondé la Compagnie ivoirienne pour le développement agricole (CICAD), qui est détenue par la société mère Congo Gold Town. C’est à cette époque qu’il crée son réseau de contrebande de soutiens-gorge. Il ouvre des comptes bancaires suisses avec l’aide d’Emmanuel Bole Butake et y dépose des milliards de francs sans payer d’impôts sur ceux-ci . L’argent arrivait par avion de la Manche, via le Nigeria au Cameroun où il était transféré en dollars avant d’être remis à Yapi Christophe ou Taha Bakary.

C’est donc à cette période qu’il a loué les services d’Alain Sama-Blandine pour l’aider à enregistrer sa société à Douala. Et ce n’est que plus tard que Yapi Christophe s’est rendu compte qu’Alain Sama-Blandine avait également enregistré illégalement des sociétés comme Afriphone Communications et AFRIK TELECOM (appartenant aux parents du président Biya). Le même homme l’a ensuite présenté à Boniface Essomba qui a enregistré sa société, Congo Gold Town, au Secrétariat général de la défense nationale le 22 mai 2013 en présentant un certificat d’enregistrement de la société Emirates International Company Limited de Dubaï comme preuve de la propriété de SERAPID INTERNATIONAL qui appartient à la société Congo Gold Town basée à Dubaï . Ce n’est pas tout car l’homme lui a ensuite présenté l’un de ses employés, David Moukoko, qui s’est chargé d’ouvrir un compte à l’Ecobank-Cameroun . Toutes ces opérations successives ont été effectuées sous le contrôle du Bureau Centrafricain qui s’occupe du change de devises. L’accord entre Boniface Essomba et Yapi Christophe était que chaque opération devait être approuvée par le CABINET D’EXPERTISE COMPTABILIARE ET DE GESTION (CECOGES) avant de pouvoir être transférée en Angola ou à Dubaï . Il est à noter qu’en 2013, environ 40 milliards de FCFA ont transité par cette société. Selon nos investigations, Alain Sama-Blandine a également a déposé des plaintes contre Angal Christophe, Jean Claude Mbwentchou (membre du CAC) et Boniface Essomba avec l’aide de son avocat, Emile Ngo’o. C’est après cela que Yapi Christophe a décidé de confier à Alain Sama-Blandine 4 milliards de FCFA qui ont été placés à Ecobank avant de disparaître.

Le 6 novembre 2014 vers 5h du matin, la Direction Générale des Douanes et Accises (DGCE) fait une descente au domicile d’Alain Sama-Blandine situé dans l’enceinte de CEVICOM sur l’avenue Charles Atangana à Douala où elle confisque un nombre record de documents dont des contrats signés par Taha Bakary le concernant . Le 18 novembre 2014 vers 5h du matin, une équipe de la DGCE a fait une descente dans les bureaux de SERAPID INTERNATIONAL à Carrefour Feuille et a arrêté Alain Sama-Blandine après qu’il ait reçu illégalement 60 milliards de FCFA du Bureau centrafricain. Le même jour vers 13h, la DGCE a également effectué une perquisition au domicile de Yapi Christophe situé à l’Hippodrome où ils ont confisqué son passeport . Dans leur enquête, les policiers ont saisi plusieurs documents dont quatre relevés de compte bancaire originaux prouvant que Taha Bakary, Angal Christophe et lui-même étaient à l’origine de Congo Gold Town.

Yapi Christophe leur a déclaré sous serment que Boniface Essomba avait déposé de l’argent lui appartenant à Ecobank pour une somme de 1,5 million d’euros. Le 19 novembre 2014 vers 6h du matin, la DGCE a fait une descente au domicile d’Angal Christophe situé à Bonanjo. Au cours de l’opération, ils ont trouvé 3 milliards de FCFA qui avaient été transportés là par un de ses neveux qui a été arrêté sur place. Le 5 décembre 2014 vers 7h du matin, Yapi Christophe a été arrêté à Mbanga par la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) alors qu’il rendait visite à Jean Pierre Biyiti bi Essam à la prison centrale du Mfoundi. Il est depuis lors resté incarcéré au centre de police judiciaire (CJPL) de Douala.

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