Ces derniers temps, la force française Barkhane, invitée à quitter incessamment le territoire national, s’est livrée à une manœuvre inédite, voire insolite à Gao, en procédant à un micro-trottoir dans la cité des Askia sur son déport. Que cache cette démarche de Barkhane désormais perçue comme une force d’occupation au Mali ?

C’est à travers une correspondance du 24 mars 2022, traduit au représentant du commandant de la Force Barkhane à Gao, que le gouverneur de la région de Gao indique que des soldats de l’opération militaire française au Mali, Barkhane, s’adonnent «À travers les rues de la ville de Gao à des interviews appelées autrement« micro-trottoir »aux fins de requérir l’opinion des habitants sur le départ du Mali de ladite force».

Dans cette correspondance, le général de brigade Moussa TRAORE a invité les commandants de la force Barkhane à mettre « fin à cette velléité aux fins de ne pas façade écorcher les relations de coopération et de partenariat entre » les deux États.

Ce comportement peu responsable de la part de la force Barkhane suscite des interrogations chez bon nombre d’observateurs qui demandent pourquoi cet exercice, pour le moins inédit de la part d’une armée, n’avait pas signalé l’annonce de la fin de l’opération Barkhane faite par la France elle-même en juin 2021 de manière unilatérale.

Aussitôt annoncée, la force Barkhane avait commencé à libérer les camps qu’elle occupait dans le nord du pays.

Alors qu’un micro-trottoir n’avait été réalisé dans les régions concernées avant de vider les lieux, on se demande pourquoi l’armée française a décidé de procéder ainsi concernant son départ définitif du Mali. En langage médical, c’est ce qu’on appelle le médecin après la mort.

Au demeurant, il serait plus recommandable dans le texte actuel des choses que Bakhane procède à sonde sur le sujet.

D’ailleurs, cette méthode avancée à l’armée dont la discrétion est de mise en matière de communication propre à la grande muette.

D’ailleurs, de l’avis des spécialistes, les résultats de ces genres de sondage ne sont destinés à être mis sur la place publique.

Que cache alors ce micro-trottoir de la force Barkhane à Gao ?

Ce qui est évident, c’est qu’il vise à délégitimer le départ de la force Barkhane de Gao qui était sa base principale. Ce qui serait incité implicitement Barkhane à vouloir rester au Mali en dépit d’avis lancés par la France elle-même et encouragés par les autorités de la transition malienne sous forme d’ultimatum qui ne dit pas son nom. En tout cas, l’évacuation sans délai des bases qu’elle occupe en dit long sur la question telle que formulée dans le communiqué du gouvernement.

En réalité, ce micro-trottoir qui s’apparente à une mise en scène est plus qu’une communication en temps de conflit qu’il convient de classer dans la catégorie de la propagande et de la manipulation.

En effet, ce qui est recherché, c’est de fournir des avis favorables au maintien de Barkhane en poussant même des gens manipulés à manifester pour défendre cette cause.

Ce plan machiavélique, s’il n’avait pas été éventré à temps pourrait conduire à la déstabilisation des autorités à partir de la région de Gao.

Heureusement que le gouverneur de la cité des Askias ne s’y est pas trompé en mettant un holà à cette mascarade de micro-trottoir.

Pour le gouverneur, cette pratique s’assimile à une action de déstabilisation de la région et par ricochet de tout le pays. C’est pourquoi il a invité la force Barkhane à y mettre immédiatement fin.

«Je vous saurais gré de requérir au préalable notre avis avant d’entreprendre toute action dans notre circonscription au risque d’engager votre responsabilité pour tout incident survenu», de vous avoir le gouverneur. Un avertissement qu’il serait mieux de prendre au pied de la lettre si l’on veut éviter que la crise diplomatique entre les deux pays ne s’empire.

Cette manœuvre des éléments de Barkhane intervient après la suspension de la diffusion de Radio France internationale (RFI) et France 24 au Mali, le 17 mars 2022, par les autorités maliennes, qui ont incriminé ces médias de «fausses présumées, faisant état d’ commissions d’exactions pour les forces armées maliennes contre des civils, de violation des droits de l’homme et du droit international humanitaire ».

Par Abdoulaye OUATTARA

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