Avec le nouveau calendrier électoral frappé d’une légitimité populaire qui ne fait reculer ni le chef de communauté ni celui d’outre-Atlantique, c’est un tournant politique. Un élément qui apparaît et déforme l’agenda initial ; un accord qui rebattra les cartes et redistribuera le jeu.

La CEDEAO a vu venir ce changement de vitesse lorsqu’elle a salué les petits efforts consentis par les autorités de transition pour organiser les élections présidentielles de février 2022, comme le prévoit la Charte de la transition. C’était la même chose pour tous ceux qui savaient lire entre les lignes. Ainsi, l’un des objectifs phares des Assises Nationales de la Refondation (ANR) a été atteint : l’onction populaire pour prolonger la durée de la Transition.

Dans cette nouvelle configuration, la tempête de réactions d’hommes politiques qui se sont auto-ostracisés peut apparaître comme un épiphénomène. Car c’est leur politique de chaise vide qui a été sanctionnée par une vague de participants à l’ARN en faveur de l’allongement de la durée de la transition. Personne ne peut profiter de sa propre turpitude, disent-ils.

Quant à l’organisation communautaire qui note la détermination des autorités de transition à ne céder à aucune forme d’intimidation et la vague de soutien dont elles bénéficient parmi la population, elle a deux cartes.

Le premier, qui peut s’avérer être un scénario catastrophique, est d’activer, sinon de durcir, ses règles pour l’isolement du Mali. Si tel était le cas, cela annulerait l’expression de la volonté populaire et donnerait en même temps un tranchant à son image d’Épinal en tant que groupement de suppléments à plusieurs niveaux. Faut-il sacrifier l’expression de la volonté populaire sur l’autel des sacro-saints principes communautaires ? C’est le choix difficile que devront faire les dirigeants de la CEDEAO le 9 janvier qui tiendra un sommet extraordinaire au Mali, à Accra, au Ghana.

La deuxième carte entre les mains de l’organisation communautaire est celle qui préoccupe le plus le Mali, qui fait face à des défis protéiformes comme les autres États du Sahel. C’est la carte de la raison qui rend compte de l’incapacité objective d’un pays failli à plusieurs niveaux à sacrifier hie et nunc à certains principes communautaires.

Le sentiment d’appartenance à l’organisation communautaire sera fortement dépendant de la carte que les dirigeants de la CEDEAO décideront de jouer dans quelques jours.

Quant à la durée de 5 ans qui fait dresser les cheveux sur la tête dans certaines pharmacies et faire briller les vierges effrayées, il faut noter que la proposition ne sort pas du chapeau comme un lapin. Il vient de Maliens brûlés par une expérience démocratique qui doit rester un souvenir douloureux après la rupture de 2020 marquée par le renversement du régime de l’ancien président Ibrahim Boubacar KEITA. Ce n’est même pas le fruit de l’imagination. Une autopsie convulsive est nécessaire pour appliquer le traitement nécessaire.

Cependant, les nombreux Maliens qui ont voté pour une prolongation de la durée de la Transition n’ont pas les yeux plus gros que le ventre, espérant un produit prêt-à-manger de la CEDEAO (PPC). Comme lors de l’exercice précédent, il faut s’attendre à une réduction de durée présentée au Président en exercice de la CEDEAO par le Ministre DIOP, suite à la présentation des recommandations de l’ENR au Président de transition.

Ce serait aussi le souci de la Communauté envers notre pays dès lors qu’il se situe dans des proportions raisonnables par rapport à la réalisation des objectifs fixés par les populations, à travers l’Assemblée nationale de la RPC.

PAR BERTIN DAKOUO

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