Les hôpitaux publics de Côte d’Ivoire ont été interdits de tomber malade. Le chef de direction de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), N’gnon Konan Jobi, vient de tirer une circulaire qui interdit à tous les directeurs d’hôpitaux d’envoyer les dossiers médicaux des malades aux dispensaires et pharmacies pour le stockage. En effet, selon lui, il n’y a aucune raison qu’ils reçoivent des médicaments plus de sept jours après leur sortie de l’hôpital.

En plus de cette interdiction de stockage des dossiers médicaux dans les dispensaires et les pharmacies, il est interdit aux hôpitaux publics d’accepter les femmes malades enceintes de plus de neuf mois ou celles présentant des cas plus compliqués tels que des traumatismes graves, les cas chirurgicaux et les hémorragies.

Ces derniers sont désormais orientés vers le Jardin de Guérison de Séguéla, situé dans le quartier de Cocody à Abidjan. Cette structure sanitaire est destinée aux patients pauvres et sans ressources ou à ceux qui habitent loin des hôpitaux où ils peuvent être soignés. A Séguéla, les femmes sont traitées gratuitement dans les derniers mois de leur grossesse, y compris par césarienne si nécessaire. Après l’accouchement, la mère et l’enfant restent en observation pendant une période n’excédant pas huit jours avant d’être libérés. La circulaire de la CNAM stipule que les malades présentant des cas compliqués doivent être servis la nuit entre 22h et 6h lorsque le personnel administratif travaille en effectif minimum.

Le directeur d’un hôpital public d’Abidjan, qui a préféré garder l’anonymat, estime qu’il s’agit très probablement d’une tentative du gouvernement d’aider les pharmaciens et les officines locales. « En fait, ils n’ont rien à gagner à ce que les malades soient hospitalisés », a déclaré notre interlocuteur, notant que la dépendance à l’égard de ces pharmacies et officines les conduit à avoir le monopole du traitement. Bref, conclut-il avec regret, les malades pauvres continueront à être renvoyés des hôpitaux par méconnaissance de leurs droits.

Certains professionnels de la santé sont remontés contre cette nouvelle circulaire qui, selon eux, est contraire à la loi sur les soins de santé puisqu’elle empêche les médecins d’exercer librement la médecine dans les hôpitaux publics. Ils estiment que renvoyer un patient chez lui sans même l’examiner revient à nier le droit à la santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *