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Discours de l’Ambassadeur Issa KONFOUROU, Représentant permanent du Mali auprès des Nations Unies, à l’occasion de l’examen du rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la situation au Mali.

New York, 12 avril 2023

Monsieur le Président,
– Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,
– Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies
au Mali, Chef de la MINUSMA, Mesdames et Messieurs,

1- Je voudrais tout d’abord vous présenter, Monsieur le Président, les chaleureuses félicitations de la délégation malienne pour l’accession de votre pays, la Russie, pays ami et partenaire stratégique du Mali, à la présidence du Conseil de sécurité pour ce mois d’avril 2023.

2- Le Gouvernement du Mali prend acte du rapport du Secrétaire général sous revue et remercie M. El-Ghassim WANE, Chef de la MINUSMA, pour son action en faveur de la paix et de la sécurité dans le monde.
pour sa présentation et pour les mises à jour qui ont suivi sa publication.

Les commentaires détaillés du Gouvernement du Mali sont contenus dans le Mémorandum communiqué à ce Conseil au mois d’août. Je voudrais maintenant commenter les questions soulevées dans le rapport et vos commentaires, que j’ai écoutés attentivement.

4- Tout d’abord, sur le plan politique, je suis heureux de constater que le Secrétaire général a reconnu les immenses progrès accomplis dans ce domaine. En effet, au-delà des conséquences de l’intervention militaire en Libye dont les effets se font encore sentir, les autorités de transition sont bien conscientes des autres causes qui ont accentué la crise multidimensionnelle que traverse le Mali depuis plus d’une décennie. C’est pourquoi le gouvernement s’emploie, dans le cadre d’un processus transparent et inclusif, à mettre en œuvre les réformes politiques, institutionnelles et électorales nécessaires à la reconstruction de l’Etat malien.

5- A cet égard, Son Excellence le Colonel Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat, a validé le projet finalisé de la nouvelle Constitution de la République du Mali le 16 mars 2023, puis l’a présenté aux forces vives de la nation le 20 mars. Le référendum prévu à cet effet a été reporté afin de mettre en place la carte nationale d’identité biométrique sécurisée pour prévenir les risques de fraude, de créer les conditions d’une participation effective de tous les citoyens aux consultations électorales et de réduire le délai d’opérationnalisation de l’Autorité indépendante de gestion des élections pour respecter l’échéance de la Transition. Le gouvernement est en train de diffuser le projet de Constitution auprès de la population malienne.

6- Concernant l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, malgré quelques difficultés liées à la décision unilatérale de la CMA et de la Plateforme de suspendre leur participation aux mécanismes de suivi de l’Accord, je puis vous assurer de l’engagement du Gouvernement à poursuivre sa mise en œuvre efficace et intelligente, notamment avec les Mouvements Inclusifs, également signataires de l’Accord, en attendant que nos autres frères nous rejoignent dans le processus de paix.

7- La réorganisation territoriale et l’adoption par le Conseil des Ministres du 29 mars 2023 des projets de décrets visant à améliorer le fonctionnement de la Commission Nationale de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion et de la Commission Nationale d’Intégration s’inscrivent dans cette dynamique. Je rappelle qu’à ce jour, 2 750 ex-combattants ont été réintégrés dans les forces de défense et de sécurité nationales.

8- Par ailleurs, après la présentation du rapport final de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation à la fin de l’année 2022, le Conseil des ministres a adopté, le 1er mars 2023, les textes relatifs à la création de l’Autorité de gestion des indemnisations des victimes des crises depuis 1960. Ceux relatifs au Centre pour la promotion de la paix et de l’unité suivent le circuit d’adoption.

9- Je voudrais exprimer nos remerciements à la Médiation Internationale, en particulier à son chef de file, la République Algérienne sœur. Nous prenons note des récentes propositions de la Médiation pour la relance du processus de paix et réitérons notre disponibilité à travailler avec elle pour restaurer la paix et la stabilité dans mon pays.

Monsieur le Président,

10. Sur le plan sécuritaire, les forces armées et de sécurité du Mali poursuivent leurs offensives contre les organisations terroristes et des résultats très encourageants ont été enregistrés. Plusieurs dizaines de terroristes ont été neutralisés, leurs sanctuaires détruits et d’importantes quantités de matériel de guerre saisies ou détruites. En outre, au cours de la période considérée, plusieurs dizaines de terroristes ont été arrêtés et traduits en justice, parallèlement à la reddition volontaire de nombreux terroristes dans les régions centrales. Ces actions ont également permis, comme le souligne le rapport du Secrétaire général, de renforcer la présence de l’État sur le terrain, de lever le blocus et l’emprise des terroristes sur certaines localités des régions du nord et du centre, et de favoriser la fourniture de services sociaux de base à la population, y compris la réouverture de certaines écoles dans les zones encore affectées par l’insécurité.

11- Ces opérations sont menées dans le strict respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire, conformément à nos valeurs humanistes ancestrales et par devoir envers nos populations.

12- Dans le même ordre d’idées, le 17 mars 2023, le Premier ministre, chef du gouvernement, a lancé officiellement la Stratégie centrale de stabilisation, dont la mise en œuvre est une priorité du gouvernement.

13- En ce qui concerne la question des droits de l’homme, à travers le retour progressif de l’État dans les localités libérées des fiefs terroristes, le Gouvernement s’emploie à réduire les violations des droits de l’homme qui, rappelons-le, sont principalement perpétrées par les groupes armés terroristes.

14- A cet égard, le dispositif institutionnel a franchi une étape cruciale, avec la création, le 1er février 2023, de la Direction nationale des droits de l’homme, chargée notamment de coordonner les politiques publiques en matière de droits de l’homme et de veiller à la mise en œuvre des mesures de prévention des violations et des atteintes aux droits de l’homme.

15- Parallèlement, le Gouvernement s’emploie à lutter contre l’impunité, comme en témoigne la condamnation par la Cour d’assises de Bamako, le 24 janvier, d’une personne reconnue coupable d’une attaque qui a fait cinq morts parmi les Casques bleus et un civil le 22 janvier 2019.

16- Je puis vous assurer que le Gouvernement continuera à œuvrer sans relâche pour la protection et la promotion des droits de l’homme et le respect du droit international humanitaire sur notre territoire. Toutefois, le Mali s’opposera avec la même énergie à toute utilisation de cette question à des fins politiques ou de déstabilisation.

17- Vous avez entendu tout à l’heure l’Ambassadeur de France s’exprimer avec force sur la situation des droits de l’homme au Mali. Je voudrais vous dire qu’il a eu une mémoire sélective lorsqu’il a parlé spécifiquement du cas de Moura. L’Ambassadeur de France se souviendra que dans le rapport de la Commission internationale d’enquête sur le Mali, plusieurs paragraphes sont consacrés aux violations des droits de l’homme commises par les forces françaises à l’encontre de la population malienne. J’aurais aimé qu’il fasse preuve de la même détermination pour mentionner ce fait.

18- Deuxièmement, j’aurais aimé que l’Ambassadeur de France, s’il n’avait pas une mémoire sélective, dise à ce Conseil qu’en janvier 2021, les forces françaises ont transformé une fête de mariage en deuil national au Mali, à Bounty. J’aurais aimé qu’il dise à ce Conseil, s’il n’avait pas une mémoire sélective, quels efforts ils ont fait pour donner suite aux deux rapports qui ont été publiés, pour ne donner que deux exemples.

19- J’ai entendu autour de cette table plusieurs questions, y compris de la part de mon voisin l’Equateur. Je voudrais dire ceci : le Mali n’a que peu, voire pas de leçons à recevoir d’un pays qui, lui aussi, est interpellé sur les violations des droits de l’homme. La liberté d’expression, la liberté de réunion, la persécution des journalistes, la persécution des procureurs et des juges sont à l’ordre du jour dans votre pays.

20- Nous n’avons pas une mémoire sélective en matière de droits de l’homme, ils s’appliquent à chacun d’entre nous. Je voudrais vous assurer que nous restons déterminés à travailler avec vous pour améliorer la situation des droits de l’homme, mais nous nous opposons à la politisation et à la stigmatisation de cette question particulière.

21- Malgré les immenses efforts du gouvernement, la situation humanitaire est tributaire des attaques des groupes terroristes et de certains facteurs exogènes, tels que la situation internationale et les effets du changement climatique. Les besoins de financement ne sont couverts qu’à hauteur d’un tiers, alors que le prix des denrées alimentaires de base ne cesse d’augmenter sur les marchés mondiaux.

22- Le Gouvernement du Mali, pour sa part, s’engage à redoubler d’efforts pour répondre aux besoins humanitaires de nos compatriotes en situation de vulnérabilité, y compris les déplacés internes et les réfugiés, conformément à la Politique Nationale d’Action Humanitaire. D’où mon appel à une plus grande solidarité internationale en faveur du Mali.

23- En ce qui concerne les défis opérationnels, selon les chiffres fournis par le Secrétaire Général, les demandes de mouvements de la MINUSMA sont satisfaites à 75%. Par conséquent, contrairement à ce qui est communiqué, il n’y a pas de volonté de restreindre les mouvements de la MINUSMA, car les demandes de mouvements non autorisés de la Mission n’ont pas respecté la procédure convenue entre les deux parties. Nous exhortons la MINUSMA à travailler plus étroitement avec les autorités maliennes compétentes, à travers le Cadre de Concertation mis en place à cet effet, pour la sécurité de tous.

24. En ce qui concerne l’avenir de la MINUSMA, je voudrais attirer votre attention sur le fait que les conclusions du rapport sur la revue interne de la MINUSMA ne répondent pas aux attentes du gouvernement et du peuple maliens. Toutefois, le gouvernement reste ouvert au dialogue sur cette question spécifique.

De même, je voudrais signaler que le Gouvernement du Mali, dans une lettre datée du 1er mars 2023, a expressément demandé un changement de porte-plume pour le dossier concernant le Mali devant le Conseil de sécurité, en raison des nombreux faits documentés dont la France s’est rendue coupable à l’encontre de mon pays. Je sais pouvoir compter sur la sagesse du Conseil de sécurité pour donner suite aux attentes du Mali et faciliter ainsi notre engagement, notamment lors des négociations sur le renouvellement du mandat de la MINUSMA qui débuteront prochainement.

Monsieur le Président,

26- En conclusion, je voudrais dire que le Mali est confronté à de nombreux défis, mais le peuple malien, dans sa grande résilience, a décidé de se lever pour prendre son destin en main et éviter les erreurs du passé, afin de retrouver la cohésion d’antan et la stabilité nécessaire au développement durable.

27- Fier du soutien du peuple, le Gouvernement reste déterminé à mener à bien les réformes politiques et institutionnelles en cours, y compris la tenue du référendum et des élections générales, afin d’éviter l’instabilité politique, institutionnelle et sécuritaire que connaît notre pays depuis plusieurs années.

28- Parallèlement, les forces de défense et de sécurité du Mali multiplient les actions offensives pour la défense du territoire national et la protection des populations et de leurs biens.

29- Je souhaite que nos partenaires fassent preuve de plus de compréhension et de soutien aux choix souverains du peuple malien et de son gouvernement, qui reste disposé à coopérer avec tous ceux qui le souhaitent, dans le respect des principes qui guident l’action extérieure du Mali.

30. Je voudrais exprimer mes sincères remerciements à tous les amis du Mali, tant bilatéraux que multilatéraux, pour leur soutien significatif à nos efforts de sortie de crise.

31- Enfin, je m’incline devant la mémoire de toutes les victimes de la crise malienne, civiles et militaires, maliennes et étrangères, tombées au champ d’honneur. En cet instant, j’ai une pensée particulière pour nos frères sénégalais qui ont récemment perdu la vie au Mali en nous aidant à atteindre la paix.

Je vous remercie de votre attention.

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