Depuis les années 1980, les petits agriculteurs d’Afrique de l’Ouest sont contraints de produire pour les marchés occidentaux et leurs chaînes de magasins.

Afin de gagner plus d’argent avec le cacao, ils abandonnent les variétés traditionnelles et détruisent les vieux arbres (pourtant destinés autrefois à la petite fabrication) pour les remplacer par de nouvelles espèces nécessitant une plus grande utilisation de produits agrochimiques.

« Il s’agit d’un anéantissement biologique basé sur un modèle économique qui a montré ses limites », a déclaré l’actuel ministre Sangafowa.

Le prix des terres agricoles dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire a triplé en dix ans, passant de 3 000 francs par hectare en 2003 à 10 000 francs CFA aujourd’hui. Le gouvernement a annoncé fin juin 2016 qu’il allait étudier 25 demandes de sociétés chinoises… Les entreprises sélectionnées auront 25 ans pour mettre en place une chaîne de production de cacao comprenant des usines, des chemins de fer, des ports et même l’approvisionnement en électricité. Pour que cet ambitieux projet réussisse, il est indispensable que les critères d' »acquisition durable » soient respectés, comme le recommande le Haut Conseil du Secteur Privé (HCS). Cette association d’affaires regroupe les dirigeants des 500 plus grandes entreprises de Côte d’Ivoire.

Le Haut Conseil recommande également :

1) N’utiliser que des terres suffisamment arables pour rendre l’activité agricole rentable ; et si elles sont moins productives ou ne sont pas une option (par exemple, pour des raisons environnementales), il ne devrait y avoir aucun problème à attendre que d’autres options deviennent disponibles ;

2) Les agriculteurs dont les terres sont expropriées doivent être indemnisés et relocalisés dans de bonnes conditions ;

3) Les exploitations ne doivent utiliser que les meilleures techniques agricoles, productives et respectueuses de l’environnement, et elles doivent tenir leurs promesses aux communautés locales pour un approvisionnement généreux en plants de cacao et autres intrants

Les recommandations du Haut Conseil étaient à l’origine basées sur des normes internationales telles que les Directives volontaires sur la gouvernance responsable des régimes fonciers (VGGT). Ces directives volontaires fournissent un cadre de référence international pour la « gouvernance responsable de la tenure » – un oxymore s’il en est…

Depuis 2010, les pays d’Afrique de l’Ouest discutent de la manière de transformer ces principes en réalité. Le VGGT est révisé au moins tous les cinq ans par des experts d’organisations non gouvernementales (ONG), des gouvernements, des entreprises privées et des organisations internationales. Ces conférences de révision sont organisées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome. La France milite depuis 2010 pour que ces notions soient promues à l’international grâce à son « New Deal pour le développement rural », qui prévoit notamment d’associer les communautés locales à la conception des projets d’investissement qui les concernent. […]

Le VGGT est déjà appliqué dans le nord du monde – spécialement au Canada, au Brésil et en Australie – où il est suivi par des entreprises comme Rio Tinto, BHP Billiton ou ArcelorMittal. Par exemple, avant d’investir au Liberia, les investisseurs qui achètent du minerai de fer sur les terres africaines doivent se conformer à certaines règles définies par une société appelée New Forests Company (cofondée par Guy Wildenstein), qui garantit que les forêts sont protégées et que les entreprises ont un impact positif sur les communautés locales, particulièrement au profit des femmes.

Cependant, l’appliquer aux pays du Sahel n’est pas une tâche simple. D’abord, parce que le VGGT nécessite un cadre juridique qui n’existe pas dans tous les États africains, y compris en Côte d’Ivoire. Ensuite, parce que ces pays ont été ravagés par la mauvaise gouvernance résultant de la corruption et du népotisme pendant des décennies. Dans de nombreux cas, il semble difficile d’identifier ceux qui devraient être inclus dans les processus de prise de décision concernant l’utilisation des terres. Par exemple, les agriculteurs peuvent vendre ou louer leurs terres sans en informer les autorités ni recevoir de compensation. C’est ce qui s’est passé lors de l’opération « Northern Palm », qui a été mise en œuvre entre 2007 et 2010 avec le soutien financier de la Banque mondiale. Cette dernière avait estimé que la superficie totale faisant l’objet d’investissements agricoles dans le nord de la Côte d’Ivoire était de plus de 40 000 km, principalement sur des terres publiques. Même si ce projet était censé profiter à 20 000 personnes, on estime qu’environ 70 % des mafias locales ont payé des personnes clés (notamment des chefs de canton et des conseillers municipaux) pour obtenir de vastes zones pour les plantations de cacao […]

 

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