Une délégation du Rassemblement des Républicains (RDR, pro-Ouattara) accueille à son siège une dizaine de cadres du Front populaire ivoirien (FPI, pro-Gbagbo)

« On ne peut pas réveiller quelqu’un qui ne veut pas dormir », disait un homme politique au plus fort de la crise postélectorale. Cette boutade, à n’en point douter, sied parfaitement en ce moment à la posture qu’a décidé d’adopter le Front populaire ivoirien. L’ex-parti au pouvoir, dans le cadre du dialogue républicain, comme le singe de la pub, ne veut rien voir, rien entendre et rien sentir. Pascal Affi N’Guessan et ses camarades ne veulent pas négocier avec le pouvoir. Du moins dans la formule qui leur est proposée par le Gouvernement. Les tenants actuels du parti de Laurent Gbagbo veulent des pourparlers taillés sur mesure.
Affi et ses amis de l’actuelle direction ne veulent plus négocier dans le cadre du « dialogue direct » arraché en son temps par la direction intérimaire de Miaka Oureto. Leur trouvaille : les états généraux de la République. Pascal Affi N’Guessan s’accroche avec le désespoir du naufragé à cette idée avec laquelle il croit pouvoir sauver la Côte d’Ivoire. Du coup, il serait illusoire de croire que de la réunion de demain, convoquée par le ministre d’Etat auprès du président de la République, Me Jeannot Ahoussou Kouadio, sortira une quelconque fumée blanche. L’ancien Premier ministre, initiateur du dialogue républicain, rencontrera ce jeudi les délégations de l’opposition. Certainement celle du FPI viendra faire son show devant les cameras et les micros. Mais, il n’est pas sûr que cette énième rencontre puisse apporter en termes d’avancée quelque chose de significatif au processus de réconciliation nationale. Pour la simple raison que le FPI n’a pas intérêt que la Côte d’Ivoire sorte définitivement de la crise.
La crise arrange ce parti. Elle est même son alliée la plus sûre dans son projet de faire échouer le président Alassane Ouattara dans sa mission. Le Gouvernement veut parvenir à la décrispation par le dialogue républicain avec les partis de l’opposition. Le FPI exige que la question soit réglée de façon globale à travers les états généraux de la République. Quel intérêt a donc le FPI pour ?uvrer à la réussite du cadre de dialogue défini par le Gouvernement ? Aucun. Le parti de Laurent Gbagbo s’échinera à imposer coûte que coûte les états généraux de la République qui, il faut le souligner, fait partie de sa stratégie de reconquête du pouvoir. Il ne faut pas se leurrer.
La grand-messe cathartique qu’appelle Affi N’Guessan de tous ses vœux n’est rien moins qu’une ruse politique. Le but du FPI n’est pas de sortir définitivement de la crise. Mais de réécrire l’histoire récente de la Côte d’Ivoire à sa manière. Retarder le chef de l’État et braquer une partie de la population ivoirienne contre lui. Voici les deux principaux objectifs visés par les frontistes à travers ces états généraux, si d’aventure ils se tenaient.
Le FPI veut à la fois donc une chose et son contraire. Faire semblant de vouloir dialoguer et tout faire pour le retarder. La logique du FPI est claire : ne pas laisser tout l’espace à Ouattara pour dérouler son ambitieux programme de gouvernement pour la Côte d’Ivoire. Un environnement apaisé est l’adjuvant le plus important pour le président de la République. Le FPI qui en est conscient, entreprendra donc tout pour maintenir un climat de tension. C’est la raison pour laquelle, derrière les pompeux discours sur la paix et la démocratie, le FPI ne se battra jamais réellement pour l’avènement d’un dialogue véritable et sincère pour ramener définitivement et de façon durable la sérénité en Côte d’Ivoire.

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