Ce jeudi 22 septembre 2022 marque les 62 ans de la proclamation de l’indépendance de la République du Mali sous l’égide de feu le président Modibo Keita. Cet anniversaire, qui aurait dû être un grand moment de fierté nationale, survient, hélas, dans un contexte de délitement qui nourrit le pessimisme.

Durant les huit premières années de son avènement (1960-1968) le nouvel état avait de réels espoirs quant à « la construction d’une économie moderne, décolonisée, tournée vers la satisfaction des besoins essentiels de la population. » Son option anti-impérialiste résolue, son engagement sans faille pour la libération totale de l’Afrique du joug colonial, son orientation panfricaniste sans réserve il vaudront un incontestable rayonnement international. Cet édifice prometteur sera toutefois balayé par le coup d’Etat scélérat, anti-patriotique et anti-progressiste d’un quarteron d’officiers subalternes mené par un certain lieutenant Moussa Traoré de triste mémoire. La dictature d’abord militaire (1968-1978) puis militaro-civile (1979-1991) qui s’installe, n’offre d’autre alternative qu’un mélange d’oppression, de misère, de renoncement à toute ambition de développement pour le pays et de bien-être pour les Maliens, réduits à subir ou à s’exiler. « L’ère démocratique » qui suivra, se révèlera impuissante à répondre à d’immenses attentes placées en elle, mise à mal à la fois par une demande sociale irrépressible, les velléités sécessionnistes récurrentes dans l’Adrar des Ifoghas, les luttes politiques pour pouvoir, la corruption transformée en mode de gestion. Et, pour finir, les errements et compromissions dans la gestion des menaces sécuritaires. Tous les choses ici conduiront à des pronunciamentos militaires en 2012 et 2018.

Conséquence de cet énorme gâchis, le Mali d’aujourd’hui n’est que l’ombre de celui de son père fondateur, lui-même assassiné, probablement par empoisonnement, le 16 mai 1977, au camp des commandos parachutistes de Djicoroni, dans la neuvième année de sa détention sans jugement. Il est menacé de partition dans son septentrion faute avancée dans la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation du 15 juin 2015, pire à cause de l’option prix par les autorités de la Transition en cours de « relire » cet accord . Selon le rapport trimestriel de la MINUSMA daté de juin dernier, « la présence des autorités de l’Etat est tombée à 10% dans les régions du nord et 21% dans les régions du centre » soit une moyenne de 15% sur ces deux zones cumulées représentant les 3/4 du territoire national. Dans la partie centrale, un nombre de plus en plus élevé de localités est passé, ces dernières semaines, sous le contrôle de groupes djihadistes à la suite d’accords imposés par les massacres et les dévastations aux populations, l’État n’assurant plus sa fonction régalienne de protection.

A la manière de l’écrevisse l’économie marche à reculons, faute d’habillages internes et externes. Le chômage, qui en découle, étend ses tentacules sur une jeunesse désemparée et désabusée. La pauvreté, la chose la mieux partagée depuis bien longtemps au Mali, gagne des couches jusque-la épargnées. Le mécontentement enfle au sein des populations et la grogne monte au sein des syndicats.

Pour empirer une situation déjà délétère, l’affaire dite « des 49 soldats ivoiriens arrêtés pour mercenariat » est venue envenimer les relations avec la Côte d’Ivoire, premier partenaire commercial du Mali et créer un motif de discorde supplémentaire dans l’Espace CEDEAO ici s ‘en passerait volontiers.

Dans ce contexte lourdement chargé de menaces, de désabusement et d’incertitudes, la refondation de l’État, la mission historique que la Transition s’est désignée, autant par nécessité que pour se donner une légitimité, apparaît comme un défi irréalisable dans un avenir prévisible.

Saouti HAIDARA

La source: L’Indépendant

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