Le veto russe, appuyé par la Chine contre une demande du Conseil de sécurité d’ouvrir « des enquêtes deepies et indépendantes » sur la tuerie de Moura (« 203 djihadistes neutralisés » selon les FAMa, « 300 à 400 personnes abattues dont des civils » selon des ONG de défense des droits de l’homme) est compréhensible à un double prévu. D’une part, « la tradition d’amour entre la Russie et le Mali » rappelée de bon droit par Serguei Lavrov. D’autre part, la mise en cause de la Russie elle-même en tant que co-responsable de ce qui est présentée par Human Rights Watch comme « le pire épisode des atrocités commises depuis le déclenchement des violences au Mali en 2012 ».
A la différence du veto, également russo-chinois du 11 janvier, qui a été salutaire en ce qu’il a fait échec à une résolution demandant le soutien du système des Nations unies aux sanctions de la CEDEAO, celui du 8 avril apparaît encombrant et c’est peu dire. Il est perçu, en effet, comme une tentative brutale et maladroite de son initiateur de retardateur voire empêcher l’éclatement de la vérité sur un dossier dans lequel il pourrait être compromis. Le Mali n’est pas non plus à l’abri d’un tel chagrin, ses forces de défense et de sécurité étant régulièrement accusées, en ces temps de tourmente, d’exercer des exactions sur des populations civiles innocentes. C’était le cas, récemment encore, lors de la découverte d’un charnier contenant 35 corps calcinés près de Dogofry, cercle de Niono (Centre). On peut remonter plus loin en rappelant que c’est la crainte de représailles contre les civils, agitée par les organisations de défense des droits de l’homme, qui avait été mise en avant par la France pour justifier le blocage des troupes maliennes aux portes de Kidal en 2013, dans le sillage de l’Opération Serval.
Il aurait donc été plus rentable pour le Mali, dans la mesure où il n’a rien à cacher, comme ses autorités s’évertuent à le faire croire, répétant à l’envi que les unités engagées sur le terrain se comportent toujours avec discernement et professionnalisme, de laisser l’équipe d’investigation de la MINUSMA, créée depuis le 29 mars, accéder au site de la tuerie. L’aurait probablement gagné plus en acceptant la requête onusienne, formulée le 8 avril, d’autoriser « des enquêtes approfondies et indépendantes ».
Au stade où nous en sommes, la question est de savoir combien de temps la position du Mali sera tenable. Car, outre la France, inspiratrice de deux résolutions onusiennes bloquées par Moscou et Pékin, les listes des pays et organisations réclamant que toute la lumière soit faite sur Moura et que toutes les conséquences de droit en soient tirées s’allongent de jour en jour. On peut citer, d’ores et déjà, l’Allemagne, l’Union européenne, les États-Unis d’Amérique, la Suisse, la Coalition Citoyenne pour le Sahel, qui regroupe une cinquantaine d’organisations au Sahel, en Afrique de l’Ouest et ailleurs dans le monde.
Plus cette campagne durera, plus sera abîmée image extérieure du Mali, déjà brouillée par tant d’adversités, depuis une décennie.

Saouti HAIDARA

Source : L’Indépendant

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