Le Centre Carter, qui tient le rôle d’Observateur Indépendant de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, a rendu public, hier, jeudi 30 juin, son dixième rapport sur le processus de mise en œuvre. Le document révèle « un blocage sans précédent » et indique que l’idée de relecture « génère des débats et tensions » entre les parties signataires.
Sept ans après sa signature, la mise en œuvre globale de l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger peine à se matérialiser. » Les parties signataires, le gouvernement du Mali, la Coordination des Mouvements de l’Azawad et la Plateforme, n’ont réalisé aucune avancée significative, depuis près d’un an. Les organes de mise en œuvre sont à l’arrêt pour la plupart. Dans le même temps, les processus de recrutements, de réarmement et les mouvements sur le terrain, activés en dehors du cadre de l’Accord, font planer le risque d’une reprise des hostilités », alertent l’Observateur Indépendant, dans son dernier rapport.
Hier, face aux hommes de média, au siège du Centre Carter, Ntole Jean Kazadi, Conseiller Spécial auprès de l’Observateur Indépendant, a indiqué que, depuis octobre 2021, le CSA (Comité de Suivi de la mise en œuvre de l’Accord ) et le Cadre de concertation inter-malien ne se sont plus réunis.
Les raisons de cette situation sont multiples : « les récriminations entre les Parties signataires lors du Comité de Suivi d’octobre 2021, les désaccords sur le Cadre stratégique permanent et la détérioration des relations entre les dirigeants des Mouvements et le Gouvernement de Transition », énumère le rapport.
Débat autour de la relecture de l’Accord
Ce dixième rapport de l’Observateur Indépendant a mis accent sur l’idée de la relecture de l’Accord, « qui a largement contribué à la situation de blocage actuelle, en accroissant l’incertitude quant à l’avenir de la mise en œuvre, en détériorant la confiance, déjà fragile, entre les Parties et en alimentant la défiance croissante des Maliens et Maliennes envers l’accord ».
Selon le Conseiller Spécial de l’Observateur Indépendant, les débats suscités par le concept de « relecture » ont produit un effet « nettement négatif » sur la mise en œuvre, « faute de précision sur l’idée et son objectif ».
Pour le Gouvernement, la relecture de l’Accord apparaît notamment à travers le PAG (Plan d’Action Gouvernementale), comme « une condition prioritaire » à la mise en œuvre de l’Accord tandis que la Coordination des mouvements de l’Azawad, quant à elle, considérez le projet comme « une cause de rupture ».
Pourtant, cette question « mine inutilement la mise en œuvre de l’Accord », selon Ntole Jean Kazadi. »Depuis 2015, les Parties signataires ont procédé régulièrement à des adaptations consensuelles de l’Accord pour des réponses aux évolutions du contexte. L’Accord lui-même prévoit de multiples mécanismes pour ce faire », at-il indiqué, donnant en exemple le DDR (Désarmement Démobilisation Réinsertion) ici, dans sa forme actuelle, n’était pas prévu dans l’Accord, en 2015.
Malgré les points de blocage, le rapport note que les Parties maliennes continuent de réaffirmer leur engagement envers l’Accord. Mais pour avancer, »les signataires ont besoin de reconcentrer les efforts sur le dialogue entre eux et la concrétisation d’étapes, de façon pragmatique, tout en s’engageant davantage pour rétablir la confiance et l’adhésion à l’Accord à travers le pays « , note l’Observateur Indépendant.

Moussa Bilaly Sidibé

Source : L’Indépendant

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